The Next Big Shit — Episode 98 —
Comment investir comme les 1% ?
Luc et Alexandre décryptent les stratégies d'investissement des ultra-riches et partagent leurs réflexions sur comment les appliquer à son échelle.
- Speakers
- Luc Allain, Alexandre Bonhomme, Bradley Lafond
- Duration
Transcript(58 segments)
En France, private equity, la moyenne, c'est 14,2 % de rendement. C'est au-dessus du CAC 40, c'est au-dessus de l'immobilier, c'est au-dessus de l'assurance-vie.
Hello Bradley, merci d'être avec nous aujourd'hui. Merci d'avoir accepté notre invitation. T'es le fondateur de Fundora. Évidemment, on va te laisser te présenter, te expliquer ce que tu fais et qu'est-ce que tu apportes à tes utilisateurs, qu'est-ce que tu apportes au monde entrepreneurial, c'est hyper intéressant. Aujourd'hui, on va parler de démocratiser l'investissement. On va parler de donner accès à ce qui était réservé aux 1 % ou aux investisseurs les plus riches et les plus connectés. Je te laisse te présenter et nous expliquer dans les grandes lignes avant qu'on deep dive dans les questions.
Merci Alexandre, merci pour l'invitation. Je suis ravi d'être là. Effectivement, moi, je suis Bradley, j'ai 39 ans et aujourd'hui, je suis le CEO et un des co-fondateurs de la plateforme Fundora, qui est une plateforme qui permet aux investisseurs privés d'accéder à des stratégies de private equity à partir de 100 euros. Et au sein de ces stratégies, qui sont structurées sous forme de mandat de gestion, on y intègre des fonds de capital investissement, des fonds professionnels de private equity. Et donc, on a rendu ça possible, puisque avant l'arrivée de Fundora, ce n'était pas possible pour les investisseurs privés de rentrer dans ce type de fonds à partir de petits tickets. Il fallait généralement au moins 100 000 euros, mais pour les meilleurs fonds, c'était souvent plusieurs millions d'euros, puisque à l'origine, et c'est toujours le cas aujourd'hui, c'est des fonds qui sont réservés soit aux institutionnels, soit aux professionnels de l'investissement, et donc qui n'étaient pas ouverts aux investisseurs privés. Et donc, on s'est cassé la tête pendant des mois et des mois avec mon associé pour trouver le mécanisme qui allait nous permettre de proposer cette classe d'actifs aux investisseurs privés.
Ok. Alors, de ce que j'ai pu voir et de mes petits enseignements, en plus, tu as un parcours qui est très inhabituel, parce que si je ne dis pas de bêtises, tu as commencé dans la boulangerie, tu as monté un réseau de boulangeries. Est-ce que tu peux nous expliquer un peu plus, évidemment, ton parcours, parce qu'il est hyper intéressant de ce que j'ai pu voir, et comment tu en es arrivé à te dire que je vais essayer de révolutionner le private equity, qui est quand même, comme tu l'as très bien dit, un monde assez fermé. Donc, a priori, ce n'est pas la première idée qui vient en tête quand on se dit « tiens, on va créer une boîte ».
Ouais, ouais, non, mais complètement. Alors, en fait, moi, comme tu le dis, j'ai un parcours assez atypique. À la base, plutôt classique, en fait, puisque j'ai fait une université, en l'occurrence Paris 2 Assas, en licence d'économie. Et puis après ma licence d'économie, j'ai intégré l'EDHEC, donc avec ce qu'on appelle les concours parallèles, concours passerelles. Et donc, je suis arrivé directement en deuxième année d'école de commerce à l'EDHEC. Et puis, en fait, pendant ces deux ans, j'ai eu l'occasion de faire des stages, d'abord chez Pernod Ricard, à la direction financière, en gestion de trésorerie. Puis après, dans une société qui était plutôt type start-up, agence, qui créait des sites internet et des applications mobiles. Donc, je te parle de ça. On est en 2007-2008. Et puis, finalement, ma dernière année, je l'ai fait à l'étranger, en Thaïlande, où là-bas, je rencontre un patron qui avait une usine de meubles qui faisait du mobilier sur mesure pour les hôtels de luxe en Asie du Sud-Est. Et en fait, je décide, après mon échange, de me dire, bon, je ne sais pas exactement ce que je veux faire, mes deux précédentes expériences en tant que stagiaire ne m'ont pas vraiment éclairé sur mon avenir professionnel. Je vais devenir entrepreneur et je vais lancer ma boîte. Il faut savoir que moi, effectivement, je viens d'un milieu où mes parents étaient profession libérale, médecin. Donc, j'avais autour de moi quand même beaucoup d'entourage, d'amis de mes parents qui étaient eux-mêmes médecins ou avocats ou entrepreneurs. Et donc, je n'avais pas été trop confronté au marché du travail au sein d'une entreprise. Et donc, j'avais mon frère qui lui aussi avait fait l'EDHEC et qui travaillait pour le coup dans un fonds de fonds de Private Equity, un très gros fonds français où il était analyste financier. Donc, pareil, il avait une carrière assez tracée en finance. Et puis, en revenant de Bangkok, je lui dis, écoute, moi, je pense qu'il y a un truc à faire où on pourrait créer du mobilier, fabriquer du mobilier sur mesure pour les cafés hôtels-restaurants en Europe, en France notamment. Et donc, il a quitté son emploi et on s'est associé dans cette première aventure. Voilà, je me suis associé avec mon frère avec qui j'ai travaillé pendant 12 ans. Donc, on a travaillé ensemble pendant 12 ans puisqu'on s'est réassocié après dans notre aventure suivante. Mais effectivement, cette première aventure, qui n'a pas été un succès commercial, nous a permis de valider plusieurs choses. Et j'ai une petite coupure, mais... Donc, ça m'a permis de valider plusieurs choses. La première, c'est qu'on avait une bonne complémentarité avec mon frère. Lui, il avait... Moi, j'étais plus fougueux. Lui, il était plus réfléchi, plus analytique. Que, effectivement, dans les temps difficiles, on arrivait à se souder et pour justement passer outre les différents problèmes qu'on rencontrait. Et même si cette première expérience entrepreneuriale ne s'est pas soldée par un succès, puisqu'on a arrêté l'entreprise qui gagnait de l'argent, mais sur laquelle on n'arrivait pas à percer ce plafond de verre et on n'arrivait pas à dépasser les quelques centaines de milliers d'euros de chiffre d'affaires, on s'est dit, on va réentreprendre ensemble, mais sur un autre secteur. Et on ne va pas recommettre les mêmes erreurs que ce qu'on a fait sur notre première entreprise. C'est-à-dire qu'on va en amont bien étudier le marché, bien se poser les questions de pourquoi on le fait. Et ensuite, on se lancera. Et donc, quand on a analysé le marché, là, je te parle de ça, on est en 2011. On est sur une sortie de crise des subprimes, qui est assez violente. L'économie a quand même du mal à repartir. Et donc, on cherche un secteur un peu anticrise. Et puis, par une connaissance qui avait des boulangeries, on se dit qu'effectivement, le secteur de la boulangerie peut être un secteur intéressant. Nous-mêmes, on est très amateurs de pain. C'est un truc qui est très important dans notre famille, d'avoir la tradition à table tous les soirs. Et effectivement, on a cette culture de dire on va aller vraiment dans la meilleure boulangerie du quartier, même si ce n'est pas la plus proche. On a envie de faire l'effort d'aller plus loin pour acheter le pain qui nous semble être le meilleur dans le quartier. Et donc, finalement, on commence à faire un peu une étude de marché. On regarde au début, comme on n'avait pas d'expertise dans la boulangerie, on a pensé potentiellement être franchisé d'enseigne de boulangerie. Rapidement, on a vu qu'au niveau de la qualité des produits qui étaient proposés, nous, on ne se reconnaissait pas là-dedans. Et donc, on n'a pas voulu faire l'erreur de se dire on nous dit que ça marche. Mais effectivement, nous, en tant que clients, est-ce qu'on aurait acheté ? Non, parce que pour nous, la qualité n'était pas au rendez-vous. Donc, on a eu pas mal de discussions avec des franchiseurs pour finalement se dire, bon ben non, en fait, on va se retrousser les manches. Et puis, on va repartir de la base. On va apprendre le métier de boulanger pâtissier et on va s'inscrire dans un CAP. Et donc, c'est exactement ce qui s'est passé, puisque quelques semaines plus tard, on a trouvé notre formation, en l'occurrence, à l'École de Boulangerie de Paris dans le 12e arrondissement. Et on a passé un CAP, donc mon frère en boulangerie et moi en pâtisserie. Et donc, on avait pris la session du matin qui démarrait à 6 heures du matin. Et en fait, ce qui se passait, c'est que donc, on se levait très tôt. On faisait les cours le matin de 6 heures jusqu'à midi. Et ensuite, les après-midi, on se concentrait sur notre projet entrepreneurial, qui était de reprendre, d'acheter un fonds de commerce de boulangerie. Donc, voilà un petit peu comment ça s'est articulé. Et ça a été le début, en fait, pour nous, dans cette aventure de la boulangerie.
