Génération Do It Yourself — Episode 1

#529 - Frédéric Mazzella - BlaBlaCar, Dift - Le virtuose de la tech française

Normalien, physicien, pianiste de conservatoire, Frédéric Mazzella avait tout pour faire une brillante carrière scientifique mais il a choisi de devenir entrepreneur. En 2006, tout le monde le regarde avec compassion quand il annonce qu'il veut créer un site de covoiturage pour « des beatniks qui font de l'autostop ». BlaBlaCar a mis sept ans pour atteindre le premier million de membres, été refusé par six banques et essayé cinq modèles économiques qui n'ont pas fonctionné. 20 ans plus tard, c'est 100 millions de membres dans plus de 20 pays, du Brésil à l'Inde, 300 millions d'euros de chiffre d'affaires et 2,5 millions de tonnes de CO2 économisées par an. Aujourd'hui, Fred se lance dans une nouvelle aventure avec Dift pour permettre aux entreprises et aux particuliers d'offrir des dons à des associations.

Speakers
Matthieu Stefani, Frédéric Mazzella
Duration
Transcript(458 segments)
  1. Frédéric Mazzella

    Je crois qu'au final, c'est grâce à Einstein que je suis devenu entrepreneur. J'ai pu lire plus d'une fois la compassion dans les yeux de mes interlocuteurs qui se disaient, le gars il était bien parti. Il avait fait, tu vois, classe prépa, normal su, Stanford, il bossait à la NASA. Et là, il plaque tout pour aller construire un site web pour des beatniks qui font de l'autostop. Des fois, on me dit, ah, it was an overnight success. On a mis sept ans à avoir un million d'inscrits. Je me lave la carte, on a essayé six modèles économiques. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que cinq fois, on s'est planté. Entre 2012 et 2015, on a ouvert une vingtaine de pays. Aujourd'hui, on est du Brésil à l'Inde. Et ça fait combien de chiffre d'affaires au total ? Un peu plus de 300 millions.

  2. Matthieu Stefani

    Est-ce que c'est encore nécessaire de faire l'INSEAD ou Harvard pour lancer son entreprise en 2026?

  3. Matthieu Stefani

    Nous sommes la moyenne des personnes que nous fréquentons. Je suis Matthieu Stefani, partenaire d'Orso Media. Et je vous propose de rencontrer des entrepreneurs sportifs ou artistes qui vont faire exploser notre moyenne.

  4. Matthieu Stefani

    Salut Fred, ça va ? On vient de confirmer qu'on t'appelait Fred, donc pas Frédéric. Parce que ça, c'est le… C'est la grande question. C'est le « American way of life », c'est ça.

  5. Frédéric Mazzella

    C'est plus facile à dire Fred que Frédéric, pour les Américains surtout.

  6. Matthieu Stefani

    C'est vrai, c'est vrai. Puis bon, on est pressé, on n'a pas le temps. C'est ça, en même temps,

  7. Frédéric Mazzella

    ça permet d'être dans l'action.

  8. Matthieu Stefani

    J'ai assumé le maths un moment, puis après, bon, en fait, je laisse les gens m'appeler comme ils veulent. Et voilà, moi aussi, c'est ça.

  9. Matthieu Stefani

    Bon, tant que ça, c'est pas insultant, c'est mieux aussi. Non, tant que ça reste ton nom. Clem, on peut taper Clem ou… bien sûr. Je suis content de te recevoir enfin sur Génération Do It Yourself, un vrai OG de la tech, quoi. Un parrain de la tech française, finalement. Parce que toi, t'as toujours été plus ou moins dans les parages. T'es quand même pas la toute première génération, t'es un peu comme moi, t'as loupé la première vague du dotcom quand même, non ?

  10. Frédéric Mazzella

    Le dotcom, ouais, mais moi j'étais… Enfin, la bulle quoi. Ouais, j'étais aux États-Unis au moment de la bulle. Ouais. Donc, j'étais dedans, mais j'étais protégé entre guillemets parce que je faisais encore mes études. Oui, c'est ça. J'étais à la Stanford, en Californie.

  11. Matthieu Stefani

    Ouais, mais t'es protégé. Mais enfin, il y en a quand même qui ont réussi à faire des trucs très marrants dans la bulle. Il y a un moment où, tu vois, les premières vagues de Génération Do It Yourself, j'avais quand même pas mal de gens qui avaient vécu la bulle. Alors, soit qui avaient tout explosé dedans, soit qui avaient réussi à acheter, vendre avant. Même des gens que tu connais bien, j'imagine. Des marques Simon Signet, BKM, d'autres formes de OG, quoi. Et à mon avis, c'était un truc marrant à vivre quand même aussi. Il y en a qui sont passés, mais genre vraiment, juste avant.

  12. Frédéric Mazzella

    Ah oui, ils ont réussi à vendre au bon moment. Après, je pense que ça forme aussi, d'avoir vu ça, d'avoir frôlé des situations catastrophiques, voire parfois les avoir vécues, ça te rend plus fort pour la suite. Et

  13. Matthieu Stefani

    ce qui est marrant, c'est que là -dessus, alors moi, j'ai fait partie de ces entrepreneurs à peu près dans les mêmes octoies 2005 -2006 dans la tech, c'est que c'était quand même vraiment sec, quoi. C'était marée basse, quand même. C'est-à -dire qu'entreprendre en France à ce moment -là et dans la tech, tout le monde te regardait en te disant, pfff, vie flemme, quoi.

  14. Frédéric Mazzella

    Ouais, flemme, c'était pas l'expression de l'époque, mais c'était là -dessus. Tu veux l'argent ? Non. Moi, quand j'ai voulu ouvrir un compte en banque pour créer BlaBlaCar, j'ai fait sept banques. Et les six premières m'ont gentiment accompagné à la porte avec différents arguments. J'en ai une qui m'a ramené un agent d'une banque, je dirais pas le nom, qui m'a ramené à la porte. Moi, je les ai

  15. Matthieu Stefani

    cités pendant très longtemps, mais j'ai arrêté. C'était quatre lettres, ils viennent de Hong Kong, Saint -Gagpour et d'autres endroits, mais... HSBC, c'est vrai qu'ils n'existent plus en France, mais bon, pardon, donc ils te raccompagnent à la porte ? Ouais,

  16. Frédéric Mazzella

    en me tapant sur l'épaule, en me disant, merci monsieur, mais Internet, on a déjà donné. Je te jure. J'en ai eu une autre qui m'a dit, ah oui, mais les startups, on adore ça, amenez -nous les trois derniers bilans. Je dis, mais comment dire, je dépose les statuts, donc les bilans, ça va pas pour tout de suite. Je vais pas en avoir trois.

  17. Matthieu Stefani

    Moi, ce qu'il m'avait dit, c'était au coin du Victor Hugo, les mecs, il m'avait dit, elle m'avait dit, charmante, au demeurant, mais elle dit, non, non, mais nous, on adore, pareil, les startups, les feux d'entrepreneurs, c'est super. En revanche, on prend pas, avant, cinq ans d'activité. Ok, mais je vais, je fais comment ? Ah bah, aller chez les autres. Et puis, tu sais, elle te montre la sortie comme ça. J'en reviendrai jamais. Non, c'est vrai que c'était pas un moment... Non, ça a changé, maintenant,

  18. Frédéric Mazzella

    tu peux quand même ouvrir un compte en banque quand tu crées ta société, c'est quand même facile.

  19. Matthieu Stefani

    C'est vrai. Tu peux le faire en plus, en ligne, en trois secondes. Tu vas même plus Quai de Corse, ou je sais pas où, selon les villes où tu montes ça, mais très cool. En tout cas, je suis ravi de te recevoir. On va parler de... Merci. Un peu de tout ça. On va parler de un peu des États -Unis où t'as un peu grenouillé, j'ai l'impression. Un petit peu de BlaBlaCar, parce qu'on peut pas dissocier Frédéric Mazella de BlaBlaCar. C'est écrit là. Voilà, c'est exactement. Tu l'as tatoué quelque part ? Non,

  20. Frédéric Mazzella

    je l'ai pas tatoué. Je l'ai pas tatoué, mais on dirait. Parce que des fois, les gens ne savent pas mon nom. Ils m'appellent Monsieur BlaBlaCar.

  21. Matthieu Stefani

    À la fois, heureusement, parce que comme vous avez changé de nom, on t'aurait pu t'appeler commuto ou covoiturage, c'est ça ? Oui, monsieur covoiturage. Ça marche aussi. C'est moi international. C'est ça. Et puis on va parler de Diff, évidemment, qui est ton sujet. L'un de tes sujets, de nombreux sujets d'actualité. Mais avant tout ça, si tu veux bien, Fred, je te propose de te

  22. Frédéric Mazzella

    présenter. Très bien. Écoute, je vais écouter. Non, c 'est toi qui

  23. Frédéric Mazzella

    te présente. Pardon, vas -y. J'ai cru que c'était toi. Pardon, toi-même.

  24. Matthieu Stefani

    Normalement, j'étais plus clair. De me présenter moi

  25. Frédéric Mazzella

    -même ? Qui es -tu ? Ça va être rapide. Non, je suis entrepreneur. J'ai compris que j'étais entrepreneur, finalement. Voilà. Qu'est-ce que je dois dire de plus ? Voilà, j'aime bien créer des trucs. J'aime bien imaginer ce qui n'existe pas encore. Et surtout quelque chose qui, si possible, va marcher. C'est-à -dire qui va être compatible avec le monde dans lequel je vis. Donc, tu sais, on peut avoir souvent des idées ou des idéaux. Et puis, il y a un moment, il faut se confronter au réel. Et c'est ça qui me passionne dans le côté entrepreneuriat. C'est que tu as une idée, tu as une vision, tu as une envie. Et puis, ensuite, tu dois te débrouiller pour qu'elle existe, pour qu'elle marche. Donc, c'est vraiment transformer quelque part tes rêves en réalité. Mais en faisant avec le monde qui t'entoure, puisque tu vas pas le changer. Donc, ton but, c'est de faire en sorte que ton idée arrive à se développer dans le monde dans lequel on vit. Et que ce faisant, cette idée -là elle-même puisse contribuer à faire évoluer le monde comme tu as envie de le voir évoluer. Donc, c'est en cela qu'on peut dire que entreprendre, c'est aussi changer le monde. Mais c'est d'abord s'adapter au monde pour le faire changer.

  26. Matthieu Stefani

    Intéressant. Et est-ce qu'il y a intéressant ce qu'on voit ou ce que les gens ne voient pas trop, parce que sans post -rationaliser, mais c'est que l'entrepreneur, comme tout le monde, mais comme plein d'autres personnes, change le monde. C'est-à -dire que tu vois, je sais pas, à l'origine, un Léonard De Vinci est un entrepreneur ou il doit financer ses projets, il doit faire un certain nombre de choses qui font qu'à la fin, tu vas inventer un certain nombre de choses. Vous, avec BlaBlaCar, avec Dift, avec tout le monde à sa mesure, à sa manière, que ce soit un tout petit écosystème dans une rue, dans un quartier ou un plus gros, ça change des habitudes, des pratiques. Si vous écoutez Génération du Turcel depuis longtemps, vous le savez, j'ai parlé avec des centaines d'entrepreneurs et il y a un truc qui revient tout le temps. Comment on facture ? Je ne vous dis pas d'envoyer une facture en PDF, juste comment on structure un modèle économique, comment on scale, comme on dit en anglais, comment on pivote, comment on suit et à chaque fois il y a un nom qui revient. Stripe. Vous connaissez peut -être Stripe, S -T -R -I -P -E, pour les paiements ? OK. Mais aujourd'hui, je vais vous parler de Stripe Billing, leur solution de facturation. Stripe Billing, c'est l'outil qui vous permet de tout lancer rapidement, de tester des prix, des packages, des options à la carte sans avoir à attendre six semaines que votre développeur ait à coder la moitié du système. Vous voulez facturer à l'usage, à la consommation, en token, Stripe Billing le fait. Stripe Billing fait tout, basiquement. Vous bossez en B2B, Stripe Billing le fait. Vous bossez en B2C, Stripe Billing s'adapte. Donc voilà, derrière, vous avez toute la gestion de la TVA qui est gérée, les devises, les paiements locaux, les relances, la conformité. Bref, vous vous concentrez comme toujours sur le produit, sur votre entreprise, pas sur l'usine à gaz qui va derrière. Donc je vais vous dire un truc très clairement. Si vous avez une boîte qui grandit vite, surtout en intelligence artificielle ou en SAS, le pire frein à la croissance, c'est pas la tech. C'est le modèle de monétisation qui ne suit pas. Et ça, Stripe l'a très bien compris depuis des années. Tout le monde le reconnaît. En 2025, ce sont pas moins de 1400 milliards de dollars qui ont transité par Stripe. 1400 milliards de dollars, soit 1 ,3 du PIB mondial. Je sais pas pour vous, mais moi, je trouve ça vertigineux. Stripe Billing est déjà utilisé par plus de 300 000 entreprises dans le monde. Taux de disponibilité 99 ,999 %. Ça fait 3 ,9 après le 99. Support dans plus de 135 devises et 40 langues. Donc si vous êtes fondateur en finance, en produit ou côté go to market, GTM, comme on dit dans le métier, allez jeter un œil, stripe .com slash billing. Allez, on reprend l'épisode. Je trouve ça assez intéressant philosophiquement.

  27. Frédéric Mazzella

    Complètement, mais c'est très philosophique. Et d'ailleurs, moi, j'avais une formation plutôt par la recherche. Je suis passé par NormalSupp et donc on t'apprend dans ces lieux -là à aller te poser des questions que possiblement personne ne s'est jamais posé. D'ailleurs, je me souviendrai toute ma vie de ce jour d'entrée à NormalSupp où la directrice de l'école nous prend tous dans l'amphi. On nous prend tous dans l'amphi et elle nous dit, les épreuves NormalSupp, tu as une idée, c'est des épreuves de 3 heures, de 6 heures, des trucs très costauds. C'est un niveau, avec un niveau de sélection énorme. Tu as 1 % qui rentre ou quelque chose comme ça. Et c'est à l'issue de tes classes prépa où tu as aussi travaillé tout le temps pour avoir le niveau correct pour pouvoir prétendre à rentrer dans ces écoles -là. Et là, elle nous dit, bonjour, bienvenue à l'école NormalSupp. Bravo, vous êtes rentré à l'école, vous savez remplir un QCM. Et là, moi je me suis dit, attend QCM quand même, il est un petit peu salé. Et elle nous dit oui, puisqu'il faut bien que vous imaginiez que toutes les questions auxquelles vous avez répondu pour entrer à l'école NormalSupp, ce sont d'autres que vous qui se laissons poser. À partir d'aujourd'hui, on va apprendre à se poser les questions. Et là, tu te dis, ah oui, non, en fait, tout ce que j'ai fait là, pendant les 20 premières années de ma vie, à apprendre à compter, écrire, compter bien en plus, parce que tu vois, ça va jusqu'aux intégrales triples, en coordonnées sphériques et j'en passe. Donc c'est quand même des trucs compliqués. Tu dis, ah oui, non, c'était qu'un exercice en fait, c'était le bac à sable. C'était apprendre à écrire, compter, un peu réfléchir. À partir de maintenant, ça y est, on vient de passer la seconde et on est passé dans le domaine de la réflexion, des questions qu'il faut se poser. Et puis, on ne sait pas qu'on ne connaît pas la réponse aux questions, c'est qu'on ne connaît pas les questions.

  28. Matthieu Stefani

    C'est génial. Moi, j'adore ça. Ce qui est super, c'est que c'est mieux quand même que ces endroits où on t'accueille et on dit vous êtes l'élite de la nation, bravo, bienvenue. Flemme aussi. Sur NormalSupp, j'ai rencontré pas mal de normaliens, mais il y a vraiment plein de profils différents. C'est-à -dire que j'en ai rencontré des ultra scientifiques, des ultra littéraires Sur ton concours d'entrée, tu as plusieurs branches ? Oui, complètement. Je

  29. Frédéric Mazzella

    suis rentré en physique, en physique chimie.

  30. Frédéric Mazzella

    Donc, oui, tu peux entrer en maths, tu peux entrer en bio, tu peux entrer en physique chimie, tu peux entrer en lettres, évidemment, très connu, NormalSupp pour les lettres. Donc, tu as vraiment des populations assez différentes. C'est marrant parce que les promos ne sont pas très grandes. Nous, en physique, on était 23.

  31. Matthieu Stefani

    23, la vache. Donc finalement, au total, si tu mélanges toutes les promos, vous êtes 200, quoi.

  32. Frédéric Mazzella

    Alors attends, je ne voudrais pas dire de bêtises. C'est possible que ce soit à peu près. C'est pas 2000, quoi. À NormalSupp -Rudulm, on doit être à peu près 200 par an. Il faudrait vérifier, je ne sais pas exactement les effectifs.

  33. Matthieu Stefani

    Et alors ça a fonctionné après ? Parce que ce qui est intéressant aussi, c'est que dans beaucoup d'autres endroits, c'est peut -être plus lié aux écoles de commerce qu'ailleurs. Je ne pense pas que ce soit comme ça à Polytechnique, mais je ne sais pas. Non, je sais quand même. Mais on te dit, moi, j'ai beaucoup, beaucoup, beaucoup bossé pendant la prépa. Après, c'était vraiment cool. Là, d'après ce que tu me dis, ce n'est pas le...