J'ai une question qui est de me dire, tu as dit un truc hyper important. Tu as dit, on était post-subprimes, donc post-crise, en rémission, voire même pas encore. Du coup, tu as choisi quelque chose que tu juges, et je suis assez d'accord avec toi et je pense que tout le monde est d'accord avec toi, anticrise et donc anticyclique et compagnie. Est-ce que si c'était à refaire aujourd'hui, parce qu'on a beaucoup de gens, de nos auditeurs qui nous écoutent, qui nous écoutent parce qu'ils cherchent des idées de business pour se lancer, est-ce que tu considères que ta thèse là-dessus, elle serait toujours vraie aujourd'hui ? Aujourd'hui, tu vois, on parle, il y a évidemment eu le Covid, puis la guerre en Ukraine, la hausse des matières premières, les trucs sur l'électricité, une certaine instabilité, l'IA, enfin bon bref, on met tout ça et on peut considérer qu'on est dans un... même si c'est pas la crise de 2008, ça n'a rien à voir, mais dans une sorte de moment d'incertitude un peu difficilement contestable, en tout cas, est-ce que tu considères que ta thèse est toujours vraie ? Est-ce que tu conseillerais à des gens de se lancer là-dedans ou pas forcément ?
Alors effectivement, bon déjà, il y a plusieurs éléments. Aujourd'hui, je pense que c'est important d'analyser le monde dans lequel on vit, en tout cas sur la partie incertitude, partie économique, sur l'endroit où on a envie d'entreprendre, si c'est en France, si c'est dans d'autres pays dans le monde, et c'est important aussi de regarder les projections dans les prochaines années sur ce que, on va dire, les analystes anticipent sur les changements de paradigmes qui peuvent arriver dans les prochaines années. Nous, à l'époque, début des années 2010-2011, effectivement, on se dit que on est à l'aube de ce mouvement qui a été très fort, de gens qui ont fait des reconversions professionnelles, parce que justement, ils ne se reconnaissaient pas forcément dans le milieu du travail dans lequel ils évoluaient. Nous, ce qui est sûr, c'est qu'on a fait partie de cette première vague d'entrepreneurs qui se sont mis à entreprendre dans le domaine de la restauration, de l'alimentaire, et puis après, il y a eu vraiment d'autres entrepreneurs dans la menuiserie, l'ébénisterie, ça peut être dans les métiers, on va dire, de l'artisanat. Mais à l'époque, les gens n'y croyaient pas beaucoup, parce que c'est vrai que c'est des métiers que tu apprends très tôt, généralement, c'est des CAP que tu fais à l'âge de 15-16 ans. Et donc, c'est des gens qui, en fait, quand ils ont 30 ans, ils ont déjà 15 ans d'expérience que toi, tu n'as pas. Donc, il faut combler aussi ce retard que tu as quand tu arrives à 30 ans et que tu te lances dans l'artisanat. Aujourd'hui, ce que je constate sur la partie restauration, c'est qu'il y a eu un effondrement du commerce physique, dans les villes, un peu partout, dans toutes les grandes, petites et moyennes villes. Et effectivement, les seuls commerces qui continuent de subsister, ce sont les commerces de restauration. Il y a eu un développement très important de commerce de bouche, de snacking, de restauration rapide qui ont poussé, de cafés maintenant, c'est aussi les grandes tendances. Il y a énormément de petits cafés artisanaux, de cafés torréfiés sur place, etc. qui se développent. Et donc tout ça est venu quand même renforcer considérablement la concurrence, puisque aujourd'hui, la boulangerie est plus concurrencée qu'il y a quelques années, puisqu'il y a quelques années, quand tu étais dans une entreprise et que tu allais manger le midi, la plupart du temps tu te retrouvais à aller à la boulangerie pour acheter ta formule, ton sandwich. Aujourd'hui, tu as une offre qui s'est développée, qui est très importante. Donc tout ça est venu grignoter des parts de marché sur le terrain de la boulangerie. Donc je pense qu'aujourd'hui, c'est un secteur qui est beaucoup plus concurrentiel qu'il y a 15 ans quand on s'est lancé. Maintenant, ça reste un secteur intéressant sur lequel tu peux trouver des positionnements qui sont forts et qui te permettent de développer une enseigne. C'est ce qu'on a fait nous chez Ernest et Valentin, puisque c'était le nom de l'enseigne artisanale qu'on a développée avec mon frère. Mais effectivement, aujourd'hui, tu as beaucoup de commerces qui ferment au profit de snacking, de petites restaurations rapides, de petits cafés. Et donc il y a une concurrence qui est plus intense. Donc tu dois aussi te remettre en question sur la qualité de ce que tu proposes, la qualité de l'accueil, des produits. Et ça, du coup, ça tire un peu tout le monde vers le haut aussi. Je pense que le niveau en boulangerie s'est beaucoup amélioré. Alors je parle à Paris, parce que je connais bien Paris et sa banlieue parisienne, parce que c'est là que nous, on opérait. Je sais qu'aujourd'hui, le niveau global par rapport à il y a 15 ans s'est considérablement augmenté. Et on le sait, plus il y a de concurrence et plus le niveau général augmente. Aujourd'hui, on le voit sur l'IA aussi, plus la concurrence de DeepSeek arrive avec Google. Et plus ça pousse les autres acteurs qui étaient bien implantés à élever leur niveau de jeu justement. Je me permets cette expression pour justement rester dans la course.
Tout à fait. Je suis entièrement d'accord avec toi. Si je ne dis pas de bêtises, vous avez vachement développé le concept et vous êtes arrivé jusqu'à... Alors j'ai vu différents chiffres, mais 17 boulangeries, si je ne dis pas de bêtises ?
Oui, c'est ça. Exactement. Alors moi aujourd'hui, il faut savoir que j'ai quitté la partie opérationnelle de l'entreprise. Donc je gérais aux côtés de mon frère pendant huit ans, enfin sept ans et demi on va dire. Et effectivement, moi je suis sorti de l'opérationnel à la fin de l'année 2020. Et depuis, c'est mon frère qui est seul aux commandes. Il est toujours aux commandes de l'entreprise. Lui, l'actionnaire majoritaire maintenant au capital d'Ernest et Valentin. Et donc il a développé, il a continué le développement avec les mêmes valeurs, avec le même positionnement en étoffant le nombre de boutiques.
Et est-ce que du coup tu peux nous expliquer, parce que ça va aussi beaucoup intéresser nos auditeurs, comment on vend une boîte, alors là il s'avère que c'est une boulangerie, mais comment tu as vendu le groupe, comment ça s'est passé ? Et si ce n'est ni indiscret ni caché, comment ça se valorise et qu'est-ce que tu peux en tirer en fait ? Si tu peux revenir sur cette période-là pour expliquer le plus clairement possible évidemment, comment ça se passe, combien de temps ça met et en gros les détails de l'opération.
En fait, moi déjà j'ai vendu à un pool d'investisseurs qui se sont regroupés. Donc c'est vraiment une opération purement de secondaire, c'est-à-dire que c'est mes actions que j'ai vendues, en partie à mon frère et en partie à des investisseurs extérieurs qui sont rentrés, et qui sont des investisseurs, on va dire, passifs, qui croyaient au développement de Ernest et Valentin, et qui donc ont racheté mes parts pour être assis aux côtés de mon frère dans l'aventure.
Je fais juste une micro-aparté là-dessus, je te coupe deux secondes pour que ce soit clair, là on parle d'investisseurs entre guillemets particuliers, t'es pas allé voir un fonds, t'es pas allé voir une institution, on parle de sortes de gros BA ou de...
Exactement, en fait on avait pris un banquier d'affaires qui avait structuré ça, et qui était allé chercher effectivement des acquéreurs potentiels pour acheter mes actions, et tous les acquéreurs en fait sont des gros dirigeants d'entreprise qui ont des boîtes plutôt dans l'industrie, donc qui connaissent bien le secteur et qui voyaient le potentiel de croissance de Ernest et Valentin sur les années à venir, qui voyaient aussi la vision portée par mon frère qui allait continuer à diriger l'entreprise, et donc qui se sont positionnés mais qui ont mis des tickets assez significatifs, donc on n'est pas allé voir des business angels qui mettaient la centaine d'euros, c'était plusieurs centaines de milliers d'euros par investisseur.
Et pourquoi tu es parti de la boîte ?
Alors moi je suis parti en fait pour deux raisons principales, la première c'est parce que à mon niveau j'avais un peu touché une sorte de plafond de verre sur la gestion opérationnelle d'un réseau de sept boulangeries à l'époque, la gestion humaine aussi qui était effectivement un point assez lourd à gérer au quotidien, parce que moi quand j'ai quitté l'aventure on avait à peu près 150 salariés, aujourd'hui il y a un peu plus de 300 salariés dans le groupe, donc c'est des structures qui sont assez complexes d'un point de vue managérial parce que vous êtes répartis sur plusieurs sites, donc des sites de boulangeries, des laboratoires de fabrication également, et donc tout ça doit s'articuler, c'est un secteur dans lequel il y a beaucoup d'absentéisme, beaucoup d'arrêts de travail, donc c'est effectivement au quotidien assez éprouvant, et donc je pense que j'avais une fatigue physique et morale aussi qui me disait que voilà aujourd'hui je ne me voyais pas repartir sur un nouveau cycle, et là on était sur un nouveau cycle de développement chez Ernest et Valentin pour aller chercher justement l'étape d'après, ce qu'a fait mon frère brillamment d'ailleurs par la suite, et moi je n'avais plus la même envie je pense pour le faire, et le deuxième sujet c'est que j'avais un projet moi aussi qui était familial avec ma femme de m'installer à l'étranger, et donc du coup c'était assez peu compatible avec la gestion opérationnelle, ce n'était pas un métier dans lequel tu pouvais travailler en remote malheureusement, il fallait être physiquement présent dans les différentes boulangeries, être au contact des équipes, donc ce n'est pas quelque chose que tu peux faire sur Slack, et donc c'est aussi ce qui m'a poussé à quitter la partie opérationnelle.
Et tes parts tu les as vendues avant le Covid ou après le Covid ?
Je les ai vendues après le Covid.
Et du coup est-ce que tu peux nous dire comment ça se valorise, comment se passe la transaction entre guillemets, la partie investisseur j'ai assez bien compris, la recherche, la banque d'affaires, on va dire la partie post.
Écoute au niveau d'une valorisation d'une boulangerie, alors il y a différentes valorisations qui existent, il y a une valorisation qui est sur la base d'un chiffre d'affaires, donc qui est à l'époque où j'ai vendu qui était entre 100 % et 120 % du chiffre d'affaires, et puis après donc ça c'est si tu vends une boulangerie au détail, on va dire t'as monté une boulangerie, ta boulangerie fait 1 million d'euros, à Paris tu peux prétendre la vendre entre 1 million et 1,2 million. Si demain tu as un groupe de boulangeries, ce qui était notre cas, donc là on avait plus qu'une boulangerie, on avait une marque, on avait un laboratoire de fabrication, on avait une organisation, on avait des équipes, des directeurs, des responsables de sites, donc là tu vends sur un multiple d'EBITDA, donc qui est un multiple de l'excédent brut d'exploitation pour faire simple, et ce multiple là il est en fonction des périodes et des valorisations, mais il est entre 7 et 10 fois l'EBITDA, peut-être qu'il y a certaines transactions qui se font à 6 et d'autres qui se font à 12, mais globalement t'es entre 7 et 10 fois l'EBITDA.
Et donc à partir de là, donc évidemment t'as vendu, donc t'as pu encaisser une forme de cash out, et pareil si je ne dis pas de bêtises, t'as décidé de devenir BA, en gros à quasi temps plein. Peut-être Alex, donne-nous un petit peu d'explication sur ce qu'est un BA.
Même Bradley je vais te laisser le faire parce que tu seras même mieux placé que moi.
Un BA c'est ce qu'on appelle un business angel, donc la traduction française c'est un ange du business, et en fait c'est le nom qu'on a donné aux investisseurs qui investissaient au capital de start-up, donc de sociétés très jeunes qui se lançaient, et qui en plus de l'argent qu'ils apportaient, pouvaient aussi apporter un peu de temps, un peu d'expertise sur certains domaines. Et donc c'est quelque chose qui est très en vogue chez les gens qui ont monté des boîtes, et qui se disent j'ai une expérience en tant qu'entrepreneur, j'ai vendu ma boîte, j'ai gagné de l'argent, une partie de cet argent-là je vais le réinjecter dans l'économie réelle, et plutôt que de le mettre dans des actions en bourse ou dans l'immobilier, je vais en mettre une partie pour aider les entrepreneurs qui se lancent, et qui ont besoin de capitaux, et peut-être aussi d'un peu de mon expérience. Ça c'est on va dire le postulat de départ pour un business angel, même si aujourd'hui tu as des business angels qui mettent effectivement des tout petits tickets, et qui n'ont pas d'influence opérationnelle dans le quotidien des entreprises dans lesquelles ils ont investi, mais on va dire que historiquement le business angel il met pas que de l'argent, il met de l'argent et un peu de son temps, de son carnet d'adresses, de son réseau, de son expertise, et il adresse des conseils aux entrepreneurs dans lesquels il a investi. Moi j'ai commencé à le faire quelques mois avant la cession de mon entreprise, après en France il y a quand même un mécanisme qui s'appelle le réemploi, dans lequel tu peux réinvestir au travers d'une holding que tu as constituée, une partie de l'argent que tu as gagné suite à la cession de tes parts, et qui du coup n'est pas fiscalisé si tu acceptes de réinvestir 60 % de l'argent que tu as gagné au capital d'entreprises dans le cadre d'augmentation de capital. Donc ça peut être dans les startups, ça peut être dans les entreprises plus matures qui font des augmentations de capital, il y a un dispositif qui s'appelle le 150-0 B ter qui prévoit justement pour les fonds compatibles avec ça, de pouvoir réinvestir et de bénéficier justement de cette non-imposition sur les gains que tu as faits. Donc voilà, globalement, moi, très entrepreneur, qui aime aussi quelque part le risque, j'ai mis une grosse partie de mon réemploi dans des startups, dans des startups très jeunes.
Tu as un ordre d'idée un peu de ce que ça représente ?
Oui, j'ai investi quasiment un million et demi d'euros dans des startups. J'ai mis une part importante du patrimoine que j'avais.
60 % du coup, j'imagine.
Oui, alors pas vraiment parce que j'ai remis dans d'autres choses aussi que des startups qui m'ont permis d'utiliser mon réemploi. Mais voilà, oui, les startups, ça représentait bien 40 % de mon patrimoine, ce que je ne recommande pas de faire d'ailleurs. Je ne le recommande pas.
Quels sont les résultats d'ailleurs sur ça ?
Justement, en fait, c'est assez intéressant. Je pense que moi, j'ai commencé à investir début 2020. Je pense que c'était peut-être le pire moment pour investir puisque les valorisations étaient très élevées.
Tu as payé très cher, c'est ce que j'allais dire.
Tu payais très cher, il y avait beaucoup, beaucoup d'argent disponible. L'argent, comme il coûtait très peu cher parce que les taux d'intérêt étaient quasiment à zéro. Voilà, il y avait de l'argent qui coulait à flots sur les marchés privés, en bourse, etc. Et donc, globalement, j'ai investi dans une période qui était très compliquée. Et mon bilan après 6 ans aujourd'hui, à peu près 20, 30 sociétés, je n'ai plus exactement le chiffre en tête, entre 25 et 30 sociétés. Le bilan, il est d'un point de vue financier, je dirais tout à fait honorable. Mais si on regarde en termes de multiples, il est honorable. Si on regarde en termes de prise de risque par rapport aux multiples, il est décevant. Mais ça m'a permis, en fait, de faire un apprentissage sur le monde de l'investissement dans nos côtés, de me familiariser aussi avec un certain nombre de choses que je ne connaissais pas par rapport aux différents pactes d'actionnaires, aux clauses de liquidation préférentielle, par rapport à la communication aussi qui est faite par les entrepreneurs auprès de leurs investisseurs, par rapport au niveau de véracité de ce qui est communiqué par rapport à la réalité. Ça te permet aussi de voir comment réagissent les entrepreneurs quand ils ont des difficultés, quand ça va très bien. Et ça, c'est un apprentissage qui finalement était hyper intéressant pour moi. Là, je le dis, moi, j'ai gagné de l'argent en tant que business angel. Aujourd'hui, quand je regarde autour de moi les gens qui se sont lancés, je suis un des seuls qui a gagné de l'argent. Il y a une grosse part de chance, honnêtement, je ne prétends pas être un génie. Je sais que là, il y a beaucoup de gens qui se prétendent être des génies du business angel. Moi, ce n'est pas mon cas. Effectivement, j'ai eu la chance de rentrer dans quelques boîtes qui ont très bien performé. Pour être tout à fait honnête, les boîtes sur lesquelles je misais le plus grand espoir, ce sont avérées être des échecs cuisants. Et puis finalement, les boîtes sur lesquelles j'ai gagné de l'argent, c'était les boîtes dont les gens n'étaient pas en FOMO dessus et qui finalement ont délivré, ont levé moins d'argent, du coup moins cramé d'argent aussi et avaient une gestion qui était finalement plus saine et qui leur a permis de devenir rentables. Ce qui fait que quand le tapis s'est dérobé sous les pieds de tous les entrepreneurs qui brûlaient l'argent parce que les vannes se sont fermées, ces entreprises qui étaient bien gérées ont pu continuer à se développer et pour certaines, être rachetées et générer du coup de la liquidité et des plus-values pour l'ensemble des investisseurs qui leur avaient fait confiance.