  34. Frédéric Mazzella

    Non, t'as beaucoup bossé pendant la prépa, puis tu bosses aussi beaucoup à NormalSupp. Mais tu bosses encore plus après ? Oui, mais c'est parce que, en fait, j'ai envie de dire, quand tu aimes, tu ne comptes pas. Et quand tu aimes ce que tu fais, tu bosses sans te rendre compte. C'est pareil pour tout. Enfin, toi, tu es entrepreneur. Tu vois, quand tu es passionné par ton sujet, en fait, techniquement, tu fais un nombre d'heures impressionnants, mais tu n'as pas vraiment l'impression de bosser. À part qu'à un moment, tu es fatigué, il faut que tu dormes. C'est sûr. Mais tu as l'impression, de quelque part, d'accomplir quelque chose qui te dépasse, qui te rend heureux, qui te rend fier. C'est une forme d'accomplissement aussi. Et donc, c'est sûr que quand tu aimes apprendre, quand tu aimes découvrir, quand tu aimes te poser des questions, tu vois, ces classes là, NormalSupp ou ailleurs, c'est formidable. Parce que tu poursuis ta pensée. On rejoint le côté effectivement philosophique, mais c'est le plaisir d'apprendre, c'est le plaisir de découvrir. Qui est peut -être d'ailleurs, on en parlera sûrement, mais qui est peut -être ce qui nous différencie justement des machines et de tout ce qui est AI. Et je ne suis pas sûr que l'AI ait un plaisir à apprendre. Enfin, déjà, tout ce qui est plaisir, je ne sais pas bien comment l'AI peut le ressentir aujourd'hui, mais c'est un moteur, l'envie, le plaisir. Et quand tu as le plaisir d'apprendre, du coup, tu fais plein de choses. Et effectivement, techniquement, tu travailles beaucoup. Mais en fait, comme tout le monde, tu n'as que 24 heures par jour et tu as choisi de mettre tes heures sur ça plutôt que sur, je ne sais pas, regarder la télé ou aller à la plage.

  35. Matthieu Stefani

    L'envie, le plaisir, la passion, les sentiments. En effet, de là à ce que l'AI et tout ça. Et la question, c'est est-ce qu'on souhaite que la machine et tout ça, c'est toi aussi encore. Ça

  36. Frédéric Mazzella

    va être perturbant. Oh mon petit Frédéric.

  37. Matthieu Stefani

    Fred. Non, c'est vrai que... Alors, ce qui est intéressant, je voudrais quand même juste un tout petit peu creuser là -dessus. Ça fonctionne. Vous avez appris. Et comment ils t'ont appris à vous poser plus de questions? Quel type de questions? Comment? Déjà, il

  38. Frédéric Mazzella

    n'y a pas de questions interdites. Tout ce qui te passe par la tête, t'as le droit de te poser la question. Alors, en physique, c'est assez facile parce que... Enfin, c'est facile. Parce qu'il y a encore plein de trucs qu'on ne connaît pas. Donc, il y a tellement, tellement de choses qu'on ne connaît pas. Alors, ce que ça t'apprend aussi, c'est que tu ne connais pas grand chose.

  39. Matthieu Stefani

    Oui, en physique particulièrement.

  40. Frédéric Mazzella

    Ce que ça m'a appris aussi, c'est qu'il y en a qui sont plus doués que d'autres pour trouver des trucs. Typiquement, il y avait une classe sur deux à normal sup, où plus on avançait en physique, plus on parlait d'Einstein. Tu vois, tu te dis, bon, quand

  41. Matthieu Stefani

    même... Il était partout, ce con.

  42. Frédéric Mazzella

    Il était partout. Et surtout, tu te dis, alors attends, lui, il a publié trois papiers en 1905 qui révolutionnent le temps, l'énergie, la lumière, la masse. Tu te dis, est-ce qu'il en a laissé pour quelqu'un d'autre ? On est 100 ans plus tard. On est encore en train d'étudier tout ce qu'il a pondu. Il avait 26 ans quand il a écrit ses trois papiers en 1905. Et là, tu te dis...

  43. Matthieu Stefani

    Il n'était pas staffé. Enfin, il était solo. Il ne s'est pas allé avec une équipe de ouf, 120 personnes autour. Lui, c'est son

  44. Frédéric Mazzella

    cerveau. Chou. Et là, tu te dis, lui, quand même, il a marqué un petit peu le domaine. Et c'est vrai que je crois qu'au final, c'est grâce à Einstein que je suis devenu entrepreneur. Parce que je me suis dit, bon, je ne sais pas si je vais réussir à amener un gravier sur la montagne Einstein. Donc, je vais voir si je suis utile ailleurs. Je vais retourner avec les ploucs. Je vais être utile ailleurs.

  45. Matthieu Stefani

    Et là -dessus, est-ce que, je veux dire, dans tes collègues, élèves, il y en a qui ont répondu à des questions auxquelles personne n'avait répondu. Ou est-ce que pendant... Tu vois ce que je veux dire

  46. Frédéric Mazzella

    ? Ah si, oui, pas mal. Mais oui, beaucoup. Mais même, il y en a pour lesquelles je ne comprends toujours pas les questions. Tu sais, on te dit, quand tu dois répondre à une question, il faut d'abord comprendre la question avant de répondre. Donc,

  47. Frédéric Mazzella

    ça part de là. Bien sûr, c'est très, très poussé. Ça va chercher loin dans différents domaines. Ça peut être en biologie, ça peut être en physique, ça peut être en astrophysique, ça peut être en... Et puis après, dès que tu commences à rentrer dans les notions de... Quantique. Quantique, ou mixer le temps et l'espace, l'énergie et la masse. Là, c'est sans fin, parce que même, il y a toujours encore des choses entre l'énergie et la masse. Bon, on a E égalé MC2. Grâce à Einstein, on a cette équation -là. Et puis après, on a différentes choses. On a les constantes de plans, qu'on a différents trucs qui nous permettent de comprendre la différence entre la masse et les ondes. Mais enfin, la différence, les similarités. Mais pour passer d'un monde à l'autre, on a des ponts. Mais bon, il y a encore beaucoup, beaucoup de choses à faire. S'il y a des gens qui nous écoutent et qui sont intéressés par la physique, allez -y, parce que c'est pas fini.

  48. Matthieu Stefani

    C'est vrai qu'un épisode qui est marqué ici, c'est avec Georges Olivier Raymond, le fondateur de Pascal, qui me raconte qu'en gros, quand il s'est vraiment intéressé après Polytechnique à la physique quantique, il a mis sept ans. Tu sais, et puis moi, je suis là en train d'essayer de vulgariser. Donc, explique -moi un peu ce que c'est, comment ça fonctionne. Dis -moi, j'ai mis sept ans à vraiment comprendre. Enfin, pas tout, puisqu'évidemment, ils ont pas toutes les réponses, mais ce que c'était vaguement. Bon, bah salut, merci. Mais tu vois la profondeur de tout ça. Et après, t'as continué aux US. Raconte -moi un peu, parce que je vois dans ton parcours de l'INSEAD, du Stanford, t'as fait quoi, deux ans en Californie ? Tu joues même de la NASA ?

  49. Frédéric Mazzella

    J'ai fait un peu plus de trois ans en Californie. Oui, parce qu'en fait, je suis venu au départ pour faire un stage à Stanford, dans un labo qui était une joint venture entre la NASA et Stanford, l'école de médecine de Stanford. En fait, ce qu'on faisait, c'était de la chirurgie virtuelle. C'est-à -dire qu'on passait tout l'environnement de chirurgie, y compris les corps dans la machine, pour faire des opérations à blanc, si tu veux. Pour faire en sorte que les chirurgiens puissent s'entraîner sur des environnements virtuels, avant de faire les opérations en vrai sur des vrais bonhommes.

  50. Matthieu Stefani

    Il n'y avait pas de corps, de gens morts ou de choses comme ça. C'était vraiment que du virtuel. Moi, je travaillais

  51. Frédéric Mazzella

    que sur le virtuel, mais on était évidemment en lien très étroit avec la Stanford Medical School. Donc, on récupérait des données qui venaient justement de l'école de médecine à côté, où là, c'était des vraies données de vrais corps, évidemment. Et puis, de temps en temps, on allait faire des tours dans l'Operating Room. C'est quand même marquant aussi, comme expérience. Les odeurs, oui.

  52. Frédéric Mazzella

    Oui, ou quand tu arrives après des accidents et que tu vois les chirurgiens qui doivent réparer ce qui peut être réparé, ça perturbe. Donc, moi, je travaillais sur la création de cet environnement virtuel. Et pourquoi c'était financé par la NASA ? C'est parce que l'ambition, c'est pour aller sur Mars. Il arrivera peut -être un jour. Tu vas vouloir envoyer dans l'équipage, non seulement des astronautes, mais aussi un chirurgien qui, si un astronaute se blesse ou si un astronaute est malade ou s'il faut opérer, tu ne vas pas pouvoir le ramener sur Terre pour l'opérer. Et puis, tu ne peux même pas l'opérer à distance avec des outils parce qu'il y a trop de latence entre le moment où le mouvement est commandé et le moment où ça revient. Donc, en fait, pour opérer, ça se joue à quelques milléèmes de

  53. Frédéric Mazzella

    millisecondes, quelques milléèmes de secondes. Donc, tu ne peux pas avoir de latence. Donc, il faut que celui ou celle qui va opérer l'astronaute soit sur place. Sauf que tous les chirurgiens ont une spécialité et que, je ne sais pas combien il y en a, à 500. Il y en a qui sont spécialisés du genou ou d'autres. De la main gauche de l'enfant. Voilà, par exemple. Et donc, les chances que l'astronaute se blesse sur ta spécialité sont quasi nulles. Et donc, il va falloir que tu fasses une opération probablement pour la première fois. Et donc, pour avoir plus de chances de réussir ton opération, qu'elle soit plus rapide, parce que plus une opération est rapide, mieux c'est, parce que moins tu endors le corps, eh bien, les chirurgiens peuvent s'entraîner sur un environnement virtuel. Avec non seulement des lunettes 3D, un environnement 3D complet. Et on était, tu vois, en 1999. Mais en plus, avec des outils à retour de force. Moi, j'étais spécialisé sur les outils à retour de force. Et la raison pour laquelle il m'avait appelé, c'est parce qu'il fallait modéliser le corps humain, notamment avec des équations physiques pour mettre tout ça dans la machine, pour que quand tu déformes les tissus mous, c'est-à -dire la peau, les muscles, enfin tout, même tous les liquides que tu as dans le sang, eh bien, ça soit à peu près réaliste. L'outil

  54. Matthieu Stefani

    à retour de force, pour ceux qui ne comprennent pas ou qui ne connaissent pas, moi, je connais ça parce que j'ai fait des flight simulator ou des simulateurs de voitures, etc. C'est quand tu tournes à fond en voiture dans un simulateur, eh bien, le volant, si tu es très rapide, il va être très dur. Exactement. Et puis les freins ou pareil. Voilà. Donc

  55. Frédéric Mazzella

    ça, c'est pour les volants. Après, moi, les outils dont on disposait, c'était des outils, des haptic devices, donc des outils qui marchent avec les mains et qui, quand tu vas les bouger, ils peuvent avoir des formes assez étonnantes, mais c'est comme si tu avais dans tes mains des outils chirurgicaux. Une bistourie. Une bistourie, voilà. Et donc, en fait, quand tu les bouges, tu sens comment ça réagit et tu peux faire des coutures comme si tu étais sur du vrai corps et tu as des retours de force dans les mains.

  56. Matthieu Stefani

    Quand on transperce la peau, ça fait... Exactement.

  57. Frédéric Mazzella

    Et au moment où tu fais une couture, tu ressens comme si tu faisais une couture. Et donc ça, c'est très important parce que ça vient compléter, évidemment, la vision. Et en plus, c'est beaucoup plus exigeant parce qu'en fait, enfin, c'est marrant parce que c'est évidemment intéressant, mais pour l'image, tu sais, quand on met 24 images par seconde à cause de la persistance rétinienne, tu penses que c'est continu. C'est d'ailleurs la magie des vidéos qui sont en fait une succession de diapos, mais on a l'impression que c'est continu parce que l'image persiste dans notre rétine et on la voit en continu. On a l'impression que c'est comme le monde continu qui est autour de nous, alors que ça se update, que ça se met à jour que 24 fois par seconde. Eh bien, sur les retours de force et notamment dans les mains, ce n'est pas le cas. Il te faut plusieurs centaines de mises à jour par seconde pour que tu n'aies pas l'impression que ça vibre. Parce que sinon, quand tu vas toucher le truc, ça va faire... Si tu remets

  58. Matthieu Stefani

    sur l'image, c'est un peu comme quand tu passes... Si tu fais le petit coup du papier, là, si tu n'en as que 12 par seconde, tu vas avoir l'impression, tu vas bien voir que ça vibre. Et dans

  59. Frédéric Mazzella

    les doigts, tu le sens. C'est-à -dire que si tu mets que 24 mises à jour par seconde, dans les doigts, tu vas dire non, mais là, ça vibre. En fait, ce n'est pas une force continue. Et donc, pour faire une force continue, il fallait faire des mises à jour plusieurs centaines de fois par seconde d'un environnement évidemment complexe puisque tu calcules en temps réel les déformations de tout le corps qui est constitué de tout, des os, de la peau, des muscles, des veines, tout ce que tu veux. Et donc, il y a beaucoup, beaucoup de calculs. Donc, il fallait faire non seulement des calculs mathématiques

  60. Matthieu Stefani

    complexes. Juste, je fais une petite pause, les gars. Il va falloir qu'on m'explique comment le type en face de moi a monté Blabla Clara. Tout ce qu'il est en train de me raconter. Pardon, on y revient après. Pardon. Excuse -moi, je t'ai coupé. C'était le petit moment technique. Je te laisse reprendre. Moi, j'adore, je suis hyper content. Moi, je peux parler deux heures de ça. On ne parlera pas de Blabla Clara. Je m'en fous, vas -y. C'est

  61. Frédéric Mazzella

    génial. Donc, mettre à jour tout cet environnement complexe plusieurs centaines de fois par seconde. À l'époque, c'était très compliqué. Maintenant, les machines vont évidemment plus vite. Mais ça voulait dire créer des équations de simplification extrêmes. Et qu'est-ce qu'on fait en physique ? On passe son temps à approximer ce qu'on observe. Parce que c'est trop complexe de réussir à mettre tout le monde entier en équation pour pouvoir comprendre comment tout se passe. Donc, on passe notre temps en physique à faire des approximations dans tous les sens. C'est-à -dire, même la première approximation, c'est que tu lances un objet. Même si tu es sur Terre, tu vas considérer que la résistance de l'air, si ton objet ne va pas trop vite, elle est négligeable. Et donc, tu vas calculer...

  62. Matthieu Stefani

    De temps en temps, on va refaire les mêmes calculs avec d'autres approximations parce qu'il peut y avoir des erreurs dans ces approximations.

  63. Frédéric Mazzella

    Exactement. Et puis, alors, on va prévoir... En fait, le résultat qu'on va obtenir, il est à 99 ,9 % bon. Parce que, typiquement, si je prends l'exemple de t'envoyer une balle dans l'air, si elle ne va pas trop vite, oui, elle va faire grosso modo une parabole. Elle ne va pas être ralentie par l'air parce que ça ne va pas trop vite. Par contre, dès que tu vas vite, à la vitesse d'un avion, tu ne peux plus négliger évidemment la résistance de l'air. Elle est colossale. Donc, tu es obligé de changer tes équations. Mais en gros, en physique, tu passes ton temps à faire des approximations. Et là, typiquement, c'est ce qu'il fallait faire pour réussir à imaginer les déformations du cœur humain. Bref, peut -être que ça suffit. Non,

  64. Matthieu Stefani

    ce qui m'intéresse, et là -dessus, c'est quand tu passes de la rue d'Hulme à Stanford, où on a un peu toujours les clichés des cultures américaines, où on apprend aux enfants à être plus proliques, plus verbaux, plus dans la démonstration. Quand tu arrives plutôt sur des hauts niveaux d'études comme ça, parce que Stanford, c'est aussi quand même... Alors, ce n'est pas il vie ligue, mais tu es quand même dans les très bonnes universités américaines. Qu'est-ce qui te frappe ? Qu'est-ce qui change ? Qu'est-ce qui est différent

  65. Frédéric Mazzella

    ? C'est différent, effectivement. Les choses qui ont pu me... Enfin, en faisant une sorte de rapport d'étonnement, qui ont pu m'étonner, c'est que déjà tu peux poser toutes les questions. Et que quand tu poses une question, le prof, il te dit toujours très bonnes questions et très bonnes. Alors qu'en France, quand tu poses des questions, des fois, si le prof l'a expliqué la semaine d'avant ou si c'était dans la leçon que tu as mal lu, bon, tu prends immédiatement un scud en disant bon, retour, tu n'as pas lu tes leçons. Et alors que dans l'attitude américaine, ce que j'ai trouvé, c'est que quand quelqu'un pose une question, et puis même des fois, j'avais la réaction française, je vois quelqu'un qui pose une question d'un truc qui était dans les cours ou qu'on a déjà expliqué, je me dis bon, quand même, tu fais perdre du temps à tout le monde. Et en fait, pas du tout, parce que l'attitude qu'il faut prendre, c'est si quelqu'un pose la question, pour un qui pose la question, il y en a 10 ou 20 qui se la posent aussi mais qui n'osent pas la poser. Et donc, les profs, ils ont cette attitude -là. Si il y en a un qui pose cette question -là, c'est que c'est un point que possiblement beaucoup n'ont pas compris, donc je vais le réexpliquer et donc merci d'avoir posé la question. Donc ça, c'est une première attitude, tu vois, d'encouragement quelque part à apprendre, non pas par le challenge pur, c'est-à -dire le challenge de je comprends vite, je comprends tout et je suis le meilleur, mais plutôt par l'accompagnement sur la curiosité. Et à dire, dans ton cheminement de penser à toi, si tu te poses cette question -là à ce moment -là, c'est parce que tu es peut -être passé par ailleurs au début, tu n'as pas trouvé le chemin, là, on va t'aider. Et ta curiosité, tu la gardes intacte et tu continues à avancer surtout. Alors que si tu empêches ces questions -là d'être posées, tu peux aussi empêcher une certaine forme de curiosité. Et ça, c'est dommage parce que c'est la curiosité qui nous fait très souvent avancer et avancer très loin et avoir justement des idées différentes pour changer les

  66. Matthieu Stefani

    choses. Oui, ça, c'est vraiment très... Je ne sais pas, aussi, un autre truc très français, mais d'avoir peur de passer pour un con quand tu poses une question. Il

  67. Frédéric Mazzella

    n'y a pas ce sentiment -là dans ce que j'ai vu dans les classes américaines. Après, tu vois aussi les côtés extrêmement puissants de l'éducation qu'on a pu recevoir. Moi, je me suis rendu compte qu'en arrivant dans les classes américaines, quand même le niveau que j'avais reçu en classe prépa, puis à normal sup, était quand même très, très, très costaud en termes de capacité de démonstration, capacité d'établir une preuve. C'est-à -dire, je me souviens de certaines classes où, et pourtant, on était à niveau bac plus quat, il y avait des profs qui réexpliquaient ce que c'était qu'une preuve. C'est-à -dire, une preuve, c'est quelque chose d'irréfutable quand tu passes d'une ligne à une autre. Et donc, tu passes A implique B, A implique C, A implique D, donc A implique D, et puis comme ça, c'est fini.

  68. Matthieu Stefani

    Tu sais, je pense qu'au plus haut niveau de l'État américain, il y a des endroits où ça mériterait d'être réexpliqué. Tu vois, je pose ça sur la table, je te le laisse.

  69. Frédéric Mazzella

    Enfin, on ne va pas rentrer sur le domaine politique. Mais en tout cas, dans une approche scientifique, dans l'approche scientifique des choses, ça, c'est quelque chose de évidemment très important d'être capable d'établir une preuve, cause -conséquence tout simplement. Et ça, je me rends compte que c'est quand même quelque chose qu'on avait chez nous bétonné dans nos raisonnements, c'est-à -dire qu'on n'affirme pas quelque chose tant qu'on ne sait pas d'où on vient et toutes les étapes qui nous ont amené à cette conclusion -là pour pouvoir l'affirmer. Ce qui fait que normalement, c'est pour ça que quand... Beaucoup de scientifiques, beaucoup de gens qui sont passés par les sciences n'affirment pas des choses dont ils ne sont pas sûrs. Parce qu'ils savent trop bien que s'il y a une étape qui est cassée sur le raisonnement, tout le raisonnement tombe. Et donc, tu ne vas pas affirmer des trucs pour lesquels tu ne connais pas le chemin. Donc tu sais d'où tu pars. Alors après, quand tu connais bien le chemin et que tu sais que le chemin est hyper costaud entre ton hypothèse et ta conclusion, là, tu as le droit par contre de questionner les hypothèses. Tu peux remonter aux hypothèses. Ça, c'est aussi une autre forme de raisonnement, c'est-à -dire de se dire, oui, le raisonnement tient, par contre l'hypothèse était fausse. Donc, il faut revoir l'hypothèse.

  70. Matthieu Stefani

    Ce qui est intéressant, si je fast -forward, même si je ne m'interdirai pas de revenir à cette question plus tard, c'est que ce sont des stretches, si je puis me permettre, d'une élastilicité de cerveau qu'il faut avoir pour quand tu deviens entrepreneur, être capable par moment de se dire, bon, tu sais quoi, ça, je ne suis vraiment pas sûr, mais j'y vais quoi. Alors,

  71. Frédéric Mazzella

    oui. Ça, c'est cerveau droit, cerveau gauche. Ça, je pense qu'il faut les deux pour être entrepreneur. Parce que justement, il faut... Mais pour toi, ça n'a pas été compliqué. Je veux dire, plus tard, après... Alors, moi, je pense que ce qui m'a beaucoup aidé, peut -être qu'on va faire la deuxième partie de l'émission sur ça, après avoir parlé de science et tout, on peut parler de musique. Moi, ce qui m'a énormément aidé, ce qui, je pense, a beaucoup développé ma créativité, ma sensibilité, aussi une forme d'empathie. Et en tout cas, la prise en compte de mes émotions, c'est la musique. J'ai fait énormément de musique. Beaucoup, beaucoup. Depuis que je suis tout petit. Je fais du piano, du violon. J'ai même fait de la guitare et de la batterie quand j'avais 16 ans et les cheveux longs. D'accord. Du solfège, tout ce qui est passé derrière. J'ai l'oreille absolue. Là, tu me joues un morceau, je te dis toutes les notes, je t'écris la partition. Ok. Donc, oui. Donc, j'ai vraiment... Je suis même venu à Paris pour ça, au départ. Quand je suis venu à 17 ans à Paris, je suis venu pour rentrer au conservatoire de Paris, qui était rue de Madrid. T'es trompé, t'es arrivé reculé. Ah non, mais c'est après ça. En terminale, je suis arrivé en terminale. J'étais au lycée Racine, qui est rue du Rocher. Et j

  72. Frédéric Mazzella

    'étais en terminale à horaires aménagés. Tu sais, c'est les châmes, les classes à horaires aménagés. Donc, j'avais cours tous les jours de 8h à 14h. Et puis, tous les après -midi, de 14h à 19h, 20h, j'étais au conservatoire, où je faisais là du piano. Et j'avais même... J'étais venu avec, peut -être dans l'idée de devenir pianiste, de devenir artiste. D'ailleurs, tous les camarades de classe que j'avais à l'époque, on était 16 dans ma classe. C'était des petites classes. On était 16 dans ma classe. Donc, de terminale scientifique, mais à horaires aménagés. Tout le monde faisait de la musique ou parfois de la danse ou d'autres activités artistiques. Je suis seul à avoir fait une classe prépa. Tous, ils ont fait des carrières d'artistes.

  73. Matthieu Stefani

    Ça doit être un gros délire, parce que le niveau de staccanovisme dans ces classes -là, il doit être assez...

  74. Frédéric Mazzella

    Oui, ça chôme pas. C'est-à -dire que de 8h à 14h, tu fais la classe normale. Et puis, l'après -midi, tu fais la musique à haut niveau. Parce que forcément, tous les gens qui étaient dans ma classe, ils étaient dans les meilleurs conservatoires de Paris. Et donc, ils sont devenus. Alors, j'ai un copain qui a violon solo à l'opéra de Paris. J'en ai un autre qui est trompettiste dans la garde républicaine. T

  75. Matthieu Stefani

    'es pas un peu jaloux

  76. Frédéric Mazzella

    ? Non, parce que moi, la musique, je le fais pour mon plaisir. Et ça, je l'ai pas perdu, tu vois. Je joue de la musique pour mon plaisir. Alors, par contre, oui, j'aimerais bien jouer mieux que ce que je joue, forcément. Mais je sais que ça demande une quantité de travail colossal et qu'il faut investir des centaines, des milliers d'heures supplémentaires pour pouvoir jouer mieux. Alors, par contre, j'ai la chance de pouvoir apprécier la musique aussi en l'écoutant, comme tout le monde. Donc, j'adore la musique. J'adore quand j'arrive à jouer et j'adore l'écouter. Et puis, j'ai fait un choix. J'ai choisi d'être plutôt entrepreneur que artiste. Mais cela dit, bon, artiste, entrepreneur, je trouve, c'est des métiers très proches. Je ne sais même pas si c'est des métiers. D'ailleurs, c'est des états d'esprit, des vies très proches.

  77. Matthieu Stefani

    C'est intéressant. On va creuser ça. Mais ce qui est intéressant, c'est que tu as quand même rajouté cette corde de scientifiques au milieu de tout ça, enfin. Donc, qui sont quand même des parcours qu'on peut opposer assez facilement scientifiques, musiciens, entrepreneurs.

  78. Frédéric Mazzella

    Justement, moi, je ne les oppose pas du tout. Parce que quand tu es chercheur ou quand tu es musicien, tu as des composantes très similaires sur plein de choses. Déjà, il faut une forme de créativité. Il faut une forme d'audace, justement, pour oser essayer des choses nouvelles. Il faut beaucoup de travail. C'est-à -dire que si tu veux faire de la musique et que tu es fainéant, ça ne marche pas. D'ailleurs, ça se voit. C'est-à -dire que c'est nul. Ce que tu fais ne tient pas debout. Donc, en fait, il faut énormément travailler. Pourquoi ? Parce que derrière le côté artistique, il y a le côté technique. Ça se

  79. Matthieu Stefani

    vérifie en science aussi, ce que tu dis. C'est assez drôle.

  80. Frédéric Mazzella

    Exactement. C'est-à -dire que, tu vois, je te parlais tout à l'heure du fait que je me suis rendu compte que les vingt premières années, en répondant à des questions, j'avais fait quelque part apprendre les bases pour pouvoir réfléchir ensuite à se poser des questions plus larges sur notamment sur tout le monde de la physique. En musique, c'est la même chose. Si tu veux pouvoir rentrer dans la couche artistique et surtout faire voyager avec toi les gens qui t'écoutent quand tu joues, il faut une technique irréprochable. Parce que si au moment où tu vas essayer d'emmener tout le monde dans un rêve, dans des émotions fortes, tu te plantes parce que tes doigts ne suivent pas, parce que tu n'as pas fait suffisamment tes exercices pour que ce soit régulier, joli, que ton cerveau et tes mains soient parfaitement reliées, c'est-à -dire qu'elles ont parfaitement bien travaillé pour livrer les résultats. Et si tu te plantes au milieu, tu vas juste emmener personne. Enfin, s'ils t'emmènent tout le monde dans le mur. Donc, en fait, il y a cette notion de

  81. Frédéric Mazzella

    pouvoir mériter la couche artistique, créative, émotionnelle qui est tout en haut. Il faut avoir empilé 99 % en dessous qui est du travail extrêmement rigoureux.

  82. Matthieu Stefani

    Et à la fois, on a parlé de Einstein et de Da Vinci. C'est des gens qui bossaient beaucoup aussi, soit dit en passant, mais il y a aussi des gens en musique qui sont chopins, mais qui ont des dons. Après, quand tu cherches et que tu regardes certains qui pourraient paraître de loin, je ne sais pas moi, je ne sais pas pourquoi j'ai un pit de Doherty, tu pourrais dire en fait, je ne suis pas sûr qu'ils bossent autant que d'autres. En vrai, souvent, c'est quand même des gros, gros...

  83. Frédéric Mazzella

    Moi, je ne connais personne qui a réussi, que ce soit dans les arts ou en sciences ou en entrepreneuriat, et qui n'a pas énormément travaillé. Le travail, c'est la base de la progression. Parce que pour avancer, il faut une direction, mais il faut aussi marcher dans cette direction et donc travailler. Très souvent, on ne parle que de la direction. Oui, mais si tu dis la direction, je vais là -bas, mais que tu ne vas pas, tu n'as pas les jambes pour y aller, tu n'y arrives pas. Donc en fait, c'est beaucoup, beaucoup de travail. Que de la ligne

  84. Matthieu Stefani

    d'arrivée d'ailleurs.

  85. Frédéric Mazzella

    Oui, c'est beaucoup, beaucoup de travail. D'ailleurs, c'est extrêmement important que qui que ce soit qui a envie de faire quelque chose de grand dans sa vie, qu'ils comprennent que c'est avec le travail qu'on y arrive. Moi, j'ai vu des gens extrêmement doués, mais fainéants, arriver nulle part. J'en ai vu beaucoup. J'ai vu par contre des gens pas spécialement doués, mais très travailleurs, arriver très loin.

  86. Matthieu Stefani

    Moi, j'ai eu cette chance de voir ça dans le sport. C'est-à -dire que dans le sport, voir des gens qui étaient vraiment très nettement meilleurs que moi, très jeunes, mais qui bossaient moins. Et

  87. Matthieu Stefani

    puis, au moment, tu te dis, on va bosser. Et puis, à un moment, tu as un chemin qui se croise. Exactement. Et puis,

  88. Frédéric Mazzella

    c'est pareil partout. C'est pareil partout. Cette valeur travail, elle est extrêmement importante. C'est ce qui nous fait progresser. Et donc, c'est important de développer cette envie de travailler, cette envie d'apprendre, cette envie avec le but, évidemment. Parce que quand tu fais ça, tu ne travailles pas pour travailler. Généralement, tu travailles quand même avec un but. En tout cas, c'est beaucoup plus simple de travailler avec un but que de travailler sans but. C'est pour ça d'ailleurs que partout, c'est important que ce soit dans les entreprises comme à l'école, de réussir à montrer ce but -là à tout le monde. Parce que sinon, les efforts, on ne comprend pas pourquoi on les fait. Donc, pour moi, c'est pareil dans tous les domaines. Après, c'est pareil en sport, c'est pareil en musique, c'est pareil en sciences, c'est pareil en entrepreneuriat, c'est pareil pour tout.

  89. Matthieu Stefani

    Pourquoi tu es revenu des États -Unis ? Pourquoi tu n'es pas resté une fois que tu fais un petit Stanford ? Tu es quoi ? Early 2000, c'est ça ? Je suis

  90. Frédéric Mazzella

    revenu. En fait, c'était toutes mes relations sociales qui me manquaient. C'était les gens. Moi, j'adore les gens. C'est vrai. Pourquoi tu te marres ? Tu sais, quand tu dis ça, on se dit... Moi, j'aime pas les gens. J'adore discuter avec les gens, apprendre des choses.

  91. Matthieu Stefani

    Mais bon, les gens, il y en a. Il y a des gens aux États -Unis où ils sont sympas aussi.

  92. Frédéric Mazzella

    Oui. Après, les relations étaient pas exactement les mêmes. Après, c'est un peu le cliché, mais il y a un côté transactionnel, il y a un côté un peu parfois superficiel. C'est-à -dire que tu les rencontres, t'es leurs meilleurs amis. How are you doing today ? Et puis, t'as l'impression que c'est tes copains. Et puis, en fait, c'est pas les mêmes relations amicales que tu as. Dans la société, je trouve, américaine, par rapport aux relations amicales qu'on a dans la société française, quand tu connais quelqu'un en France, c'est difficile à définir, mais il y a un côté relationnel qui est différent. La relation que tu développes avec des Français, parfois, c'est un petit peu plus... Enfin, des Français et des Européens, d'ailleurs. C'est en étant aux États -Unis que j'ai compris que j'étais européen. Parce que, du coup, je sentais des atomes crochus plus avec des Italiens ou même des Allemands en étant aux États -Unis qu'avec les Américains sur place. Mais, cela dit, j'ai des bons copains américains aussi, mais par rapport au nombre, ça s'est passé différemment. C'est-à -dire au nombre de gens que j'ai rencontrés. Et donc, j'avais cette... Tu sais

  93. Matthieu Stefani

    pourquoi ce que tu dis ? C'est du ressenti ou c'est du...

  94. Frédéric Mazzella

    Non, c'est du ressenti. Non, je n'ai pas d'analyse scientifique qui vient là pour le coup. Tu as raison, je devrais avoir étudié.

  95. Matthieu Stefani

    On ne peut pas tout étudier. Non, mais c'est vrai que je le comprends, notamment le côté très méditerranéen. Ce qui est marrant, c'est que le côté américain est par extension assez anglais aussi, d'ailleurs anglais de l'autre côté de la Manche, je veux dire, mais il y a différents, intéressants. Nous n'ouvrons pas ce chapitre. Et toi, tu es rentrée pour faire quoi ?

  96. Frédéric Mazzella

    Initialement, je suis rentrée pour ça. Déjà, je suis rentrée voir mes copains. Et puis, j'ai commencé à chercher du boulot. Et donc, j'ai eu deux mois à chercher un boulot en France quand je suis rentrée. Et j'ai fini par aller dans une société de Tontek, puisque je faisais beaucoup d'informatique qui s'appelait Kabira, qui était une boîte américaine avec son centre Névralgic Europe à Paris.