Pour ceux qui nous écoutent quand même, et tu m'arrêtes Bradley si je me trompe, mais l'investissement en start-up repose sur une loi qui s'appelle la power law et qui dans tous les cas explique que tu auras 10 % de tes investissements qui globalement, voire moins de 10 %, qui vont nettoyer toutes tes pertes sur les 90 % restants ou la stagnation. Sur la vraie power law, je crois que c'est 10 % de mecs qui explosent, 20 % de stagnation et tout le reste de pertes. En gros, tes 10 % de gains sont censés, par l'effet de levier et les multiples dont tu parlais tout à l'heure, nettoyer tout le reste des pertes sur le portefeuille.
Tout à fait. Après, il y a un autre élément que je ne connaissais pas parce que 2020, on est en plein start-up nation, Macron, on va devenir une start-up nation, ce qu'on n'est malheureusement pas devenu du tout en France. Et en fait, ça m'a aussi permis de comprendre que être business angel, c'est super. On a besoin de business angels pour financer les entreprises de demain, mais on a aussi besoin d'avoir un terreau fertile où on peut effectivement permettre aux entreprises d'exploser comme on l'a dans d'autres régions du monde. Et ça, malheureusement, même s'il y a beaucoup d'aides en France, des pays notamment qui financent à tour de bras des entreprises, on met aussi beaucoup, beaucoup de réglementations et donc en fait on finance des entreprises et ensuite on les brise avec trop de réglementations par rapport à ce qu'on peut trouver dans d'autres régions du monde. Et donc aujourd'hui, il y a quand même un très gros problème de liquidité sur l'écosystème tech en France. Il y a un très gros problème parce qu'il n'y a aucune introduction en bourse. Aujourd'hui, il n'y a aucune entreprise française qui souhaite s'introduire en bourse.
Qui a même la possibilité ou qui peut exactement.
Exactement, qui a la possibilité de s'introduire en bourse. Il n'y a aucun rachat d'entreprise par des grosses boîtes françaises. Aujourd'hui, il n'y a plus d'acteurs qui achètent des startups. Quand je dis plus, j'exagère, mais il y en a très, très peu. Alors que c'est un phénomène qui est très développé aux États-Unis et en Israël notamment. Et donc, on se retrouve à avoir des milliers de business angels qui finalement soit se sont fait rincer en investissant dans des boîtes qui ont fermé boutique. Et ça fait partie effectivement des risques quand on est business angel et qu'on investit dans des startups très tôt. Ou alors qui sont assis sur du papier. C'est-à-dire sur des actions qui potentiellement sur le papier valent de l'argent. Mais sur lesquelles ils n'ont aucune fenêtre de liquidité. Et donc, pourquoi ? Parce que pas de rachat, pas d'introduction en bourse, pas de marché secondaire. Donc, le marché secondaire, c'est la possibilité de trouver d'autres investisseurs qui rachètent vos parts. Et donc, une fois qu'on a dit ça, il faudrait trouver un acteur. Il faudrait peut-être trouver quelqu'un qui arrive à monter un acteur pour faire un fonds secondaire. Ça a été tenté. Il y a eu des acteurs qui l'ont fait. Et ça a été assez difficile. Et donc, du coup, ils sont revenus de ce modèle-là. Mais voilà, aujourd'hui, on a un sujet. C'est que tous les business angels qui ont financé sur les cinq dernières années, aujourd'hui, ils sont soit écœurés parce qu'ils ont perdu de l'argent, soit, effectivement, ils n'ont pas perdu de l'argent parce que sur le papier, ça continue à valoir de l'argent. Ils ont peut-être potentiellement la tant gagnée. Mais par contre, ils n'ont plus de liquidité pour réinvestir dans de nouveaux projets. Donc, en fait, il n'y a pas de ruissellement aujourd'hui qui est acté par une IPO, une introduction en bourse ou bien par un rachat qui permet de rendre l'argent aux investisseurs pour que ces investisseurs-là puissent le réinvestir dans d'autres entreprises. Donc, aujourd'hui, les boîtes françaises souffrent énormément sur le financement. Aussi, je termine mon point là-dessus, aussi parce que les fonds eux-mêmes de Venture Capital français ont eu des gros sujets de liquidité. Ils ont des investisseurs à qui ils doivent rendre de la liquidité et sur lesquels ils n'arrivent pas à le faire puisqu'ils sont bloqués dans des positions qu'ils n'arrivent pas à vendre. Les boîtes ne sont pas rachetées, ne sont pas introduites en bourse. Et donc, tout ça fait qu'aujourd'hui, les fonds en France ont aussi beaucoup de mal à lever de l'argent. Et on a besoin qu'ils lèvent de l'argent pour continuer à financer les startups de demain en France. Donc là, on est vraiment dans un mécanisme où finalement, si on n'avait pas BPI, ça serait un cataclysme concrètement. Et donc, BPI permet d'amortir le fait qu'il n'y ait pas de liquidité qui revienne aux investisseurs et donc qu'il n'y ait pas de ruissellement. Mais on est quand même dans une situation qui est compliquée. Et j'ai bien peur qu'on creuse notre retard par rapport notamment aux États-Unis qui avancent très très vite en ce moment sur les sujets d'IA.
Mais en France, on parle de plus en plus de fonds zombies, c'est-à-dire de fonds qui théoriquement ont des AUM délirants. AUM, c'est Asset Under Management. Donc en gros, le total des participations plus du cash, même s'il n'y aura généralement plus beaucoup de cash. Et en fait, il y a en effet, comme tu le disais, un gros problème de liquidité. Ils ne peuvent pas liquider le fonds. Donc tant que tu n'as pas liquidé, tu ne peux pas rendre aux LP. Les LP sont les Limited Partners, les mecs qui te donnent l'argent à la base. Et donc, le problème, c'est que toute la machine est grippée parce que tu ne peux pas relever un nouveau fonds, donc pas investir. Donc c'est très compliqué. Et il y en a apparemment de plus en plus, même si évidemment, c'est des stats qui restent très fermées. Donc difficile de dire le qui et combien. Mais visiblement, les fonds zombies représenteraient beaucoup beaucoup d'argent aujourd'hui.
Il y a ça et puis il y a les fonds, ce qu'on appelle les fonds de continuation, qui sont très à la mode en ce moment, puisqu'aujourd'hui, tu as beaucoup de gros fonds qui effectivement n'arrivent pas à liquider leur position. Et donc, ils ont trouvé ce mécanisme assez ingénieux, finalement, pour monter un fonds de continuation qui va racheter toutes les dernières participations au fonds précédent, qui va permettre de donner de la liquidité aux investisseurs du fonds précédent et qui est généralement racheté avec une décote et qui est un argument de vente pour les investisseurs du nouveau fonds de continuation, en leur disant, ben voilà, vous vous rapprochez d'un exit potentiel parce que nous, on a déjà porté cette ligne dans notre portefeuille pendant sept ans, huit ans. Donc là, on est vraiment plus très loin d'un exit. Et en plus, on vous a permis de rentrer avec une décote de 10, 15, 20, 30 %. Donc vous arrivez, vous avez un truc qui vaut 100 et vous l'avez payé 70. Donc en fait, comme ça, ça leur permet finalement de créer une liquidité, parce qu'aujourd'hui, les grosses participations sont assez dures à céder.
Entièrement d'accord avec toi. Alors attends, pour reprendre, maintenant, on a fait une longue digression sur tout ça, mais donc toute cette période-là, elle t'a donné envie de te dire, je ne vais pas rentrer en direct dans les boîtes, mais je vais essayer de rentrer dans les fonds directement. Soit des fonds de VC, soit des fonds de PE, ce qui va nous intéresser ensuite avec ce que tu as monté, c'est-à-dire Fundora. Est-ce que tu peux nous expliquer un peu cette transition et pourquoi, selon toi, le fonds de PE est une classe d'actif qui, de ce que je comprends, surperforme toutes les autres ? Est-ce que tu peux nous expliquer un peu la logique qui sous-tend ça ?
Oui. Alors effectivement, on est début 2024 et moi, j'avais monté avec des copains, avec dix copains, on avait en plus de mes investissements que je faisais au travers de ma holding, j'avais monté un club d'investissement, on était dix, on avait levé un peu d'argent et on avait pris des participations dans des startups. Et puis en fait, je vois qu'on a un problème de deal flow, en fait. On a un problème de deal flow, on a un problème de zone géographique, parce que comme je disais tout à l'heure, la France, ce n'est pas évident de faire de l'investissement dans la tech. Et donc, je me dis, bon, le deal flow que j'ai aujourd'hui qui m'arrive, ce n'est pas le bon deal flow, en fait. C'est le deal flow qui n'a pas été pris par les pros et qui arrive au particulier. Et ça, on en reparlera un peu après parce qu'on nous fait souvent ce procès-là chez Fundora, comme quoi on est la roue de secours des fonds qui n'arrivent plus à lever auprès des professionnels et qui donc du coup se penchent sur le retail. Et donc, j'aimerais bien qu'on y revienne un peu plus tard.
Avec plaisir.
C'est quelque chose qui me fait doucement rire quand j'entends ça. Donc, globalement, on est en début d'année 2024. Et là, je me dis, bon, je vais peut-être changer ma façon de faire. Moi, je continue à avoir envie d'investir dans l'économie réelle. C'est ce qui m'intéresse au quotidien. Acheter des actions de Renault ou d'Apple, c'est pour moi moins stimulant. Donc, ça peut être très intéressant d'un point de vue financier, mais c'est moins stimulant. Et moi, ce que j'aime, en fait, c'est être au contact des entrepreneurs d'une façon ou d'une autre. Et donc, je me rapproche à ce moment-là d'un ami de mon frère qui lui a continué sa carrière en private equity et qui faisait du fonds de fonds, c'est-à-dire qu'il investissait lui-même dans des fonds. Et donc, je lui demande de me renseigner sur deux, trois fonds de buy-out, qu'on réexpliquera le concept de buy-out juste après. Mais moi, tu as compris que j'étais très, très exposé sur la partie venture capital au travers de tous mes investissements en startup. Et donc, il fallait aussi que je diversifie mon portefeuille et que j'aille sur des entreprises plus matures, rentables, de plus grosse taille. Et puis finalement, donc, il me donne deux, trois noms. J'appelle un premier fonds en disant, voilà, je souhaiterais avoir des renseignements. Et donc là, je demande à parler à la personne en charge des relations investisseurs. Et je vois tout de suite, quand je commence à parler avec cette personne, qu'elle n'est pas très à l'aise, elle se demande pourquoi je l'appelle et elle ne comprend pas bien. Donc, je lui explique. Puis en fait, rapidement, elle m'arrête. Elle me dit, vous savez monsieur, que le ticket d'entrée chez nous, c'est deux millions d'euros. Donc là, moi, je tombe un peu des nues parce qu'en fait, je n'avais pas deux millions d'euros à mettre sur la table. Et donc, je me dis, attends, moi, j'ai investi un million et demi dans des startups. J'ai de l'argent à déployer. J'ai envie d'investir dans l'économie réelle. En fait, je ne peux pas rentrer dans ce fonds-là qu'on m'annonce comme étant un très bon fonds. Et là, je me suis dit, mais c'est profondément injuste parce qu'aujourd'hui, on laisse des investisseurs particuliers investir dans des startups dont on sait que la probabilité de gagner de l'argent est très limitée. Alors, je le dis, il y a des gens qui gagnent de l'argent dans les startups. Si vous le faites, il faut investir dans au moins une dizaine ou une vingtaine de sociétés. Parce que si vous le faites sur deux, trois sociétés, à part avoir un très, très gros coup de chance, vous avez quand même une grosse probabilité de tout perdre. Donc ça, c'est important de le rappeler. Et donc, à ce moment-là, je me dis, il y a peut-être un truc à faire, mais je ne fais rien. Je ne fais rien. Et puis, quelques semaines plus tard, je suis contacté sur LinkedIn parce que je mettais à l'époque que j'étais business angel sur mon LinkedIn. Donc, j'étais très souvent contacté pour des levées de fonds. Et en fait, je me fais contacter par Alan, qui est devenu mon cofondateur, qui me dit, on a lancé une plateforme de mise en relation entre des business angels et les startups qui est plus orientée sur, on va matcher vraiment en fonction du profil de l'entreprise pour trouver des gens qui viennent du même secteur, pour leur apporter vraiment de l'expertise. Et puis finalement, moi au téléphone, je le trouve vachement bien, vachement persuasif, mais je ne suis pas du tout convaincu de leur truc. Parce que des plateformes de crowdfunding, il y en avait déjà beaucoup, que ça commençait à pas mal se tasser au niveau de la collecte parce que les gens ont passé l'euphorie des premiers temps. Ils voyaient bien que c'était quand même compliqué de gagner de l'argent sur ce type d'investissement. Et donc, par conséquent, j'approfondis quand même le sujet avec lui et on échange. Et je lui parle, moi, de l'aventure que j'ai eue avec ce call avec le fonds. Et je lui dis, écoute, aujourd'hui, pour moi, les business angels que je connais, ils sont tous rincés. Il n'y en a plus aucun qui veut faire du business angel. Ça ne les intéresse plus. Ils ont perdu trop d'argent. Par contre, quand je leur ai parlé de potentiellement investir dans des fonds, ça les a intéressés. Et donc, il y a peut-être un truc à faire là-dessus. Et puis finalement, on a creusé l'idée ensemble. Et puis, ils ont abandonné le projet qui était le leur, qui démarrait tout juste pour finalement créer avec moi Fundora. Voilà comment la genèse du projet, c'est vraiment né d'une frustration personnelle. Et puis de cette rencontre un peu improbable sur LinkedIn, où en fait, je n'étais pas convaincu par leur projet. Par contre, j'étais assez convaincu par le discours, l'énergie que je ressentais au téléphone. Et donc finalement, on s'est rencontré rapidement et on a avancé sur ce projet-là.
Et du coup, la deuxième partie de la question, c'est pourquoi... Est-ce que tu as des indicateurs clairs qui te prouvent que le PE surperforme d'autres classes d'actifs ? Parce que tu l'as dit, les startups, c'est vraiment une classe à part. Donc, il y a cette loi qu'on a évoquée juste avant. Et puis plein d'autres détails qui font que c'est très difficilement prédictible. Bon, tu mets ton argent, tu ne sais pas très honnêtement si tu vas le retrouver. Et combien ? De l'autre côté, tu as la bourse qui est... Alors, actuellement, on ne va pas dire ça, mais on va dire que sur la dernière décennie, post-subprimes a été relativement prédictible. Tu sais à peu près où tu mets ton argent. En plus, aujourd'hui, avec tous les produits types ETF et ainsi de suite, a priori, tu n'as pas besoin d'être un grand druide pour savoir que tu vas probablement retrouver ton argent. Cette catégorie du PE, elle est un peu particulière parce qu'il y a des fonds où on sait qu'ils ont des rendements de l'ordre de... Tu m'arrêtes si je me trompe, mais on va dire 12 à 18. Et ils arrivent à le tenir depuis très longtemps, des très bons fonds, Blackstone et compagnie qui sont très efficaces. Pour autant, c'est aussi derrière une industrie où tu peux avoir des problèmes de liquidité parce que tu as les mêmes problèmes entre guillemets qu'en start-up, même s'ils sont beaucoup moins importants parce que là, pour le coup, tu as plus de liquidité de rachat avec des grands groupes et ainsi de suite. Mais tu es exposé à ce même problème de liquidité qui peut arriver, ce qui n'arrive pas ou jamais en bourse. Est-ce que tu peux nous expliquer pourquoi ça performe si bien et pourquoi c'est une très bonne alternative entre je vais faire x150 en start-up et je vais averager peut-être 6-7 en bourse si je schématise beaucoup ?
Effectivement, déjà, il y a plusieurs choses dans ce que tu as dit. Effectivement, quand on regarde les performances du Private Equity, ce n'est pas nous qui le disons, c'est l'étude France Invest de 2024 et je n'ai plus celle de 2025, mais en France, Private Equity, la moyenne, c'est 14,2 % de rendement annuel. Donc, c'est au-dessus du CAC 40, c'est au-dessus de l'immobilier, c'est au-dessus de l'assurance-vie. Après, il faut bien regarder quelque chose de très important. C'est la dispersion qu'il y a entre le dernier quartile, le troisième quartile, la moyenne, le premier quartile, le top 10 %, le top 5 %, le top 1 %. Et là, tu as des écarts qui sont extrêmement significatifs, extrêmement significatifs. Après, le Private Equity, c'est très large. Tu as beaucoup de stratégies différentes dans le Private Equity. Quand tu investis et que tu fais du venture capital, c'est du Private Equity. Le Private Equity, c'est actif privé. Donc, tu achètes bien des actions d'actifs privés, que tu le fasses dans une startup ou dans une boîte qui vaut 10 milliards. Dans les deux cas, tu détiens des actions non cotées.