  97. Matthieu Stefani

    Tu faisais beaucoup d'informatique, c'est ce que tu me disais sur ce que tu avais fait à Stanford, c'est-à -dire le retour de force, tout ça. Ça, c'était de la programmation. C'était de

  98. Frédéric Mazzella

    la programmation. Des

  99. Matthieu Stefani

    programmations assez hardcore. C'est pas du HTML, CSS,

  100. Frédéric Mazzella

    quoi. Oui, c'est complexe parce qu'en plus, tu as tout ce qui est les interfaces en machine à les configurer aussi. Tu vois, non seulement tu fais de la programmation sur l'ordinateur, mais tu as aussi des outils physiques externes qu'il faut piloter, comprendre. Donc, ça, c'est assez complexe. Oui, et ça, c'est complet. Mais donc, suite à ça, j'avais aussi fait mon master d'informatique. J'étais à Stanford pour ça, je faisais les deux. En même temps que je faisais de la recherche pour la NASA, je faisais de l'informatique. Alors, les Américains appellent ça computer science. Quand même un petit peu plus, comment dire, advanced que juste informatique. Mais donc, j'ai fait mon master en computer science là -bas. La science de l'ordinateur.

  101. Frédéric Mazzella

    La science de l'ordinateur, exactement. Donc, c'est là que j'ai vraiment appris à coder. Je codais pas trop mal. Mais en même temps, je suis pas tombé dans les ordinateurs quand j'étais petit comme des gens que j'ai rencontrés. Des gens que j'ai rencontrés qui étaient là -bas, à Stanford, en informatique. 18

  102. Matthieu Stefani

    ans, 12 ans de code, quoi.

  103. Frédéric Mazzella

    À peu près ça. C'est ça, 18 ans, 12 ans de code. Et effectivement, ils réfléchissaient très vite par rapport à ces choses -là. Parfois un peu moins par rapport à des choses plus émotionnelles de la vie.

  104. Matthieu Stefani

    Qu'est-ce qu'il fait ? Il me tend la main pour me dire bonjour. Que dois -je faire

  105. Frédéric Mazzella

    ? Mais par contre, au niveau informatique, ça carburait. Après, effectivement, j'ai continué en informatique. Mais dans une société qui ne faisait pas ça parce qu'il n'y avait pas tellement d'autres endroits. Surtout, je suis passé dans le privé, là, pour le coup.

  106. Matthieu Stefani

    Attends, tu fais Stanford, tu reviens, tu as fait ça. Tu n'as pas... On est en 2004, 2005, 2002 ? 2002. Tu n'as pas, genre, je ne sais pas, Accenture, IBM. À l'époque, il y avait d'autres qui touvrent les bras en se disant ce mec est génial. Il est surdiplômé, je le veux.

  107. Frédéric Mazzella

    Non, pas tellement. Après, je ne suis pas forcément allé, peut -être, voir toutes ces entités -là. Moi, je cherchais quelque chose qui... J'avais plusieurs critères. Je voulais quand même un truc... Je ne voulais pas une grosse structure. Je voulais plutôt une petite boîte. Et je cherchais aussi à ce que le fit passe très bien avec les gens que je rencontrais. Donc, j'ai dû passer, je ne sais pas, des entretiens dans une dizaine de boîtes. Et puis après, j'ai choisi celle dans laquelle je suis allé parce que je m'étais bien entendu avec les gens que j'avais rencontrés. Pour moi, les gens, c'est très important. Je l'ai déjà dit. Mais les gens avec qui je travaille, c'est très important. D'ailleurs, je trouve que le plus grand luxe de l'entrepreneur, c'est de pouvoir choisir toutes les personnes avec qui il travaille. Ça, c'est incroyable.

  108. Matthieu Stefani

    Oui, mais tu sais quoi, je pense que le luxe que ne s'optroie pas... Je vais dire ça et puis je vais avoir tous mes collaborateurs qui vont se barrer. Beaucoup de collaborateurs ou de gens, c'est de se barrer quand ils sont entourés de gens qui détestent dans un job qui détestent. Parce que moi, je suis totalement à lignes avec toi. Les gens qui t'entourent, c'est le plus important. Les interactions, etc. Sinon, enfin, toi, reste sur TikTok ou sur Call of Duty. Mais en l'occurrence, ce n'est pas réservé aux entrepreneurs. Même si nous, on a ce luxe de...

  109. Frédéric Mazzella

    Oui, en tout cas, nous, on l'active. C'est-à -dire qu'on se dit techniquement, comme j'ai envie de créer mon projet, je vais quand même au moins choisir de travailler avec des gens que j'aime bien. Mais cela dit, quand tu cherches un boulot, c'est vrai aussi. Tu rencontres des gens et l'aspect... Est-ce que le courant passe bien ? Est-ce que l'empathie est bonne ? Quand tu passes des entretiens pour un nouveau boulot, il est très important aussi. Il faut en tenir compte. Il ne faut pas juste dire je suis payé tant ou je vais faire tel truc. Alors, c'est important le domaine dans lequel on va avancer quand même, parce que ça détermine souvent un milieu qui risque de nous coller à la peau pendant des années, voire des décennies. Quand tu choisis ton secteur, quelque part, tu risques de rester dans ce secteur -là, parce qu'après, tu viens un peu spécialiste de ce secteur -là, donc c'est difficile d'en sortir. Donc, il faut choisir le secteur, mais il faut aussi choisir l'environnement avec des gens sympas, parce que c'est ça qui va déterminer notre niveau de stress.

  110. Matthieu Stefani

    Ton mari, ta femme, tes associés, tes collaborateurs. Quand tu es sur Cher Frédéric, vous savez, quand on est sur un podcast qui claime haut et fort que on est la moyenne des gens qu'on fréquente, moi, j'ai décidé de m'entourer que de connard. Tu vois comme ça, j'arrive là où je suis. Je vais y aller alors. C'est pour ça que tu es là. Tu vois comment je suis arrivé là où tu suis. Ok. Et donc, donc tu as bossé quelques années avant de te lancer toi-même. Et comment là -dessus, cette fibre, enfin, quand je prends ces autres fibres que tu avais de se lancer et t'arriver de l'entrepreneuriat à un moment où tu dis comment tu t'es dit, je suis capable, je peux me lancer dans un nouveau truc que je connais pas du tout.

  111. Frédéric Mazzella

    Alors, j'avais envie quand même de créer quelque chose parce que j'ai eu plusieurs idées avant celle de BlaBlaCar que j'ai pas réussi à mettre en oeuvre. Mais j'avais cette envie de créer quelque chose. Il y a un moment, parce qu'il y a aussi un côté là. Tu sais, je suis un peu quand même, j'ai un peu compétitif. C'est-à -dire que ce qui m'a aussi fait marcher et cartonner notamment dans toutes mes études, c'est le fait que j'aimais bien, j'aimais bien être en haut. J'aimais bien être premier, et premier avec, en ayant bien réfléchi, tu vois, totalement avec l'apprentissage. Et puis, il y a un moment, quand même, j'ai cumulé entre classe prépa Henri IV, Normalsup, Rudulm, Stanford en informatique. Après, j'ai fait l'INSEAD aussi en

  112. Matthieu Stefani

    business. J'ai vu ça en effet.

  113. Frédéric Mazzella

    J'ai fait mon MBA là -bas. Ça,

  114. Matthieu Stefani

    c'était quoi ? Après Stanford ?

  115. Frédéric Mazzella

    Oui, c'était après Stanford. C'était en même temps que je montais Blum Laker. C'était pile en même temps. Il y a un moment, et puis le Conservatoire de Paris du Grand Piano où j'étais venu pour ça, il y a un moment, tu te dis, bon, c'est bon. En gros, quand il y a des échelles de progression dans un domaine, que ce soit en physique, ce soit en informatique, ce soit en musique, je me débrouille pas trop mal. J'arrive à monter les barreaux, je travaille, j'arrive en haut. Et après, tu te dis, bon, elle est où la prochaine échelle ? Et j'avais pas d'échelle. Il n'y a plus d'échelle après. Après, l'échelle, c'est la vie. Qu'est-ce que tu fais de ta vie ? Et donc, j'avais cette notion de me dire, je vais aller me créer ma propre échelle. Après, j'ai plus de... C'est aussi pour ça que, d'ailleurs, quand je crée des choses, je ne fais pas des opicates. Je ne crée pas quelque chose qui existe déjà. Je crée quelque chose qui n'existe pas parce que ça m'intéresse plus. Alors ça, c'est peut -être le côté justement dont on parlait au début, scientifique, civiste. Recherche, quoi. Aller se poser des questions, aller résoudre des problèmes qui n'ont pas déjà été résolus. C'est à tel point que quand j'ai des idées sur certaines activités et que je cherche un petit peu, je regarde ce qui existe déjà, tout ça. Et quand je trouve quelqu'un, enfin une petite société, enfin un petit groupe de gens qui s'attaquent aux problèmes, à la question que j'avais en tête, je suis content. C'est cool. Il y a quelqu'un qui travaille là -dessus. Tu n'es pas dégoûté

  116. Frédéric Mazzella

    ? Non, je ne suis pas du tout dégoûté. Je me dis, c'est super. C'est bon, il y a des gens qui travaillent dessus. Je vais pouvoir faire autre chose.

  117. Matthieu Stefani

    Alors après, ce n'est pas parce qu'il y a des gens qui travaillent dessus qu'ils vont craquer le code aussi.

  118. Frédéric Mazzella

    Oui, mais après, il faut leur faire confiance pour être suffisamment motivés par la mission et puis ils travaillent ailleurs pour y arriver. Il y a plusieurs raisons pour lesquelles ils ne vont pas y arriver, s'ils n'y arrivent pas. Il y a des fautes d'exécution, mais aussi parfois, ce n'était pas une bonne idée.

  119. Matthieu Stefani

    C'est marrant parce que j'ai un peu vécu par cette expérience, mais je me disais, tu connais Cyril Chiche ? Simiria, Lydia, et donc je repensais à ça en début de semaine. Je me disais, dans un épisode que j'ai fait avec lui, il m'avait raconté un peu que lui, il était arrivé sur, tu sais, il y a des vagues d'innovation et donc tu as les banques qui arrivent. Alors tu as eu, par exemple, Internet, les réseaux sociaux, le mobile et maintenant l'IA et qu'à chaque fois, en fait, tu as plein de domaines qui sont complètement transformés, métamorphosés et que c'est un peu toujours les mêmes. Le dating où tu as des gens qui font plein d'argent parce que sur la première version, sur les réseaux sociaux, puis sur le mobile, puis etc. Oui, moi, je suis arrivé sur la vague mobile banking et donc on ne faisait que une application et donc ça devait être hyper rationalisé à fond. Et là, je me disais, en début de semaine ou la semaine dernière, là, c'est le moment quand même de se lancer en banking dans l'IA parce que parce qu'en fait, avec un LLM ou un truc comme ça, ça pourrait être quand même beaucoup plus simple de gérer ton argent et de tout faire. Et lui, il m'a écrit hier en me disant, tiens, il m'a donné une approche où il lance juste là un truc. Alors il faut voir s'ils y arrivent et s'ils ne se font pas sur le côté comme les vieilles banques par tout ça, mais où tu dis tiens, fais un virement à ma questionnaire ou combien j'ai dépensé la semaine dernière le mois dernier en cinéma ou en vêtement. Et puis bam, il te fait tous les trucs, quoi. Donc en effet, tu as quand même des gens qui y arrivent ces idées auxquelles tu penses ou parfois ça va vite.

  120. Frédéric Mazzella

    Parce qu'en fait, quand tu penses à une idée, il faut se dire que généralement il y en a mille qui ont eu la même idée en même temps parce que les idées, elles sont... Alors tu sais, c'est Victor Hugo qui a cette citation qui dit, rien n'est plus puissant qu'une idée dans le temps est venue. Et en fait, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que on est, nous -mêmes, extrêmement influencés par l'époque dans laquelle on vit pour avoir les idées. Évidemment, les idées qu'on a aujourd'hui, il y a 50 ans, ils avaient un autre contexte et ils ne les avaient pas parce qu'ils n'avaient pas les mêmes les mêmes contextes et les mêmes capacités des outils et les capacités technologiques qui vont avec.

  121. Matthieu Stefani

    Oui, ce serait bien que je puisse traîner cette charrette, mais avec un truc qui roule par exemple, tu vois.

  122. Frédéric Mazzella

    C'est ça. Alors ça, c'était le moment où on a inventé la roue. C'est ça. C'était quoi ? C'était un rubrique à braques comme ça où ils expliquaient comment étaient les charrettes quand on n'avait pas inventé la roue. C'était avec des roues carrées. C'était un sacré truc quand

  123. Matthieu Stefani

    même. OK. Et toi, tu as voulu inventer nos roues. On n'est pas loin d'ailleurs. C'est vrai. La roue,

  124. Frédéric Mazzella

    c'est un peu la base de la base de notre évolution quand même. On a inventé la roue. Il y a un moment, on a inventé l'eau chaude aussi, mais bon. Et le fil à couper le beurre.

  125. Matthieu Stefani

    Et l'eau tiède. Et alors, c'est à l'INSEAD que tu as eu cette idée de BlaBlaCar ? Non, c'est avant. Avant.

  126. Frédéric Mazzella

    Et je suis allé à l'INSEAD en me disant, alors j'avais aussi dans la tête de me dire il faudrait que j'aille faire un MBA parce qu'en fait, j'avais fait beaucoup de beaucoup de choses scientifiques. Et j'avais pas de notion de business. Et comme j'avais justement l'idée de lancer, enfin j'avais commencé à lancer BlaBlaCar, je me disais il faut que je comprenne comment ça marche. Je sais pas comment on crée une boîte. Et je savais pas tellement où aller, où m'en enseigner pour ça. Et en même temps, je voulais faire un MBA parce que je me disais il faut que je comprenne un peu comment fonctionne une boîte, tout simplement. Et donc l'INSEAD mettait beaucoup en avant...

  127. Matthieu Stefani

    Excuse -moi, l'INSEAD c'est bien, mais bon... Alors... Oui, j'ai pensé. Parce que tu sais,

  128. Frédéric Mazzella

    quand je fais quelque chose, en général, j'étudie toutes les options. Je les mets toutes sur la table. Harvard, le problème, c'est que si tu veux faire un MBA à Harvard, ça prend deux ans. T'apprends pas un, non. T'en prends deux. Et puis c'est deux ans qui coûtent très cher. Très cher, oui, c'est sûr. Non seulement il coûte cher, mais en plus pendant ce temps -là, tu peux rien gagner puisque tu n'as plus d'activité autre que d'étudier. Donc c'est double peine. Et ça dure deux ans, c'est très long. Et puis en plus, ça voulait dire repartir aux États-Unis, je n'avais pas nécessairement envie à ce moment -là. L'INSEAD a proposé... J'adore les Américains, mais j'avais un... On ne peut pas dire ce que je n'ai pas dit non plus. Mais...

  129. Matthieu Stefani

    Ah bon. T'es tellement lourd, dit Clémence Lapic. Merci, c'était sympa. OK. L'INSEAD...

  130. Frédéric Mazzella

    Là, c'était à Fontainebleau. Parce qu'en plus, j'avais déjà lancé BlaBlaCar. De toute façon, je ne me voyais pas... Enfin, on s'appelait Covouturage .fr à l'époque. Mais je ne me voyais pas, de toute manière, pouvoir continuer cette activité -là en n'étant pas en France. Il fallait absolument que je sois là.

  131. Matthieu Stefani

    Mais la question que je dois te poser finalement là -dessus, c'est pour... Ce que je garde plutôt pour la fin généralement, mais je te la reposerai autrement, mais pour le jeune Frédéric d'aujourd'hui, celui qui nous écoute, est-ce que c'est encore nécessaire de faire l'INSEAD ou Harvard pour lancer son entreprise en 2026 ? En fait, il n'y a pas suffisamment de... Mais

  132. Frédéric Mazzella

    rien n'est nécessaire. C'est chacun son parcours. Est-ce que c'est nécessaire de travailler ? Oui. Est-ce que si pour travailler et apprendre des choses, t'es plus à l'aise dans un cadre qui va te... t'aiguiller et te être très exigeant pour te faire y arriver, alors il faut y aller. Si t'es capable de toi-même être aussi exigeant et trouver les ressources, c'est-à -dire qu'en même temps qu'apprendre, trouver les endroits où apprendre, comment apprendre, de qui apprendre, quoi apprendre, à ce moment -là, tu peux le faire tout seul.

  133. Matthieu Stefani

    Mais t'as raison, il y a une question de cadre qui a été nécessaire pour moi à un moment. Il y a aussi une approche où aujourd'hui, en fin, la donnée, le savoir est disponible beaucoup plus que à cette époque -là.

  134. Frédéric Mazzella

    Oui, mais il faut quand même avoir la motivation pour aller chercher. Il faut être quand même... Il faut être déter, comme on dit. Voilà, il faut être déter. Il faut pas être flemme.