Je me permets juste un petit aparté. On entend par privé dans le cas de figure ici, pas par opposition à public, mais par opposition à coté. C'est en gros coté, non coté et pas privé, public. Je précise juste pour le contexte.
Tout à fait. Et donc, en fait, ce qui se passe, c'est que tu as sur les marchés privés plein de stratégies différentes. Tu as du venture capital, du capital risque. Tu as du capital développement, du growth, si on appelle ça en anglais. Tu as le LBO, le buy-out, le rachat d'entreprise avec un effet de levier par la dette. Tu as le secondaire où là, tu vas racheter des actions existantes justement pour donner de la liquidité à d'autres investisseurs. Tu as même la private debt aujourd'hui qui se développe énormément, qui est devenue un pan très important avec de plus en plus de fonds qui se spécialisent là-dedans. Donc finalement, aujourd'hui, le private equity au global, il y a vraiment énormément de stratégies différentes. Nous, chez Fundora, on a pris le parti de proposer un peu chacune de ces stratégies aux investisseurs pour leur permettre de bien se diversifier avec des rendements qui ne sont pas les mêmes en fonction de si tu vas investir sur du buy-out ou sur du venture capital. Les multiples que tu peux espérer faire ne sont pas les mêmes. Les risques associés ne sont aussi pas les mêmes. L'horizon d'investissement n'est pas le même. Donc c'est important en fait de bien comprendre ce dans quoi tu t'engages. Et dans tous les cas, tu es sur un horizon d'investissement qui est un horizon de long terme. Tu ne peux pas te positionner en private equity en te disant je rentre aujourd'hui, je veux investir de l'argent aujourd'hui, dont je vais avoir besoin dans six mois, un an ou deux ans. Il ne faut pas le faire. Les gens qui vous disent que vous pouvez le faire, récupérer votre argent dans six mois, a priori ne pas les écouter. Donc il faut être dans un horizon d'investissement qui est de dix ans. Il y a des stratégies qui sont plus courtes. Il y a des stratégies secondaires notamment qui peuvent être plus courtes, de l'ordre de cinq, six ans. Les stratégies de private debt, c'est pareil. Les stratégies qui sont plus courtes, qui peuvent être de trois à quatre ans. Mais c'est important de comprendre que vous ne maîtrisez pas la liquidité. Ce n'est jamais vous qui maîtrisez la liquidité. C'est les gérants qui potentiellement vont la maîtriser. Et dans la très grande majorité des cas, ne la maîtrisent pas eux-mêmes. Donc il y a un autre point qui est important. C'est que quand on parle d'un horizon d'investissement de dix ans, ça ne veut pas dire que pendant dix ans, vous n'allez pas toucher un euro. Le fonctionnement d'un fonds de private equity, c'est que l'argent va vous être appelé au fil de l'eau, généralement sur une période qui va de deux à cinq ans, en fonction des stratégies, en fonction des fonds. Et ensuite, vous allez avoir la période de désinvestissement qui va durer entre cinq et sept ans, pendant laquelle les fonds vont essayer de vendre leur participation, si possible avec une plus-value. Et à chaque fois qu'une société en portefeuille va être vendue, ils vont faire ce qu'on appelle une distribution. Et donc, tu peux investir aujourd'hui, je prends l'exemple même d'un investisseur institutionnel qui va mettre 10 millions d'euros dans un fonds, ces 10 millions d'euros vont lui être appelés en quatre ans, à hauteur de 2 500 000 euros chaque année. Et puis peut-être qu'en année 5, on va lui renvoyer 3 millions, puis six mois plus tard encore 2 millions, parce que deux sociétés auront été vendues. L'objectif premier des gérants de ces fonds, c'est d'abord de rendre aux investisseurs 100 % de leur capital. Ça, c'est l'objectif numéro un. Et puis ensuite, l'objectif numéro deux, c'est bien évidemment de leur faire gagner de l'argent. Pourquoi l'objectif numéro deux est très important pour les gérants de fonds ? C'est parce que la très grosse majorité de leur rémunération vient du fait de la plus-value qu'ils sont capables de vous ramener. Pourquoi ? Parce que le fonds, il se rémunère de trois façons. Dans certains cas, il y a des droits d'entrée pour pouvoir accéder aux fonds d'investissement qui sont pris à l'entrée. Ensuite, il y a ce qu'on appelle les frais de gestion, qui sont en moyenne de 2 % chaque année sur l'engagement. Je referai un petit aparté là-dessus, parce que j'ai beaucoup de grands spécialistes du Private Equity qui viennent nous parler des frais chez Fundora et comment on est différent des autres, mais qui ne connaissent pas le fonctionnement des frais en Private Equity. Ça, c'est aussi un point qui m'alerte à chaque fois. Donc, 2 % de frais de gestion annuels sur l'engagement. Sur 10 millions d'euros, vous allez payer chaque année 2 % de ces 10 millions d'euros qui ne seront pas investis et qui seront pour rémunérer les équipes de gestion et tout le fonctionnement du fonds. Et ensuite, il y a la plus grosse partie qui correspond au carried interest, qui est la commission de surperformance. Et ce carried interest, généralement, il est de 20 % sur la plus-value. Alors, les très bons fonds vous disent que s'ils ne vous délivrent pas au moins 8 % de TRI annuel, ils ne prennent pas de carried interest. Par contre, dès lors qu'ils ont passé ce 8 %, ils vous prennent 20 % et ça démarre dès le début, c'est-à-dire dès le premier euro de plus-value. Mais par contre, s'ils ne vous ont pas délivré ces 8 %, ils ne vous prennent pas de carried interest. Le carried interest, c'est ça qui fait la fortune des gérants de private equity. Ce ne sont pas les frais de gestion. Je vous rassure, ils gagnent bien leur vie avec les frais de gestion. Mais ce qui leur permet vraiment un enrichissement personnel important, c'est le carried interest, sachant que dans les fonds de private equity, les gérants ont l'obligation d'y investir leur propre argent. Et donc, on a ce qu'on appelle le GP commitment, c'est-à-dire l'engagement financier des gérants qui peut être de 2, 3, 4, 5, 10, parfois 20 % du montant du fonds qui est amené par les gérants du fonds. Donc, ça permet aussi d'avoir un alignement d'intérêt fort entre les gérants et les investisseurs pour aller chercher effectivement de belles performances. Et donc, je reprends juste sur les frais, puisqu'effectivement, le private equity, c'est un monde sur lequel il y a pas mal de frais. Quand on le compare aux ETF sur lesquels il n'y a quasiment aucun frais. J'explique en quelques mots pourquoi il y a beaucoup plus de frais dans le private equity que dans le monde du coté. C'est tout simplement parce que l'information n'est pas accessible. Si tu veux avoir de l'information sur une société privée, tu n'y as pas accès comme dans une entreprise qui est cotée en bourse et qui publie tous les trimestres ses reportings que tu peux analyser en profondeur. Donc, ça demande du temps, des experts, des avocats, des auditeurs, des consultants pour pouvoir analyser, obtenir les informations, les auditer, auditer les comptes. Donc, tout ça, c'est beaucoup d'argent qui est dépensé. Ensuite, il y a la structure même réglementaire qui est très élevée. Les fonds ont des commissaires aux comptes, des valorisateurs, des banques dépositaires qui coûtent une fortune chaque année au fonds. Et puis après, tu as les équipes de gérants à rémunérer, les équipes d'analystes, les équipes d'avocats, les équipes d'auditeurs. Donc, tout ça fait que c'est chargé, c'est chargé en frais. Maintenant, ce qu'il faut comprendre, et ça, c'est important, c'est que quand tu investis dans un fonds, n'importe lequel et peu importe le montant que tu mets, même si tu mets 100 millions d'euros dans un fonds, si le fonds prend 2 % de frais de gestion, alors si tu mets 100 millions, ils te prendront certainement moins que 2 %, d'accord ? Mais mettons, chaque année, tu recevras un rapport de frais qui t'indiquera qu'ils t'ont appelé 20 millions sur l'année et que sur les 20 millions qu'ils t'ont appelés, il y a 18 millions qui ont été investis dans les entreprises et il y a 2 millions qui sont venus payer les frais de gestion de la société de gestion. Donc, au final, ils t'ont appelé 20 millions, tu n'as que 18 millions qui sont au travail. Donc, si tu fais ça sur 10 ans, tu as 80 millions d'euros au travail. Donc, ta performance, elle ne sera pas calculée sur les 100 millions que tu as décaissés, mais bien sur les 80 millions qui ont réellement été investis, le reste ayant servi à rémunérer tout ce que j'ai cité précédemment. Et donc, là-dessus, il y a cette guerre de oui, mais les frais, etc. Ce qu'il faut savoir, c'est qu'il y a deux types d'acteurs. Il y a les acteurs qui vont parler du brut. Donc, les multiples bruts, les TRI bruts, etc. Puis, tu as le net. Et dans le private equity, entre le brut et le net, il y a une différence qui est assez conséquente, d'accord ? Parce que si tu parles du brut et que tu exclus les droits d'entrée, les