  135. Matthieu Stefani

    C'est ça. Et donc, c'est allé vite, toi, tu me racontes que t'avais déjà commencé à créer... Oui,

  136. Frédéric Mazzella

    voilà, et l'INSEAD, c'est un programme en un an qui mettait beaucoup en avant le côté entrepreneuriat, c'est-à -dire que sur mes 36 modules, j'en ai pris 18 qui étaient axés entrepreneuriat, sur comment tu fondes une équipe, comment tu fais des bons partenariats, comment tu fais un modèle économique, comment tu pitches, comment tu... Voilà, tout ça, c'est des classes que j'ai eu pour m'accompagner aussi sur cette découverte de ce qu'était l'entrepreneuriat, et l'INSEAD pour ça était très axé, elle l'est toujours d'ailleurs là -dessus. Et ça durait 10 mois au lieu de durer 2 ans. Et donc, comme j'étais en création de ma boîte, j'avais quand même une notion de... Je pouvais pas prendre 2 ans complet pour faire ça.

  137. Matthieu Stefani

    C'est un truc que j'aurais adoré faire à l'INSEAD, moi, c'est très cool. Je sais que j'ai 2 regrets

  138. Frédéric Mazzella

    par rapport à l'INSEAD. Le premier, c'est de ne pas pouvoir le refaire, parce que franchement, c'était génial. Et le deuxième, c'est de ne pas l'avoir fait plus tôt. C'est vrai.

  139. Frédéric Mazzella

    Donc ça va comme rien. C'est vraiment génial. Ça a transformé plein de choses. En plus, ça m'a ramené plein de nouveaux copains, alors tu sais que j'aime les gens, ça m'a ramené plein de nouveaux copains à 30 ans. Et ça, c'est super aussi. Des gens que tu vas rencontrer en dehors du cadre du boulot, dans un cadre étudiant, avec tout ce qui va avec, c'est-à -dire que non seulement c'est des gens qui sont plein d'énergie et plein d'envie pour leur vie, pour la suite, mais c'est aussi des gens de toute nationalité. Sur mon MBA, il y avait 91 nationalités et seulement 7 % de Français, 93 % de non -Français. L'INSEAD à Beau est en France. Incroyable.

  140. Frédéric Mazzella

    C'est que des internationaux. 91 nationalités, tu vois ce que ça veut dire. T'as de tout, quoi. De tout, tout, tout, tout. Et donc tu découvres vraiment un milieu très international. Il y a même des Américains.

  141. Frédéric Mazzella

    Il y a même des Chinois, des Indiens, il

  142. Matthieu Stefani

    y a tout. Quand tu crées BlaBlaCar, c'est une application de covoiturage. Donc c'est appelé covoiturage .fr, tu le disais. Mais il n'y a pas encore les applications... Non, il n'y a pas d'application. C'est un

  143. Frédéric Mazzella

    site web. C'est vrai que ça te fait dire... D'ailleurs, quand je pitchais l'idée, j'ai pu lire plus d'une fois la compassion dans les yeux de mes interlocuteurs, qui se disaient... Le gars, il était bien parti. Il avait fait Classe Prépa, Normal Sup, Stanford, il bossait à la NASA. Il avait un job, un vrai job. Et là, il plaque tout pour aller construire un site web pour des beatniks qui font de l'autostop. Et là, tu ressens le côté... Comment dire ? La solitude. Tu dis... J'ai mal pitché.

  144. Matthieu Stefani

    En plus, quand tu te remets là -dedans, remettez -vous... Alors en effet, il pouvait s'appeler et tout, mais c'était quand même un truc où tu devais aller à un endroit. On te disait Jean -Marie va venir devant la poste à 13h15, vous cherchez. Mais tu n'avais pas la géologue de Jean -Marie ou les trucs, il n'y avait pas les applis. C'était un peu comme... Limite, il fallait avoir une cabine téléphonique devant le truc pour dire... Jean -Marie, t'es bien là ? Non, on avait déjà des portables. Évidemment. Mais tu vois, c'était quand même un peu un... Voilà. C'est un autre monde. Tu attends, puis Jean -Marie il a pris les embouteillages. Il arrive que à 25 ou à 30 au lieu de 15. Et puis...

  145. Frédéric Mazzella

    En même temps, ça, c'est aussi notre société qui a évolué. On est de moins en moins patient. En tout cas, on accepte moins de patienter sans être informé. C'est

  146. Matthieu Stefani

    ça. Jean -Marie, t'es en approche.

  147. Frédéric Mazzella

    Voilà. Maintenant, Jean -Marie est toujours en retard. Mais

  148. Matthieu Stefani

    au moins, tu le sais. Et t'as une info. Et puis Jean -Marie, il a noté 4 ,2 parce qu'il est toujours en retard, ce connard. Mais il est très... Il est fort sympathique. Il est sympa. C'est le plus important. On va repartir de Jean -Marie. Alors, et donc... Ouais. En plus, il faut quand même qu'on ait surdifte après, rapidement. Alors, on va quand même aller se le faire vite. Je me rends

  149. Frédéric Mazzella

    pas compte du temps. Il n'y a pas de pendule en plus. T'as fait exprès. Il n'y a pas une pendule.

  150. Matthieu Stefani

    Il n'y a pas de pendule. Je ne saurais pas. Moi, je vous fais rentrer dans un vortex. C'est l'idée à chaque fois. Tout le monde me dit. Attends, mais déjà... On a commencé 6 heures du mat'. Ouais. Tu crées ça avec des associés dès le début

  151. Frédéric Mazzella

    ? Alors, au début, je suis allé voir mon super copain Damien, qui j'ai pitché l'idée. Alors lui, il a immédiatement cliqué, quoi. Et on est parti. On a commencé à coder tous les deux ensemble. Donc ça, c'était le... C'était vraiment le tout début. On s'est mis à coder. Lui aussi, il faisait de l'informatique beaucoup. Et donc, on a commencé à coder les premières versions du site. Et puis, donc après, moi, je suis parti à l'INSEAD. Alors, on était, évidemment, tu vois, en plus de nos activités à côté. Moi, j'avais toujours mon boulot, lui aussi. Et donc, on faisait ça soir, nuit, week -end. Enfin, tout y passait pour faire avancer le code. Après, moi, je suis parti donc à l'INSEAD avec cette idée -là de d'aller me former sur comment transformer cette idée -là, ce projet en quelque chose qui marche, qui scale. Il n'y a pas de mot en français pour scale. Alors, moi, je propose, d'ailleurs, peut -être ici, c'est le bon endroit pour lancer cette trend. Je propose qu'on lance avant que les Québécois l'inventent pour nous, parce qu'il y a un problème. Évidemment, les Québécois, ils doivent réfléchir déjà aux mots. Ils ont le même problème. Je ne sais pas s'ils disent scale. Ils ne peuvent pas. Donc, moi, je propose qu'on appelle ça écheler. Écheler, ça veut dire scaler, c'est-à -dire monter, faire grandir, monter à l'échelle. Parce qu'autrement, c'est passer à l'échelle, mais passer à l'échelle, c'est trop long. Du coup, on n'utilise pas. Du coup, on dit scaler. Il nous manque un mot. Donc, je propose écheler.

  152. Matthieu Stefani

    Écheler, on l'accepte. Mais tu sais que on ne va pas faire un cours non plus sur les Canadiens, mais les Canadiens, c'est quand même très paradoxal parce qu'il y a beaucoup de mots qui n'utilisent qu'en anglais aussi. Quand tu y as vécu. Et puis derrière, ils te disent, non, mais celui -là, je vais dire chandail parce que...

  153. Frédéric Mazzella

    Ils disent avoir du fun aussi. Ça se dit ça. Oui, oui, tout à fait.

  154. Matthieu Stefani

    Ok, donc toi, tu as décidé d'écheler en passant par l'insead. Et ça a fonctionné assez vite.

  155. Frédéric Mazzella

    Alors, non. Ça, c'est 2006, la création ? Des fois, on me dit, ah, it was an overnight success. Tu sais, un succès jour au lendemain. Oui, c'était un overnight success

  156. Matthieu Stefani

    après six ans de travail.

  157. Frédéric Mazzella

    Une très longue night. Une très longue night. Non, non, on a mis... Je vais te donner quelques chiffres pour concrétiser. On a mis sept ans à avoir un million d'inscrits, un million de membres. Maintenant, un million de membres, tu fais ça en un mois. Un million

  158. Matthieu Stefani

    de membres, mais en revanche, on s'en fiche d'un million de membres. Ce qu'on cherche, c'est le daily active user. Il y a un mot en français pour les utilisateurs actifs quotidiens. Non, non, oui. Alors, évidemment, ça

  159. Frédéric Mazzella

    dépend de la liquidité de la place de marché aussi. Donc, tu n'as pas le même taux d'usage journalier quand ton réseau est petit, quand ton réseau est grand, parce qu'en plus, là, on est sur un concept de place de marché qui ne fonctionne justement que quand il y a beaucoup de gens dedans. Donc, en fait, c'est très compliqué. C'est aussi pour ça que les gens me regardaient avec compassion quand je présentais le concept, parce que très vite, il se disait qu'il faut une masse critique hallucinante pour que ce truc fonctionne, c'est-à -dire que si demain, je veux faire Limoges -Noir -Moudier, avant que je trouve quelqu'un qui fasse ce trajet -là, bon, aujourd'hui, t'en trouves. Mais à l'époque, c'était la probabilité pour que je tombe sur quelqu'un qui fasse le même trajet que moi au même moment. Elle est trop faible, donc je ne vais pas trouver. Donc, c'est sûr que ça, il y a ce palier -là à passer qui est très complexe. Et donc, ça prend beaucoup de temps, ça prend beaucoup de communication. On a été beaucoup pédés sur ça. Là, tu te dis, vive la France. Par les grèves SNCF. Quand la SNCF faisait grève, les gens forcément cherchaient des solutions. Et donc, le covoiturage est venu extrêmement naturellement être une solution palliative quand il y avait des perturbations de transport. Ce qui a fait que ça a fait connaître... Un coup de pierre

  160. Matthieu Stefani

    en passage. Je m'imagine que les radios, les télé pouvaient s'en emparer, ils étaient trop contents de parler toi.

  161. Frédéric Mazzella

    C'est-à -dire que je me souviens de la grève de 2007. J'envoie un communiqué de presse en disant grève covoiturage .fr devient gratuit sur mobile. Donc, on venait de développer notre application. Enfin, ce n'est pas une application à l'époque, c'était du WML ou je ne sais pas comment ça s'appelait. Je sens que... Tu me souviens de WML, oui. Voilà, ça y est. Je viens de lever une couche de poussière et tu viens de te souvenir de WML. Et là, on est passé... J'ai reçu un nombre de coups de fil hallucinant. J'ai pu tester la résistance de mon téléphone, c'est-à -dire qu'en double appel, il tenait encore. Quand il y avait un troisième appel, il faisait le shutdown. J'étais au téléphone et il tombait. Parce que quand j'ai mis le communiqué de presse, il a été repris. C'était un SPV, ça s'appelait. C'était un... C'est pareil. Oh la

  162. Matthieu Stefani

    vache. La poussière.

  163. Frédéric Mazzella

    J'ai eu un Nokia avec un écran comme ça, puis un gérant. Mais après, il y avait un écran couleur quand même. Puis après, j'ai un SPV. Un SPV, c'était après. Ça devait être le Nokia d'abord. Bref, peu importe. En tout cas, il supportait pas trois appels en concurrence. Et donc, on est passé dans 500 médias, que ce soit des journaux, des journaux locaux, des journaux nationaux, de la radio, de la télé. Ce qui a fait planter évidemment le site. On avait été obligé de mettre des pages statiques, parce qu'on ne pouvait plus aller taper sur les données. Ce qui a fait que, comme un plus à l'époque, on était en hébergement partagé. C'est-à -dire que, tu te souviens, hébergement partagé. Donc, on était sur le même serveur que des dizaines d'autres sites.

  164. Matthieu Stefani

    Chez RedBus ou chez... Non, on

  165. Frédéric Mazzella

    était chez One and One. Ça te rappelle quelque chose aussi. Et donc, on avait reçu des mails et des appels disant d'arrêter parce qu'on faisait planter tous les autres sites.

  166. Matthieu Stefani

    Techniquement, aujourd'hui, on parle de Cloud. Donc, t'es hébergé chez OVH, chez... T'es chez qui ? T'es chez Diff, d'ailleurs. T'es chez Amazon... AWS. T'es hébergé chez... C'est un peu partout. On te dit le Cloud, ça reste des serveurs quelque part, mais c'est un peu... C'est disséminé un peu partout. Et puis, la puissance... Voilà. À l'époque, en effet, t'avais une baie dans un... Enfin, je sais pas moi.

  167. Frédéric Mazzella

    Ah non, on n'avait pas une baie. On avait juste

  168. Matthieu Stefani

    une... Un petit rack. T'avais une petite boîte dans une baie et puis ça, dans un bâtiment qui était à un endroit en dehors de Paris. Et il y avait des

  169. Frédéric Mazzella

    dizaines d'autres sites internet qui tournaient sur le même truc. Et donc, toi, tu plantais parce que t'avais trop de trafic. Tu faisais planter tout le monde. Donc, on faisait planter les autres sites qui étaient hébergés avec nous. C'était pas content. On pouvait rien faire. En gros, tout le monde tapait sur... Tu pouvais changer de B ou... Je sais pas. Bref, on a fait ce qu'on a pu. Mais en tout cas, ça nous a aidé à nous faire connaître, c'est sûr, à créer de la masse critique parce qu'on n'avait pas les moyens de se faire connaître par du marketing. On n'avait pas du tout d'argent pour le

  170. Matthieu Stefani

    faire. Quels sont... Si je dois... Donc, il y a eu ensuite les applications, grosses croissances, l'international, j'ai entendu hier encore, je sais pas si t'avais entendu ça, je crois que c'était sur Inter, où il parlait de l'Inde qui est en train de... Grosse, grosse croissance de ouf sur la black art. Toi, aujourd'hui, t'es toujours président

  171. Frédéric Mazzella

    ? Oui, je suis président, je suis non -exécutif. C'est-à -dire que je travaille sur, on va dire, sur la vision, la stratégie. Je suis pas opérationnel. Et je suis en étroite collaboration avec Nicolas, qui est le CIO, et qui drive toute cette... Et t'es toujours actionnaire ? Ah oui, par défaut. Je suis fondateur et j'ai quasiment toutes mes parts. T'as

  172. Matthieu Stefani

    pas revendu le trop ? Et donc, si je fais un fast -forward, 20 ans, finalement, de la black art, maintenant. On arrive sur

  173. Matthieu Stefani

    les 20 ans. Je

  174. Frédéric Mazzella

    comprends pas, parce que moi, j'ai toujours 25 ans.

  175. Matthieu Stefani

    Je comprends ça aussi. Eh bien, les grands apprentissages, les... Je sais pas moi, à quel moment tu... Tu as parlé, tu as utilisé le terme « cliquer » tout à l'heure. Quel, je sais pas... Et après, je te poserai les trucs les plus fun qui soient passés dessus, peut -être les plus difficiles, mais quel... Je sais pas, même sur les utilisateurs, un des utilisateurs, il utilisait beaucoup la black art. Comment t'arrivais à faire en sorte que... Pardon, j'ai plein de questions, mais j'ai envie de metrics, de chiffres, de choses. Toi, qui es scientifique...

  176. Frédéric Mazzella

    En fait, non, ce que je retiens pour que ça fonctionne, c'est qu'il faut pas s'arrêter de chercher. Typiquement, tu vois, sur la black art, on a essayé six modèles économiques. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que cinq fois, on s'est

  177. Matthieu Stefani

    planté. Donc moi, je

  178. Frédéric Mazzella

    le vois pas comme ça. Alors le

  179. Matthieu Stefani

    premier, t'es quoi, par exemple, le deuxième, si tu devais faire en face ou en world

  180. Frédéric Mazzella

    ? J'ai fait, j'ai même tout écrit parce que j'ai écrit un bouquin qui s'appelle « Mission bleu -black art », dans lequel j'ai détaillé, justement, notamment, j'ai détaillé notamment nos six modèles économiques et pourquoi les cinq premiers ont pas marché. Il y avait tout. Il y a eu un modèle économique qui consistait à vendre des plateformes aux entreprises, mais en fait, le produit était pas exactement le même, et surtout, celui qui payait n'était pas le client final puisque les entreprises achetaient des solutions pour leurs collaborateurs, pour faire du couturage entre collaborateurs. Mais pour plusieurs raisons, ça marchait pas bien parce que premièrement, les téléphones portables étaient pas du tout assez développés et donc le côté « je passe par un site web pour réserver un trajet que je dois faire demain matin ou demain soir avec un collègue ou quelqu'un qui bosse dans le même coin que moi », c'était beaucoup trop fastidieux. Et donc, ça ne créait pas la liquidité suffisante. Bon, bref. Et puis surtout, ceux qui achetaient, c'était les entreprises, alors que ceux qui devaient utiliser, c'était les collaborateurs. C'est compliqué dans ces cas -là. Et puis surtout, c'était pas la même activité que du couturage longue distance qu'on fait sur BlaBlaCar. Maintenant, on fait aussi du couturage court distance, mais avec une app dédiée qui s'appelle BlaBlaCar Daily et qui marche très bien d'ailleurs, mais qui est beaucoup plus adaptée parce que c'est une app sur mobile beaucoup plus simple à utiliser parce que maintenant, c'est possible. Mais là, je te parle d'une époque, tu vois, c'était 2007, 2008, 2009. Là, on n'avait pas un développement de téléphone mobile connecté aussi bien, enfin de smartphone, donc ça ne pouvait pas marcher. Après, on a essayé de faire des plateformes pour les festivals, tu vois, parce que ça paraît évident, tu vois, tu veux aller aux vieilles charrues. Bon, c'est quand même bien de pouvoir y aller aussi à plusieurs dans une voiture. Mais en fait, bon, c'était une bonne idée, mais personne ne voulait payer pour ces services là. Donc, tu te retrouves avec la bonne idée pas financée. Ce qui fait que finalement, c'est plus l'idée du tout, ça ne marche pas. On a aussi essayé de mettre un petit peu de publicité, mais moi, ça ne me plaisait pas trop parce que ça détournait l'intention du but final qui est simplement que les gens fassent du couturage. Voilà, après, on a essayé d'un modèle de mise en relation où, par exemple, pour ne pas diffuser les coordonnées, évidemment, les 06 des gens, tu dois passer par un service pour les joindre, mais ça posait différentes problèmes d'intermédiation quand même qui étaient assez complexes et ça rajoutait une friction, donc ce n'était pas bon non plus.

  181. Matthieu Stefani

    Et à la fin, donc, c'est toujours celui qui part. Alors, on appelle comment les deux parties le covoiture ? Alors, tu vas voir,

  182. Frédéric Mazzella

    c'est extrêmement, extrêmement scientifique. On parle de conducteur et de passager.

  183. Frédéric Mazzella

    C'est vraiment, mais alors, on a innové là -dessus. J'allais chercher le

  184. Matthieu Stefani

    covoitureur, le conducteur -passager. Donc le conducteur, en gros, ce que vous voulez, c'est qu'il partage un peu ses frais avec les passagers. Ça,

  185. Frédéric Mazzella

    c'est le principe même du covoiturage, c'est en répartie des frais.

  186. Matthieu Stefani

    Donc ça, maintenant, c'est ce que vous faites et vous prenez une petite commission là -dessus.

  187. Frédéric Mazzella

    Et donc, tout simplement, le partage de frais, ça a toujours été le cas, seulement, c'était comment est-ce qu'on fait ça pour pouvoir, parce qu'on a eu un problème, je vais faire un petit peu de maths, mais un tout petit peu, je promets. C'est que quand on vendait des plateformes de covoiturage aux entreprises, c'est une activité, on va dire, de vente B2B où tu vas voir les entreprises et tu leur proposes une plateforme pour leurs collaborateurs. Ça, ça grandissait en revenu, en volume, de manière linéaire, c'est-à -dire ça augmente comme ça, en forme de droite. Et elle est où la caméra ? En forme de droite, c'est comme ça. Et et donc, ça permet de faire grandir les revenus, mais de manière linéaire, justement. Quand, à côté, sur le site grand public covoiturage .fr, on avait une croissance exponentielle. Donc, avec de plus en plus de gens, du bouche à oreille très positif, de gens qui ont des premières expériences qui leur donnent envie de recommencer, et surtout qui leur donnent envie d'en parler autour d'eux. Donc là, quand t'as un bouche à oreille comme ça, tu grandis de manière exponentielle. Sauf que, en grandissant de manière exponentielle, on avait des coûts de livraison de ce service -là pour le grand public qui étaient eux -mêmes exponentiels. Alors exponentielle, c'est comme ça.

  188. Matthieu Stefani

    Ça tend vers la droite, mais à la fin, c'est jamais droit.

  189. Frédéric Mazzella

    C'est toujours une exponentielle qui gagne sur une linéaire. Toujours, toujours, toujours.

  190. Matthieu Stefani

    Tu vois ce que je veux dire, c'est que c'est très courbe au début, ça tend vers la droite, mais tu n'y arrives jamais. Voilà.

  191. Frédéric Mazzella

    Et puis, ça monte, ça monte, ça monte, ça monte. Donc, voilà, pour ceux qui veulent faire le dessin, quand t'as des revenus en croissance linéaire et des coûts en croissance exponentielle, il y a un moment, ça se croise, et c'est la cata. Donc, ça marche pas. Du tout. Et donc, il fallait absolument trouver un modèle économique qui puisse se brancher sur la croissance exponentielle et donc les coûts exponentiels. Donc, il fallait des revenus exponentiels en face de coûts exponentiels.

  192. Frédéric Mazzella

    D'où, évidemment, la corrélation nécessaire entre l'activité du site grand public et les revenus générés sur cette activité -là. Donc, c'est là où on a déployé le modèle purement transactionnel. Plus il y a de volume, plus il y a de revenus. Et donc, comme plus il y a de volume, plus il y a de coûts, s'il y a plus de revenus quand il y a plus de volume et qu'il y a plus de coûts en face, ça va marcher, ça va s'équilibrer. Donc, c'était ça tout simplement le calcul absolument nécessaire. C'est pour ça qu'on a déployé le système de réservation en ligne qui nous permettait de choses. Alors, non seulement, comme je le disais, d'équilibrer les coûts et revenus, mais en plus, d'apporter une couche de sécurisation additionnelle, notamment par rapport à l'engagement des passagers et des conducteurs pour faire le trajet. Parce qu'on avait beaucoup de lapins en fait. On avait beaucoup de gens qui te disaient ah oui, demain à 18h30, porte de rien, pas de problème, j'y serais. Et puis à 18h30, il n'y a personne. Et puis à 18h45 non plus. Et puis t'appelles et le gars te dit ah bah non, enfin quand il te répond, bah non, je ne viens pas. Ça, c'était des passagers qui ne venaient pas surtout ? Oui, c'était surtout des passagers qui n'étaient pas. Ils ne payaient pas quand ils ne venaient pas ? Bah non, parce qu'il n'y avait pas de paiement en ligne à l'avance.

  193. Matthieu Stefani

    Ah oui, bien sûr, bien sûr.

  194. Frédéric Mazzella

    Par contre, il y avait des avis négatifs, mais ça ne servait à rien parce que les passagers appelaient directement les conducteurs pour réserver et les conducteurs disaient bah oui, ok, c'est bon, je te réserve une place, sauf que s'ils ne viennent pas, ça fait une place de perdu. Donc qu'est-ce qui se passe dans ces cas -là ? Je vais t'expliquer la spirale dans laquelle on est rentrés.

  195. Frédéric Mazzella

    C'est que t'as des passagers comme ça qui ne viennent pas et qui plantent des conducteurs. La fois d'après, le conducteur, qu'est-ce qu'il fait ? Il se dit statistiquement, parce que nous, on a du coup fait les stats, tu avais un tiers des passagers qui ne venaient pas à peu près. Donc le conducteur, il fait quoi

  196. Matthieu Stefani

    ? Il en prenait plus.

  197. Frédéric Mazzella

    Il fait du surbooking. Il dit bon, j'ai trois places, je vais dire oui, il y a quatre ou cinq. Parce que je sais qu'il y en a toujours un qui ne vient pas. Qu'est-ce qui se passe le jour où tout le monde vient ? Le gars, il a trois places.

  198. Matthieu Stefani

    C'est comme dans les compagnies aériennes.

  199. Frédéric Mazzella

    Le gars, il a trois places et il y en a quatre ou cinq qui se pointent. Il fait, qu'est-ce qui se passe ? Le gars, il faut en laisser un ou deux sur le trottoir. Donc il en laisse un ou deux sur le trottoir. Que se passe -t -il quand il y en a un ou deux qui a été laissé sur le trottoir la fois d'après ?

  200. Matthieu Stefani

    Il va bouquer deux voitures.

  201. Frédéric Mazzella

    Voilà, il va bouquer deux voitures. Et donc là, tu rentres dans une boucle. C'est exponentiel aussi. Ça, c'est le bazar exponentiel. Tu rentres dans une boucle absolument gérable. Et donc du coup, on sait, il faut absolument résoudre ce problème de fiabilité des engagements des uns et des autres. Parce que, évidemment, sinon tu ne skies pas. Tu n'échelles pas. Sinon, ça, c'est arrivé quand on avait à peu près 500 000 personnes dans le réseau. On commençait à voir justement des comportements qui étaient un petit peu plus on va dire personnels, dans le sens les gens tiraient un peu la couverture à eux. Et donc, il faut absolument trouver un moyen pour que ce soit beaucoup plus rationnel. Parce qu'on ne peut pas se permettre d'avoir des passagers qui ne viennent pas, qui engendrent des surbookings, qui eux -mêmes engendrent des doubles bookings et qu'on se retrouve avec un truc totalement On a développé le système de réservation en ligne. Et là, miracle, on est passé de 35 % de désistement de nos shows ou de personnes qui décommandent à moins de 3%. Du jour au lendemain. Parce qu'un passager qui paye, c'est un passager qui vient.

  202. Matthieu Stefani

    C'est comme quand tu fais un événement. Tu fais un événement gratuit ou un événement payant, ce que tu appelles le nos shows. C'est la même chose. Nous, on compte quasiment 50 % de nos shows. Et dès que tu payes, tu n'as même pas 10 % de nos shows.

  203. Frédéric Mazzella

    Tu divises par 5 ou 10.

  204. Matthieu Stefani

    Et alors, en revanche, est-ce qu'en volume, tu en as moins ? Parce que si tu fais un événement payant ou un événement gratuit, tu n'as pas le même nombre de personnes qui déclarent venir. Est-ce que toi, le jour où tu t'es dit je vais vous faire payer avant de venir, le nombre de réservations a baissé, a chuté

  205. Frédéric Mazzella

    ? C'est difficile à savoir parce que justement, les réservations avant ça étaient difficilement chiffrables. À moins de faire des sondages. Mais ce qu'il y a de sûr, c'est que ça diminuait le nombre de contacts. Ce qui s'est passé au début, c'est que les conducteurs disaient, je ne sais pas, avant j'avais 10 appels. Maintenant, j'ai que 3 passagers. Tu as rempli ta voiture avec 3 passagers. En fait, on a fait le tri. Avant, tu en avais 10 qui t'appelaient. Je te rappelle. Tu avais un peu des papillons qui faisaient leur marché et qui forcément risquaient de ne pas venir. Pour une fine 3 qui étaient sérieux pour venir effectivement dans ta voiture. Donc là, c'est ça qui s'est passé. Les conducteurs au début disaient, avant j'avais plus de volume. Oui, mais maintenant tu remplis ta voiture. C'était ça qu'il fallait

  206. Matthieu Stefani

    expliquer. Et ça, c'était quand ? Toutes ces itérations, c'était entre 2006, 2010 ?

  207. Frédéric Mazzella

    Ça, c'était 2011, 2012.

  208. Matthieu Stefani

    2011, 2012, pour rappel, c'était à peu près le lancement du Beurre en France. Oui, c'était à peu près en même temps. Ce qui est intéressant, là, tu te mettais quand même à payer pour avoir ces choses -là et payer en ligne. Oui, mais c'était aussi

  209. Frédéric Mazzella

    le commencement du déploiement d'Airbnb. Ça commençait à être un peu normal.

  210. Matthieu Stefani

    Le partage. Tu n'as jamais été, toi, pris dans les problématiques de concurrence, pouvoir public, je ne sais pas quoi, ou à se dire « Attends, il est sympa, mais bon, moi j'ai un taxi, j'ai des bus, j'ai des trains. »

  211. Frédéric Mazzella

    On est une forme différente de moyens de se déplacer. Donc, oui, il y a eu des discussions. Après, comme il y a eu une définition de ce qu'était clocovaturage, c'est rentrer dans les clous. Ça n'a pas toujours été aussi évident ou facile dans d'autres pays, en revanche, où on a pu se développer plus rapidement. En France, on a eu le temps de le voir venir. Encore une fois, c'était une longue night. Donc, on a eu le temps de le voir venir et de préparer le fait qu'il fallait une définition du clocovaturage, justement, pour pas avoir ces confusions avec d'autres moyens de transport. Une forme d'érosion

  212. Matthieu Stefani

    des autres moyens peut -être un peu à la marge, parce qu'en plus, en revanche, quand tu arrives et que tu lances overnight cette fois -ci, comme tu dis, potentiellement, du jour au lendemain, il y a un vrai, ça se ressent sur le business d'autres personnes. Il y a un impact.

  213. Frédéric Mazzella

    Oui, ils ont peur. Et donc, ils essayent d'attaquer. Ça nous est arrivé dans différents pays d'avoir des attaques, justement, en disant « Ah, vous faites de la concurrence déloyale », sauf que en fait, quand on est arrivé devant les juges, devant tout ça, non, en fait, comme on n'est pas la même activité, in fine, les attaques sont tombées. Mais effectivement, ça nous a obligé à faire des efforts pour obtenir des définitions du clocovaturage dans les différents pays en état parce que c'est la définition même d'inventer quelque chose qui n'existe pas.

  214. Matthieu Stefani

    Ce qu'il faut éviter, j'imagine, c'est que le conducteur se rémunère, en fait, devienne un peu « professionnel ». Là, tu rentres dans un truc qui serait de la concurrence déloyale, c'est ça

  215. Frédéric Mazzella

    ? Oui, c'est-à -dire que ça doit rester du partage de frais. Le partage de frais est égal, tu prends les frais et puis il faut que les passagers payent moins que les frais.

  216. Matthieu Stefani

    Les frais étant l'essence et l'usure du véhicule

  217. Frédéric Mazzella

    ? Oui, alors tu peux rentrer plein de choses là -dedans. Il y a plein de calculs que j'adore. C'est-à -dire qu'une voiture... Je vais te faire l'équation. Une voiture, ça coûte à peu près 6 000 euros par an, par véhicule, à son propriétaire. Dedans, tu inclus la dépréciation du véhicule, qu'on oublie souvent, mais si t'achètes ta voiture à 25 000, trois ans plus tard... Tu oublies pas

  218. Matthieu Stefani

    ? Non, celle -ci je l'oublie pas.

  219. Frédéric Mazzella

    On a l'impression que c'est un coût une fois, mais en fait c'est annuel. Tu as la dépréciation du véhicule, tu as évidemment l'essence, le péage, ça tout le monde le voit, tu as le garage, tu as l'assurance, tu as les réparations, tu as parfois les speed tickets. Tu mets tout ça dans une enveloppe, ça fait 6 000 euros par véhicule par an à peu près. En France, tu as 38 millions de véhicules, et donc tu fais 6 000 fois 38 millions, tu dépasses les 200 milliards. Donc 200 milliards, c'est 7 -8 % du PIB. Et après, tu regardes le taux d'usage de ces véhicules. Alors, les voitures passent 96 % de leur vie à arrêter, garer, pas bouger. 0 ,5 % de leur vie dans les bouchons, 0 ,6 % de leur vie à chercher une place de parking pour se garer, et il reste 2 ,9 % de leur vie où elles vont d'un point A à un point B. Ce pourquoi on les a conçus.

  220. Matthieu Stefani

    Et quand elles roulent... Entre les bouchons et le moment où tu cherches à te garer, c'est un peu plus d'1%, et il y a un peu moins de 3 % où elles roulent. Donc c'est un tiers de leur vie active à juste rien faire, à rouler, mais pour rien. Et quand

  221. Frédéric Mazzella

    elles roulent, suivant les types des trajets, tu as un taux de remplissage de 1 ,1 à 1 ,7 à 1 ,8 passagers par véhicule, suivant que c'est des courtes distances ou des plus longues distances ou des trajets plutôt quotidiens ou des trajets plutôt exceptionnels. Et donc en fait, 3 fois sur 4, elles roulent avec un seul conducteur à bord. Et donc l'usage que l'on fait, c'est que on utilise 1 quart de 2 ,9 % d'une ressource qui nous coûte 7 -8 % du PIB. Tu fais ça au niveau mondial, c'est plus 200 et quelques milliards qu'il faut compter. C'est plutôt 5 000 milliards par an qui est dépensé pour faire rouler toute la flotte automobile au niveau mondial. Alors après, si tu fais l'équation plutôt environnementale, une voiture d'une tonne 5 ou quelque chose comme ça, quand elle roule avec un seul conducteur à bord, tu as 95 % de l'énergie qui est dépensée pour déplacer la voiture. Et 5 % pour déplacer le corps humain, toi, moi. Et comme en plus aujourd'hui, l'immense majorité de cette énergie est d'origine fossile, ça veut dire que tu peux dire que 95 % de l'énergie fossile qu'on va chercher dans le sol aujourd'hui, elle sert à déplacer de

  222. Matthieu Stefani

    la tôle. Alors là, c'est vrai que c'est ouf, la difficulté c'est que cette tôle, elle sert à te protéger du vent, de l'accident, du machin, mais en

  223. Frédéric Mazzella

    fait, c'est peut -être une zone d'optimisation quand même. Dès que tu parles de chiffres qui dépassent les 90 % de quelque chose, tu te dis

  224. Matthieu Stefani

    qu'il y a un truc à optimiser. Et puis, si je le pousse ton raisonnement, c'est que quand tu te mets à 4 ou 5 dans la voiture, en fait, la tôle représente moins en proportion de ce que tu dépasses. C'est toute

  225. Frédéric Mazzella

    l'équation qu'on fait, c'est-à -dire qu'avec BlaBlaCar, aujourd'hui, dès que tu as 2, 3, 4 personnes par voiture, tu divises les émissions de CO2 par passagers transportés, massivement, tellement massivement qu'on a compté, parce qu'on a compté de deux manières. Que BlaBlaCar permet l'économie de 2 500 000 tonnes de CO2 par an. Pour te donner une idée de ce que c'est 2 500 000 tonnes de CO2, parce qu'on se rend pas bien compte. C'est deux fois plus que les émissions de CO2 du trafic routier d'une ville comme Paris par an. Deux fois plus. Donc ça, c'est ce que BlaBlaCar permet comme économie à l'année. Dans le monde. Oui, dans le monde. Mais c'est pour donner

  226. Matthieu Stefani

    un rapport d'échelle.