frais de gestion, le carried interest, tu te retrouves à avoir des multiples très élevés. Et puis, in fine, tu ne comprends pas pourquoi en net, tu n'as reçu qu'une part beaucoup moins importante. Donc, aujourd'hui, nous, ce qu'on regarde, c'est avant tout les rendements nets de tous frais du fonds, d'accord ? Pour pouvoir se positionner, OK ? Il y a évidemment plein de critères qu'on prend en compte. Ce n'est pas que les performances historiques sur lesquelles on s'arrête, mais c'est effectivement un de nos critères d'analyse. Et nous, quand on communique aux investisseurs, on communique sur des rendements ou des multiples qui sont nets de tous frais, c'est-à-dire nets de frais des fonds et nets de frais Fundora. Donc, c'est vraiment les multiples ou les rendements que tu peux espérer faire. Ce n'est jamais une garantie puisque, je le rappelle, l'investissement en private equity comporte un risque de perte en capital, un risque d'illiquidité. Quand tu investis aujourd'hui dans un fonds, tu es quand même relativement diversifié puisque ce fonds, lui, va investir dans une dizaine, une vingtaine, une trentaine, parfois même une centaine de sociétés. Et donc, ça te permet d'être diversifié et de faire en sorte que si certaines sociétés du portefeuille ferment boutique, tu ne te retrouves pas avec zéro à la fin, d'accord ? Mais tu as un risque de perte en capital. Et effectivement, là où nous, notre travail aussi, c'est d'aller aider à la sélection des fonds, c'est effectivement d'analyser évidemment les performances historiques, de voir la capacité des gérants à répliquer dans le temps et sur différentes périodes économiques de la performance. Les équipes de gestion, la stabilité des équipes de gestion, voir si effectivement le fonds qui est proposé comporte les mêmes gérants que les fonds précédents qui ont généré ces performances-là. De regarder la géographie sur laquelle ils investissent, le secteur sur lequel ils investissent. Est-ce qu'effectivement, aujourd'hui, on voit que les logiciels SaaS sont un peu plus en difficulté avec l'IA ? Est-ce que des stratégies SaaS qui ont très bien fonctionné dans le passé, le gérant relance un fonds sur des logiciels SaaS ? Est-ce que c'est la bonne stratégie aujourd'hui ? Voilà, peut se poser la question. Et donc, il faut analyser effectivement le discours aussi des gérants, la vision qu'ils ont sur le secteur pour pouvoir justement se dire OK. J'ai confiance dans leur capacité à aller continuer à sourcer de très belles sociétés dans ce domaine-là. Et donc, je leur confie de l'argent. Donc, il y a vraiment énormément de critères. La qualité des reportings aussi qui sont délivrés aux investisseurs, la façon dont ils communiquent aussi sur les valorisations latentes. Voilà, tout ce qui est évidemment sécurité, audit, il en va de soi. Mais donc, tout ça, c'est les critères de sélection qu'on prend pour se décider à prendre des allocations ou pas dans ces fonds.
OK. Alors, je vois qu'on arrive bientôt à la fin, mais il me reste deux questions qui me semblent hyper importantes. Du coup, c'est quoi, on va dire, les premiers résultats de Fundora aujourd'hui ? Vous avez cette envie de démocratisation et ainsi de suite. Comment ça prend ? Quels sont, entre guillemets, les premiers retours que vous avez, on va dire, d'un point de vue business pour la structure Fundora ?
Écoute, déjà, avant ça, je voudrais juste préciser une chose parce que je t'en ai parlé en introduction. Aujourd'hui, il y a cette petite musique qui tourne, qui est très rigolote d'ailleurs, qui est pour tous les haters du private equity et de la démocratisation du private equity. Oui, mais en fait, là, ils n'arrivent pas à refourguer leur fonds. Du coup, ils prennent monsieur et madame Michu et ils vont se gaver sur leur dos. OK ? Je précise une chose. La part aujourd'hui que représente le retail dans l'univers du private equity est une goutte d'eau dans l'océan, une goutte d'eau dans l'océan. Donc déjà, imaginez que cette goutte d'eau puisse absorber l'océan. Ça me paraît être très douteux comme raisonnement.
Quel pourcentage ça représente en France ?
Faudrait qu'on regarde et on pourra peut-être les mettre dans les notes du podcast parce que je ne les ai plus en tête. Mais effectivement, c'est une goutte d'eau dans l'océan. Ensuite, le deuxième point qui est intéressant, c'est qu'effectivement, la collecte actuellement est difficile pour les fonds. Elle est difficile par rapport à ce qu'elle a été dans le passé pour plusieurs raisons. La première, c'est qu'il n'y a pas eu d'IPO pendant un certain temps. Ça reprend légèrement, mais c'est très en-deçà de ce qu'on a pu connaître par le passé. Le deuxième élément, c'est que les taux d'intérêt étant beaucoup plus hauts, il y avait moins d'intérêt à mettre de l'argent au travail qui n'était pas liquide. Donc, des gros institutionnels se sont aussi retirés ou ont moins investi, ont baissé leur allocation en private equity. Mais effectivement, le point qui est très intéressant, c'est qu'aujourd'hui, vous avez des fonds qui n'ont pas bien performé et pour qui c'est très difficile de lever aujourd'hui. Les très gros fonds, certains arrivent encore à très bien lever. Ardian, qui est une très grosse société de gestion, a fait des levées record sur ses derniers fonds. D'autres ont plus de difficultés, mais vous avez énormément de fonds de petite et moyenne taille qui, eux, ont des très bonnes performances et n'ont aucune difficulté pour lever dans la mesure où, sur la base de leurs investisseurs existants, ils relèvent des nouveaux véhicules sans avoir besoin nécessairement d'accueillir de nouveaux investisseurs.
Logique, tu as les bonnes performances.
Tu as 50, 60, 70 investisseurs à qui tu as fait gagner de l'argent. Tu leur dis que tu relances un nouveau fonds. Les 70 investisseurs, a priori, vont réinvestir dans le nouveau fonds. Et donc nous, c'est vraiment sur ces fonds-là qu'on va venir se positionner. C'est les fonds de petite et moyenne taille, avec des expertises très précises. Et donc on propose des stratégies sur des expertises très précises. Souvent des fonds qui sont montés par d'anciens entrepreneurs. Donc on a une casquette opérationnelle très forte. Des gens du secteur, par exemple de la cybersécurité, qui ont revendu déjà une ou deux grosses sociétés, qui ont un deal flow privilégié, qui ont une connaissance du secteur très précise, qui ont un apport opérationnel auprès des fondateurs qui est très important. Et ils ont d'autres partenaires, qui eux, d'autres gérants, qui eux sont plus financiers, qui les accompagnent. Et donc sur ces fonds-là, aujourd'hui, les fonds sont largement sursouscrits. Et donc la question c'est pourquoi ils ont besoin de nous. Mais ils n'ont pas besoin de nous. C'est ça ce que je me tue à expliquer, c'est qu'ils n'ont pas besoin de nous. Et d'ailleurs, il y a un an et demi quand on a lancé, un peu plus d'un an et demi quand on a lancé Fundora, personne, et je le dis bien personne, n'acceptait qu'on prenne des allocations dans leur fonds. Pourquoi ? Parce qu'on n'était personne. Pourquoi ? Parce qu'on n'avait aucun track record. Pourquoi ? Parce qu'ils n'avaient pas besoin de nouveaux investisseurs, ou qu'ils n'avaient pas nécessairement besoin. Donc tous les fonds qu'on a contactés en direct, on a systématiquement eu un refus. Mais on a eu la chance d'avoir deux fonds qui nous ont fait confiance, qui étaient des très beaux fonds. Et grâce à ces gérants et à la relation qu'on a réussi à construire avec eux, ils nous ont ouvert leur carnet d'adresses. Et dans leur carnet d'adresses, on a eu accès à d'autres gérants de très grande qualité. Et aujourd'hui, on a des allocations dans plus d'une quarantaine de fonds. Et ce qui est drôle, c'est qu'aujourd'hui l'ensemble de notre deal flow vient des gérants avec lesquels on a déjà travaillé. C'est-à-dire qu'il n'y a plus une seule fois où on contacte en direct tel ou tel gérant. Tout se fait sous cette sorte de flywheel où finalement on a des recommandations de toute part de la part des gérants parce qu'en fait ils apprécient travailler avec nous, qu'on leur apporte aussi une vue sur ce qui se passe en Europe, qu'aujourd'hui on a des très gros investisseurs chez Fundora, des gens qui ont vendu des très grosses entreprises, qui ont un carnet d'adresses, qui ont une expertise, qui peut être utile aussi aux sociétés des portefeuilles. Et donc tout ça fait qu'aujourd'hui on a une exposition assez forte aux États-Unis, assez forte en Israël, en Europe également. Mais ce sont des marchés qui sont très orientés aux États-Unis et donc qui n'ont pas beaucoup de vue sur ce qui se passe en Europe et donc pour eux ça les intéresse d'avoir aussi ce regard qu'on peut apporter au travers de notre réseau. Aujourd'hui on a 30 000 utilisateurs sur Fundora, on a levé 50 millions d'euros en l'espace de quelques mois, donc c'est une croissance qui est très très rapide.