  227. Frédéric Mazzella

    La France, c'est à peu près 500 millions de tonnes de CO2 émises chaque année. Donc 2 500 000 tonnes, c'est 0 ,5 % des émissions françaises. Donc c'est ce qu'on permet d'offsetter grâce au simple fait de mettre plusieurs personnes par voiture, plutôt qu'une seule. donc ça permet de voir le potentiel du coup. Il est mondial. Et on a calculé, parce qu'on nous a dit ah oui, mais tu vois, t'entends toujours, évidemment, tu es bien placé pour le voir et le savoir. Internet, le digital, ça pollue. Alors ça pollue combien ? Bon, il se trouve que BlaBlaCar transmet peu de données en fait. C'est des petites données. On ne transmet pas de vidéos, on ne transmet pas de trucs lourds. C'est juste des données informationnelles. Donc en fait, c'est pas grand chose. Et on a été calculé l'impact environnemental global de toute notre équipe, les centaines de collaborateurs qui mangent, qui se chauffent l'hiver, qui se refroidissent l'été quand il est trop chaud, qui... Voilà,

  228. Frédéric Mazzella

    tout ce que fait l'équipe, on a calculé tous les serveurs, la consommation des serveurs, et on était comparé ça en termes de pollution de CO2 par rapport à ce qu'on permet comme économie dans le monde réel, rien qu'en permettant de diminuer les émissions de CO2 par passagers transportés en mettant plusieurs personnes par voiture. Il y a un facteur 700. C'est-à -dire que pour un kilo de CO2 émis par notre équipe qui travaille, nos serveurs, tout ça, on économise 700 kilos de CO2 dans l'atmosphère. En fait, plus la black air grandit, plus on diminue évidemment les émissions de CO2 d'un facteur moins 700. Et à posteriori, c'est ce qu'on décrit comme une activité impact by design. C'est-à -dire que c'est conçu pour avoir de l'impact immédiat, plus ça se développe. C'est pour ça que c'est bien qu'on se développe plus loin, à un maximum d'endroits pour pouvoir aller faire de l'optimisation maximale partout.

  229. Matthieu Stefani

    De toute façon, en général, moi j'ai ce sentiment, toi, tu aimes bien l'éprouver aussi, tu viens de le faire chez toi, mais que quand tu regardes tous ces arguments sur le digital qui pollue, souvent, c'est pas contrebalancé par tout ce que c'est un peu ce que tu dis, c'est par les courriers. Alors bon, maintenant, t'as des expéditions de colis et de choses comme ça, c'est autre chose, c'est pas le col digital, mais par énormément d'actions que tu ne fais plus grâce au digital aussi, tu vois. Donc, il faut toujours essayer de voir tout ça d'une manière assez holistique, c'est le plus important. Là, tu me parles de impact by design. C'est, si je devais te challenger un peu, un élément marketing intéressant, mais qui vous est tombé dessus, plus que... Est-ce que t'as créé BlaBlaCar en disant... C'est une grande motivation

  230. Frédéric Mazzella

    pour moi. C'est une grande motivation pour moi de me dire que justement, alors j'avais pas les chiffres à l'époque, mais évidemment, tu te dis, pas besoin d'avoir fait des grandes études pour comprendre qu'il vaut mieux avoir deux personnes par voiture que deux voitures par personne.

  231. Matthieu Stefani

    Déjà, avant BlaBlaCar, même en Californie, t'avais déjà les lignes...

  232. Frédéric Mazzella

    Voilà, les carpool lanes.

  233. Matthieu Stefani

    Carpool, ouais. Tu ne peux passer que si t'as plusieurs. On peut passer sur le périph, maintenant ? Ils voulaient pas faire ça ? Oui,

  234. Frédéric Mazzella

    il y en a quelques -unes. Alors, sur le périph, pas nécessairement, mais sur des autoroutes qui arrivent à Paris, oui, il y en a. Donc, non, moi, ça a toujours été une motivation. Si tu veux, bon, le besoin, il est parti, peut -être que tu connais l'histoire, mais d'une expérience personnelle, parce que moi, je devais rentrer en Vendée. Je suis Vendée 1, on n'en a pas beaucoup parlé, mais j'adore la Vendée. C'est la Vendée qui m'a... qui m'a fait grandir.

  235. Matthieu Stefani

    Et les gens en Vendée aussi, du coup. Et

  236. Frédéric Mazzella

    j'adore les gens en Vendée, évidemment, parce que j'adore les gens partout. Mais spécialement en Vendée, t'as raison. Et donc, je devais rentrer en Vendée pour les fêtes de fin d'année, et là, tous les trains étaient complets, je m'y suis pris au dernier moment. Et finalement, c'est ma petite soeur qui habitait à l'époque à Rouen, qui avait une voiture, à qui j'ai demandé de passer me chercher à Paris pour m'emmener en Vendée, qui m'a emmené. Et là, en descendant sur l'autoroute à 10, que peut -être tu as déjà prise, tu vois bien. Oui,

  237. Matthieu Stefani

    c'est comment elle s'appelle, le grand PH de... Oui, Saint -Arnaud. Voilà, mais après

  238. Frédéric Mazzella

    tu files sur... t'as la 6 et la 10. Et donc, quand tu prends la 10, il y a des moments où tu te fais doubler par le TGV. Parce que là, l'autoroute et la voie de TGV sont juste à côté. Et donc là, je vois passer le TGV, je dis à ma petite soeur, tu vois, le TGV, là, il est plein, je le sais, parce que j'ai essayé de prendre une place dedans, et il y en a plus. Et c'est pour ça que, justement, je suis descendu avec toi. Et là, en même temps, je regarde la route, l'autoroute, et je vois quasiment que des voitures vides, presque vides. Et je me dis, mais des places pour aller demander, il y en avait plein, elles étaient plus dans les trains, elles étaient dans les voitures. Et c'est de là que je me suis dit, mais en fait, il faudrait... Comme j'étais très, tu vois, branché informatique, je me suis dit, mais en fait, c'est super à modéliser ça. Enfin, on va mettre toutes les petites places vides dans les voitures, on va les mettre dans une base de données, on va mettre un moteur de recherche là -dessus, et puis on va pouvoir savoir qui a des places libres dans sa voiture, et puis le contacter, et puis lui dire bah voilà, je viendrai monter dans ta voiture. Parce que moi, il se trouve que j'ai fait le trajet, j'ai pu faire du coautourage avec ma sœur, mais ça ne fait pas un service national, il fallait connaître ma sœur, et c'est pas d'honnête au monde. Donc, du coup, je me suis dit, bah il va falloir faire quelque chose qui puisse être consultable, où on voit toutes les places libres, on peut les réserver. Et de là, il n'est l'idée. Je me suis dit, mais c'est tellement simple, tellement évident. Comment ça s'est que ça n'existe pas ? Je me suis dit que c'était illégal, ça doit être interdit, sinon ça existerait. Et puis bah non, finalement non. Donc du coup, j'ai une motivation qui a été décuplée pour le faire, mais évidemment, dans cette logique de quelque part éviter le gaspillage, parce que c'est exactement ça en fait, des places libres qui voyageaient justement à vide, il y en avait plein, et c'est un immense gâchis, parce que quand t'as une demande d'un côté des gens qui demanderaient qu'une chose, c'est d'être dans cette voiture là parce qu'elle fait le trajet qu'elle recherche et partager les frais parce que du coup, en plus, ça fait faire des économies. Si tu veux, tout s'additionne pour faire quelque chose d'évident.

  239. Matthieu Stefani

    Quels sont les freins ? J'essaie de réfléchir à ça. Je me suis assez peu. Moi, j'ai une voiture finalement assez tard quand j'ai une famille plus tôt. donc ayant une famille, elle est rarement vide ma voiture, donc je suis exemplaire. Tu fais du by design. Exemplaire by design. Voilà, seulement si je dois me confesser. Alors, comme je ne suis pas un habitué de BlaBlaCar, les rares fois où...

  240. Frédéric Mazzella

    Il est encore temps de changer. Il est encore temps, mais les

  241. Matthieu Stefani

    rares fois, je veux te dire mon frein, mais il doit être commun, j'imagine. Les rares fois où... Alors, peut -être que j'ai aussi cette chance de pas... C'est la conscience écologique étant autre chose, mais de pas avoir à me dire tiens, je dois partager les frais. Je me dis bon, je fais deux heures de route, je m'en fous, tant pis. Tu vois, c'est pas grave. Cependant, le truc qui me bloque, c'est pas ça, c'est plus de me dire ou Jean -Marie, je sais pas si j'ai envie de l'avoir en voiture. Moi, j'adore les gens, mais tu vois, parce que peut -être qu'une fois sur deux, Jean -Marie, Monique ou Adèle... C'est pour ça qu'on s'appelle BlaBlaCar. Tu sais

  242. Frédéric Mazzella

    pourquoi on s'appelle BlaBlaCar

  243. Matthieu Stefani

    ? Parce que ça parle.

  244. Frédéric Mazzella

    Parce qu'en fait, non, tu choisis quand tu t

  245. Matthieu Stefani

    'inscris. J'ai peur qu'ils se sentent mauvais. Tu choisis si tu

  246. Frédéric Mazzella

    t'appelles, si tu es plutôt Blablabla ou Blablabla. Tu indiques dès le début si tu es plutôt, tu parles beaucoup ou pas.

  247. Matthieu Stefani

    Elle me demande, toi, tu serais quoi, c'est ça?

  248. Matthieu Stefani

    Non, non, non, non, non. Blablabla ou Blablabla, tu vois. C'est pour ça

  249. Matthieu Stefani

    qu

  250. Frédéric Mazzella

    'on s'appelle BlaBlaCar. Donc, c'est OK de faire du BlaBlaCar en étant Blacar. Tu peux aussi être Blablablacar.

  251. Matthieu Stefani

    Mais si moi, je prends que des Blas, je vais les saouler. C'est moi qui vais saouler tout le monde, en

  252. Frédéric Mazzella

    l'occurrence. Ah bah ça passe, c'est un équilibre. Après, c'est aussi ce que tu racontes. Tu sais raconter des choses intéressantes. Donc, non, oui, il y a cet aspect là. Il y a l'aspect praticité aussi. C'est-à -dire qu'il faut se donner rendez -vous. Mais il y a l'aspect économie et puis il y a l'aspect... Les gens qui sont conducteurs sur BlaBlaCar, en tout cas, c'est ce qu'on me remonte et c'est ce que moi, je ressens. C'est que quand tu as commencé, c'est très difficile ensuite de rouler à vide parce que tu as deux, trois, quatre heures pour te dire flûte, j'aurais dû publier mon annonce. Là, je suis tout seul, ça va pas du tout. Tu as ce côté là. Alors non seulement cette prise de conscience que tu as un manque, j'allais dire un manque à gagner, mais c'est pas tellement ça. C'est un manque d'opportunités. Non seulement pour aider des gens qui auraient pu bénéficier des places libres, mais en plus pour passer un moment à découvrir d'autres personnes et en plus pour avoir un impact positif sur l'environnement parce que tu as réduit la consommation par personne, par passagers transportés. Mais voilà, c'est quelque chose que tu ressens et tu te dis en plus que ça a d'autres effets vertueux et ça, on le voit, ça déteint sur les comportements des gens aussi, sur d'autres choses. Parce qu'à partir du moment où tu es rentré dans cette logique de on utilise au mieux, au maximum nos ressources pour éviter le gâchis, tu vas éviter le gâchis dans plein d'autres choses. Et on voit, ça déclenche d'autres comportements aussi de prise de conscience par rapport notamment au gâchis environnemental. Je te vois sourire là, j'ai quelque chose en tête, ça va sortir.

  253. Matthieu Stefani

    Je trouve ça super comme approche. Ça veut dire que quand tu es blas, par exemple, c'est OK de te mettre derrière, de mettre tes écouteurs et de ne pas parler.

  254. Frédéric Mazzella

    Tu dis bonjour quand même.

  255. Matthieu Stefani

    Si, non, mais s'il y a deux, s'il y a deux personnes ou trois personnes, pardon, mais je veux dire après, en effet, tu es blas. Non, bah évidemment, les clèmes disent que t'es deux, tu te mets pas derrière, c'est pas un taxi. Non, mais je veux dire, voilà, oui, mais bon, devant avec les écouteurs, c'est presque encore plus chaud. Mais tu l'as déjà fait, l'habitude, tu n'irais pas jusque là. T'as déjà été en galère, quoi, en fait, c'est ça. Mais ouais, ouais, ouais. Non, et après, en effet, en revanche, sur le truc où c'est génial, c'est en effet, je pense que Limoges dans un moutier, tu vas le sortir souvent parce que j'ai l'impression qu'il...

  256. Frédéric Mazzella

    Ah, il n'est pas facile, c'est pas facile.

  257. Matthieu Stefani

    Voilà, c'est ça. Et donc, dans lequel il n'y a pas, en effet, de ligne, peu importe. Et vous avez fait des bus aussi. Et vous avez toujours les bus ? On a toujours les bus. C'est bien ça, ça marche

  258. Frédéric Mazzella

    ? Oui, ça marche bien. C'est complémentaire. C'est aussi parce que, justement, pour pour les passagers, ils recherchent une solution de déplacement et tu peux leur proposer différentes choses. On fait aussi du train maintenant. Vous avez des

  259. Matthieu Stefani

    trains BlaBlaCar, non ?

  260. Frédéric Mazzella

    D'ailleurs, on possède pas les bus non plus. Les bus, c'est des opérateurs indépendants avec qui on est en contrat et qui on propose les places qu'ils ont disponibles

  261. Matthieu Stefani

    dans leur véhicule. Donc, il n'y a pas de bus BlaBlaCar ?

  262. Frédéric Mazzella

    J'en ai vu, c'est pour ça. C'est écrit BlaBlaCar dessus, mais ce n'est pas des bus qui nous appartiennent. C'est des opérateurs partenaires. Comme un chauffeur Uber,

  263. Matthieu Stefani

    soit un type qui a son bus, soit des gens qui ont plein de bus.

  264. Frédéric Mazzella

    Si tu veux, c'est un chauffeur Uber qui a 50 places.

  265. Matthieu Stefani

    Ça se trouve, ça pourrait fonctionner, le type il achète son bus, je ne sais pas combien ça vaut un bus. Ça s'appelle un chauffeur de bus, effectivement. Oui, mais d'accord, mais est-ce que c'est une boîte qui a plein de bus ? Oui, c'est une boîte qui a plein de bus. C'est une boîte qui a plein de bus et plein de chauffeurs.

  266. Frédéric Mazzella

    Généralement, ce n'est pas juste quelqu'un qui, dans son garage, a un bus et se dit Jean -Marie est à la main, il a pas son

  267. Matthieu Stefani

    bus, mais je ne sais pas pourquoi pas. Aujourd'hui, je vais sortir le bus plutôt que la Clio.

  268. Frédéric Mazzella

    Donc, c'est vrai. Maintenant, on fait aussi des billets de train. C'est-à -dire que sur BlaBlaCar, tu trouves tout et tu peux tout comparer. Tu peux comparer les heures de départ, les prix. Mais là, avec du covoiturage, du bus, c'est du train. Tu compares tout. Et la vision, c'est que non seulement, évidemment... Sur

  269. Matthieu Stefani

    TrainLine ou sur VoyagerCNCF, je ne peux pas avoir du BlaBlaCar. Alors,

  270. Frédéric Mazzella

    si sur certains sites de comparateur, tu peux l'avoir, mais par contre, après, pour venir réserver ton covoiturage, tu dois venir sur BlaBlaCar parce qu'il y a un côté coordonné personnel et du conducteur et du passager qui doivent se passer sur la plateforme. On ne peut pas juste déporter les bookings sur des personnes particulières avec un 06, avec tout ce qui va avec l'organisation personnelle des gens. Donc, ça se passe avec l'app BlaBlaCar et pour être au plus proche justement de la personne qui offre le trajet.

  271. Matthieu Stefani

    Tu pourrais presque rajouter du beurre dedans ou d'autres choses. Me prendre en charge chez moi et m'emmener à destination de tout moyen de transport confondu

  272. Frédéric Mazzella

    ? Oui, tout est possible. Il suffit d'être créatif. Après, comme on l'a évoqué, ce qui est difficile, c'est l'exécution. Donc, évidemment, mixer tout ça dans une seule app, c'est complexe. Déjà, mettre du coatturage du bus et du train dans la même app, c'est compliqué. Et en plus, on fait du coatturage domicile -travail avec une app séparée d'ailleurs parce que c'est un usage un peu différent qui s'appelle BlaBlaCar Daily.