C'est quoi la moyenne des investissements dans Fundora ?
Aujourd'hui, on est aux alentours de 1600 ou 1700 euros du ticket moyen, mais on a des très gros tickets. Donc l'investissement se fait à partir de 100 euros. On a des investisseurs qui se créent un peu une sorte d'ETF du private equity en investissant dans 15-20 stratégies chaque année. Et donc en étant investis dans 15-20 stratégies, ils sont très bien diversifiés sur différentes géographies, différents secteurs, différents types d'entreprises. Et effectivement, on a aussi des très gros investisseurs, des gens qui ont investi des centaines voire des millions d'euros à nos côtés, qui sont des investisseurs qui sont aujourd'hui en family office, en banque privée, avec des CGP, et qui investissent chez Fundora puisqu'aujourd'hui on a une offre qui est propriétaire dans la mesure où les stratégies qu'on propose, les gérants qu'on propose, nous sommes les seuls à les proposer en France. Donc nous, notre cœur de métier, ce n'est pas d'aller proposer de très belles sociétés de gestion, BlackRock, Blackstone, Ardian, TKO. Ce n'est pas le type de gérant que nous cherchons aujourd'hui, parce que ça ne correspond pas à la demande aussi qu'on a de nos utilisateurs. Nous, on va aller vraiment chercher ce qu'on appelle des fonds boutiques pour donner un parallèle avec le monde de l'hôtellerie. Tu peux aller dans un 4 étoiles dans un Hilton très standardisé, ou tu peux aller dans un 4 étoiles qui est un boutique hôtel de 25 chambres où tu as les propriétaires de l'hôtel qui sont là, qui vont t'accueillir, qui vont t'offrir une expérience différente. Nous, on est plutôt sur la partie boutique, et effectivement, on est sur des fonds, sur des stratégies, qui sont sur des expertises très précises, et on aime beaucoup les fonds qui sont menés par des entrepreneurs qui ont eu des très belles success stories et qui ont un carnet d'adresses très important. Ce qu'il faut comprendre, c'est que dans le milieu de l'investissement, une des clés, c'est l'accès au dossier, l'accès aux entreprises, l'accès aux fonds. Et ça, ça se construit avec le temps. Et aujourd'hui, je suis fier de pouvoir dire qu'on a réussi à construire un réseau de gérants qui croient au projet de Fundora et qui nous permet aujourd'hui d'exister, de continuer à proposer des stratégies sur la plateforme, toujours très qualitatives.
OK. Alors, du coup, dernière question, qui est la même qu'on pose à tous les invités. Tu côtoies beaucoup de gérants de fonds. Tu vois, du coup, je suppose, un paquet de stratégies. On doit te pitcher des trucs tous les jours. En plus, t'es BA ou t'as été BA, donc tu vois beaucoup de boîtes, beaucoup de choses. C'est quoi tes prédictions pour, on va dire, les dix ans à venir ? Quelles sont les deux, trois grandes idées ? C'est le nom du podcast, les next big shit selon toi pour les dix ans à venir.
Écoute, moi, en ce moment, je suis quand même très impressionné de ce qui se passe sur l'IA. Je sais que beaucoup de personnes disent que c'est une bulle et que ça va éclater comme en l'an 2000. Moi, je pense tout le contraire. Je pense que les valorisations sont élevées aujourd'hui dans le secteur de l'IA. Je pense qu'elles vont certainement être amenées à baisser sur les prochains mois. Mais par contre, ça n'a rien à voir avec ce qui s'est passé en l'an 2000 où il n'y avait aucun business model, où il n'y avait rien du tout. Là, on n'a jamais vu autant de sociétés passer de 0 à 100 millions de revenus en une année. C'est quelque chose qui ne s'est jamais vu avant. On n'a jamais vu autant de sociétés devenir rentables aussi vite dans la tech. Si on regarde la vague précédente des logiciels SaaS, c'est des entreprises qui ont brûlé des centaines de millions, voire des milliards de dollars avant de pouvoir être rentables. Aujourd'hui, il y a des entreprises qui lèvent 2 millions de dollars, qui, un ou deux ans plus tard, font déjà des centaines de millions et sont profitables. Moi, je suis très impressionné par ce qui est en train de se passer, par toute cette vague aussi autour de l'IA agentique. Quand je vois aujourd'hui, moi, j'utilisais, comme beaucoup de monde, certainement OpenAI, ChatGPT. Je me suis mis à utiliser Claude très récemment. Je vois le gap qu'il y a aujourd'hui et les progrès qui ont été faits. C'est assez vertigineux. Quand je regarde ce qui est en train de se passer aujourd'hui sur le domaine de la cybersécurité, je suis très impressionné de ce qui se passe. Je vois qu'aujourd'hui, il y a des entreprises dans la cybersécurité qui se développent très vite, qui sont rachetées très cher. Moi, je pense que là, on change de paradigme avec ce qui se passe dans l'IA. Je m'inquiète aussi un peu de ce à quoi va ressembler le marché du travail dans les prochaines années. Je pense que ce n'est pas un mythe. Il y a beaucoup, beaucoup de gens qui n'auront plus de travail et qui n'auront plus, effectivement, on n'aura plus besoin d'eux pour effectuer des tâches. Tout le mouvement de la robotique humanoïde, c'est aussi en train de prendre une ampleur énorme. Nous, on est investisseur au sein d'une stratégie dans une société qui s'appelle Figure AI qui propose des robots connectés avec de l'intelligence artificielle qui sont capables d'exécuter un nombre de tâches assez incroyables. Je vous invite à regarder les vidéos sur YouTube. Ce n'est pas les seuls. Aujourd'hui, je vois plusieurs choses. Il y a effectivement un ouragan autour de l'IA et de la partie agentique. Je vois effectivement aussi de très belles évolutions dans le secteur de la robotique. Et peut-être de la cybersécurité aussi parce qu'il y a énormément de failles de sécurité qui se créent par tout ce qui se passe autour de l'IA. Et le dernier point, je dirais aussi tout ce qui est lié à la société dans le domaine de la défense, la defense tech, puisqu'aujourd'hui, on est dans un monde avec beaucoup d'incertitudes géopolitiques. On voit que les très grandes économies qui ne s'étaient pas réarmées après la Seconde Guerre mondiale sont en train de se réarmer massivement. Et donc, il y a, je pense, des opportunités très fortes dans ce domaine-là dans les années à venir. Nous, c'est vraiment les secteurs qu'on regarde de très près. Après, si je devais donner un conseil, c'est de bien se former, commencer à bien se former et de bien suivre ce qui est en train de se passer sur l'IA. On en parle, et ce n'est pas juste demander à ChatGPT une liste pour préparer son prochain voyage en Amérique du Sud. Il y a des choses très puissantes. Et je pense que les gens qui auront une bonne maîtrise de l'IA vont être en mesure de réaliser de grandes choses dans les mois et les années à venir.
Merci beaucoup. Merci d'être venu, c'était hyper intéressant. Pour nos auditeurs, on vous dit à la semaine prochaine. Juste peut-être, Bradley, où est-ce qu'on peut te retrouver pour les personnes qui veulent en savoir plus ?
Écoute, vous pouvez me trouver sur LinkedIn. Je ne publie pas beaucoup, mais voilà, j'ai un compte LinkedIn. Et sinon, j'ai mon e-mail. Vous pouvez nous envoyer un e-mail à bradley@fundora.fr. C'est là-dessus que je...
Je mettrai le lien de Fundora dans la description pour les personnes qui veulent aller y jeter un petit coup d'œil. Bradley, merci infiniment.
Merci à vous.