  273. Matthieu Stefani

    Et là -dessus, du BlaBlaCar Daily, évidemment, la première application, enfin, la première réflexion que je me fais, c'est bon, tu le fais une fois, deux fois et après, tu as ton Jean -Marie qui vient te chercher tous les jours.

  274. Frédéric Mazzella

    Alors, pour deux raisons, les gens continuent d'utiliser l'appli. La première, c'est que tu ne vas pas toujours le matin ou le soir avec la même personne parce que tu n'as pas toujours exactement les mêmes horaires. Donc, tu peux monter dans une voiture de Jean -Marie le matin et la voiture de Jean -Noël le soir. Et donc, tu vas avoir besoin de retrouver des trajets, de rematcher. Donc là, c'est une question de statistique quand tu es sur un trajet où il y a plein de gens. Du coup, c'est aucun problème pour changer de voiture et partir une heure plus tard ou une heure plus tôt. Il y a ce côté -là et puis il y a aussi le côté généralement où c'est des initiatives qui sont encouragées par les autorités locales. Ce qui fait que tu peux avoir des réductions sur ton trajet. Pour faire court, le conducteur va toucher 5 euros mais le passager va payer 2 ou 3 euros. Et le reste est compensé si tu veux par les autorités de transport locales qui veulent voir le covoiturage se développer parce que ça a plein d'effets positifs, ça diminue la circulation locale. Évidemment, ça enlève une pollution parce que du coup, tu diminues le nombre de voitures et ça fait gagner du temps à tout le

  275. Matthieu Stefani

    monde. Avant de passer sur Diff, est-ce que tu aurais quelques stats rigolotes, croustillantes ? Combien de d'hommes qui conduisent ? Je peux te dire, il y en a une qui

  276. Frédéric Mazzella

    j'ai adorée quand on l'a découverte. C'est qu'on a demandé aux gens ce qui se passait dans les covoiturages. Techniquement, de quel sujet ils parlent. Et on s'est rendu compte qu'on a 21 % des gens qui disent qu'ils ont dit quelque chose en covoiturage qu'ils n'ont jamais dit à personne d'autre. Parce qu'il y a un effet, si tu veux, presque comme chez le psy. Tu sais, quand tu es en voiture, tu avances comme ça, tu regardes devant, t'as pas de contact oculaire avec personne, comme chez le psy. Et les gens disent des choses parce qu'ils se disent bon, c'est des gens que je reverrai pas après. Moi, ça me fait du bien d'en parler. Et donc, voilà, je pense que BlaBlaCar est le plus grand psy de France et du monde. Parce que

  277. Matthieu Stefani

    justement... Non, non, non, j'ai envie de savoir ce qu'ils ont dit. Ça peut être très très robot ou ça peut être j'ai emprisonné mon chien, tu vois, mais j'ai emprisonné mon chien.

  278. Frédéric Mazzella

    Justement, comme c'est pas sorti des voitures, je peux pas te dire, je n'en sais rien. Je ne sais pas. Donc ça, c'est

  279. Frédéric Mazzella

    assez marrant comme stade, je trouve.

  280. Matthieu Stefani

    Et d'autres trucs, je sais pas, le chauffeur qui a fait le plus de courses, tu as des choses comme ça ?

  281. Frédéric Mazzella

    C'est des milliers et des milliers et des milliers. Je pense qu'il y en a qui devraient être à plus de 10 000 courses. On ne appelle pas ça des courses, mais on appelle ça des trajets. Il y a des gens qui... Alors après, je peux te parler des trucs les plus touchants aussi. Moi, j'ai vu des gens, notamment des pères me tomber dans les bras quand ils me rencontraient et me serrer dans les bras et me dire merci, c'est grâce à toi que je peux voir mes enfants le week -end. Ça, je peux te dire, c'est fort. C'est vraiment... Tu te dis, on a créé quelque chose qui permet aux gens de passer outre une forme de barrière d'immobilisme contraint. Parce que tu vois, quand tu es divorcé, quand tu as tes enfants qui sont à l'autre bout du pays et que tu as envie de les voir, financièrement, tu peux être contraint et tu peux ne pas les voir pour cette raison -là. C'est extrêmement frustrant. Et donc là, grâce au covoiturage, le fait que les gens puissent faire leur trajet et qu'ils puissent aussi avoir un véhicule sur place pour pouvoir aller faire deux, trois trucs avec tes enfants quand tu vas les voir aussi, c'est important. C'est des choses comme ça où tu te dis, tiens, on a été utile quand

  282. Matthieu Stefani

    même. Et c'est beaucoup moins cher que tout le reste.

  283. Frédéric Mazzella

    Oui, c'est-à -dire que tu divises les coûts de la voiture. Donc en fait, oui, tu vas trouver, je ne sais pas, si je dois prendre des exemples de grandes villes, mais tu vas trouver des Paris -Rennes à 25 euros, Paris -Vendée à 25 euros. Tu peux aller jusqu'à la plage pour 25 euros.

  284. Matthieu Stefani

    Donc plus ta voiture coûte cher, plus c'est cher ?

  285. Frédéric Mazzella

    Alors, il y a une liberté des conducteurs sur les prix qu'ils proposent. Par exemple, les

  286. Matthieu Stefani

    96 % de ma voiture qui sont utilisées, je ne peux pas les facturer aussi avec mon parking et tout ça, non ? Tu fais un prix

  287. Frédéric Mazzella

    global. Si le trajet, dans ma voiture, ce sera 22 euros par personne, ce sera 35 euros par personne. Tu fais ton prix.

  288. Matthieu Stefani

    J'avais adoré la campagne que vous avez faite où des gens arrivaient dans des voitures complètement incroyables. Tu sais, je ne sais plus ce que c'était comme voiture, mais c'était vraiment fou. Et dernier point. Vous avez développé plein d'autres pays. Qu'est-ce que tu as à me partager là -dessus d'apprentissage, de comment on développe bien un pays

  289. Frédéric Mazzella

    ? Alors, c'est une très très vaste question. Alors, j'ai écrit tout ça dans un bouquin qui s'appelle Mission au lacard, mais je vais reprendre toujours le même. Je n'ai fait qu'un. Il

  290. Matthieu Stefani

    y aura évidemment la référence dedans, mais si tu as à la limite le teaser pour nous dire, mais les quelques recettes...

  291. Frédéric Mazzella

    Oui, déjà, il y a plusieurs méthodes qu'on a utilisées. Soit de... d'aller créer tout sur place toi-même. Toi-même,

  292. Matthieu Stefani

    c'est-à -dire toi, Frédéric ?

  293. Frédéric Mazzella

    Non, enfin, je veux dire toi en tant que boîte. Mais c'est-à -dire créer from scratch, créer de zéro l'activité sur place. Ça, c'est très très dur parce qu'il faut recruter quelqu'un quand même en local ou quelqu'un qui connaisse extrêmement bien évidemment le pays et qui ait l'esprit entrepreneurial pour aller créer quelque chose qui n'existe pas dans son pays et qui soit donc relié à ton... à ton activité à toi. Soit tu fais quelque chose, tu fais une spin -off, c'est-à -dire que tu prends des gens de chez toi qui sont... Par exemple, c'est ce qu'on a fait quand on a lancé l'Allemagne, par exemple. On avait cinq Allemands dans notre équipe qui ont à eux cinq lancé le marché... l'activité en Allemagne. Parce que voilà, ils avaient tout... ils connaissaient tout sur BlaBlaCar, ils connaissaient évidemment la culture, les méthodes. Ils ouvrent un bureau, mais ils peuvent aussi commuter. Alors c'est d'autant plus simple quand évidemment c'est l'Allemagne, c'est pas loin. Et puis après, t'as la solution Acquihire, c'est-à -dire tu vas faire une acquisition, recrutement, tu scout, tu cherche, tu trouves, tu trouves des équipes un petit peu partout sur la planète, surtout dans le pays qui t'intéresse. Tu regardes s'il y a des gens, des entrepreneurs qui ont commencé à développer la même chose que ce que tu fais, que BlaBlaCar. Et là, tu vas les voir, tu discutes et tu leur dis bon, on a la possibilité de démultiplier votre rapidité d'expansion parce que on a un produit qui marche déjà, on a le service client qui va avec, on a des méthodes, on a une marque, on a des sous aussi pour s'étendre plus rapidement.

  294. Matthieu Stefani

    Acquihire, c'est acquisition, recrutement, c'est une compression.

  295. Frédéric Mazzella

    Ça, c'est les trois méthodes que tu peux utiliser vraiment pour t'étendre à l'international. On a tout utilisé. On est aujourd'hui dans plus d'une vingtaine de pays. T'as préféré ?

  296. Frédéric Mazzella

    Acquihire, c'est très sympa. C'est très sympa parce que tu rencontres des équipes, des entrepreneurs qui sont motivés et tu viens leur donner un coup de main. Et tu leur fais rejoindre le vaisseau Amiral. J'ai vu des entrepreneurs comme ça avec qui on était allé discuter dans leur pays. Quand ils arrivent chez BlaBlaCar à Paris, ils se disent c'est de mother ship. Il y a des gens qui croient au covoiturage comme moi et qu'on construit un truc. Ils sont plein,

  297. Frédéric Mazzella

    ils sont plein, ils sont tous là. Ils croient au covoiturage comme moi. Alors qu'eux, ils sont dans leur pays, ils sont deux, trois, quatre, cinq, tu vois, avec une petite équipe à monter leur truc. Et là, ils se disent c'est bon, enfin j'ai rejoint

  298. Matthieu Stefani

    la flotte globale. Comment on les convainc ? Est-ce que tu leur donnes des bouts de BlaBlaCar quand même ? Oui, tu partages le capital. Tu leur donnes un peu de cash aussi

  299. Frédéric Mazzella

    ? Oui, ça dépend des volontés des entrepreneurs. Il y a un peu un bout des deux. Tout l'enjeu, c'est évidemment garder les entrepreneurs le plus motivé possible pour étendre l'activité en local. Donc ça peut se faire sur quelques années. Mais en tout cas, tu ne fais jamais un rachat en cash total parce que sinon du coup il n'y a plus d'équipe en fait sur place. Donc non, tu fais, tu leur dis vous allez participer à la croissance justement du concept au global. Donc on est tous alignés avec le, tout le monde à départ.

  300. Matthieu Stefani

    Ton plus beau lancement de pays

  301. Frédéric Mazzella

    ? Ils sont tous beaux.

  302. Matthieu Stefani

    Plus efficaces, je ne sais pas.

  303. Frédéric Mazzella

    C'est très différent. Aujourd'hui, on est du Brésil à l'Inde. C'est magique. Ce sont les deux très gros pays. En nombre de passagers, c'est le Brésil qui est devant. En nombre de passagers covoitureurs, c'est l'Inde. Et en troisième, c'est la France. C'est les deux plus gros pays. Il faut dire que c'est des grands pays aussi. En Inde, là maintenant, c'est 20 millions de passagers par an. Plus de 2 millions par mois. Maintenant sur le trend avec une croissance de quasiment 50%.

  304. Matthieu Stefani

    Et ça fait combien de chiffre d'affaires au total ? Alors c'est un peu plus de 300 millions. Ça c'est le volume ou c'est le chiffre ? C'est le chiffre d'affaires. Donc le volume d'affaires, c'est le nombre des transactions qui sont faites sur la plateforme et le chiffre d'affaires, c'est ce que vous... Et c'est rentable ? Alors oui, c'est à

  305. Frédéric Mazzella

    l'équilibre. C'est rentable après. Il y a plein de géographies différentes. Il y a plein d'activités différentes.

  306. Matthieu Stefani

    C'est très rentable en France qui est un peu l'héritage, j'imagine. Là où ça a été le plus mature.

  307. Frédéric Mazzella

    C'est plus mature en France et c'est sur du covoiturage aussi en grande partie. Après il y a d'autres pays. Je parlais du Brésil. C'est moitié bus, moitié covoiturage. Il y a beaucoup de... Justement cette hybridation qu'on a faite sur la plateforme pour pouvoir proposer différents moyens de transport qui fait que ça crée des équilibres économiques différents suivant les pays. Donc c'est ça un peu la complexité. Mais grosso modo, oui, tu as toutes ces activités là et tous ces pays là et l'ensemble le groupe est juste rentable. Donc on est bien

  308. Matthieu Stefani

    là. Parce que j'ai vu qu'en fait, en travaillant tout ça, il y a eu quand même beaucoup de levées au fur et à mesure, des grosses levées. Et à un moment, c'est quoi l'objectif aujourd'hui ? C'est de rentabiliser ? C'est quand même de développer encore de nouveaux pays ?

  309. Frédéric Mazzella

    Alors oui, on réfléchit effectivement à aller un petit peu plus loin que les pays où on est. On est déjà dans plus de 20 pays mais on réfléchit à d'autres zones géographiques dans lesquelles on s'étend, sachant que ça prend beaucoup de temps. Typiquement, si on prend le cas de l'Inde, on l'a lancé en 2015 l'Inde. Sauf que on l'avait lancé avec une équipe sur place qui a eu jusqu'à 10 personnes à Delhi. Et en fait, on ne voyait pas la croissance arriver. Il faut voir que c'est une période entre 2012 et 2015, où on a ouvert une vingtaine de pays. C'est beaucoup, c'est quand même un marathon. Et tous n'ont pas bien répondu à la croissance espérée. Et donc, on avait notamment justement le Mexique, la Turquie et l'Inde qui avaient des équipes sur place mais qui n'avaient pas de la croissance très forte. Donc c'est des bureaux qu'on a fermés en gardant le service live quand même et en le maintenant à distance. Mais on n'avait plus d'équipe sur place pour le pousser. Et tu vois, dix ans plus tard, l'Inde devient notre premier marché. Il faut dire qu'il y a 1 milliard 400 millions de personnes. Mais il y a aussi le fait que les voitures, tu vois, en dix ans, le parc de voitures a doublé. C'est passé de 150 millions à 380 millions. Mais là, vous avez du mal maintenant ou toujours pas ?

  310. Frédéric Mazzella

    Là -bas, on a des aliens qui travaillent avec nous mais on n'a pas techniquement un bureau. Bon, par contre, ce que ça veut dire, c'est qu'il faut un certain temps, toute la croissance en Inde s'est faite sans un euro de marketing. Ça s'est fait que par du bouche à rail. Et

  311. Matthieu Stefani

    tu ne pourrais pas jeter des graines comme ça, ouvrir un bureau à je ne sais pas où et puis dire bon, attend, on va voir comment ça se comporte. C'est

  312. Frédéric Mazzella

    justement la dynamique dans laquelle on est actuellement. Là, sur 2026 +, là, on est en train de réfléchir à aller planter des graines ailleurs, en sachant que oui, parfois ça prend des années, parfois ça prend dix ans.

  313. Matthieu Stefani

    Je vais en envoyer 40 plutôt que 20, mais en faisant beaucoup moins d'efforts.

  314. Frédéric Mazzella

    Et donc, c'est le temps quelque part et le bouche à rail autour du service dans le pays qui va faire son travail plutôt qu'une force plus actionnée et coûteuse d

  315. Frédéric Mazzella

    'aller faire connaître le service par tous les moyens.

  316. Matthieu Stefani

    T'as combien dans la carte aujourd'hui de pourcentage ? C'est pas public. J'ai 10%. J'ai 10%. Je croyais que t'avais dit 10%. T'as plus ? J'ai 10%. T'as dit 10 ou pas ? J'ai 10%. Il a dit 10 je crois. T'as plus ou moins ? Écoute, la question de juste dernière question, quel est l'impact de l'IA sur BlaBlaCar ? Aucun ? Zéro ? Sur les développements forts,

  317. Frédéric Mazzella

    parce que tu vois tous les développeurs, toute l'équipe tech utilise l'IA tous les jours. Après, l'IA, ça a des effets additionnels sur notre capacité à faire du bon matching, tu vois, avec notamment nos algorithmes, ce qu'on appelle boost qui permet de deviner quelque part auxquels vont être les bons matchs pour les conducteurs et les passagers en fonction de ce qui a pu se passer par le passé. Tu vas aussi avoir tout ce qui est détection de fraude aussi, l'IA aide énormément. Donc il y a plusieurs domaines ou la modération aussi des échanges de contenu. Voilà, un peu au service client aussi évidemment. Donc ça touche un petit peu tous les domaines. Comme toutes les entreprises, l'IA, elle rentre partout. Elle rentre aussi par les équipes, c'est-à -dire que comme tout le monde utilise l'IA, comme tout le monde est formé dans chaque équipe, avec un référent IA justement en plus, et que chacun a les outils IA mis à disposition, dans le métier de chacun, chacun voit comment l'IA peut venir apporter de l'optimisation.

  318. Matthieu Stefani

    Sur le dev, l'IA vous aide ou l'IA code toute seule ? C'est un peu des deux.

  319. Matthieu Stefani

    Tout votre quality control qui est revu par l'IA, ou est-ce que il y a quand même déjà des agents, tu vois, j'avais Ivan Zaoul, fondateur de Notion, qui me disait qu'aujourd'hui il y a une bonne partie de Notion qui est codé par l'IA, dans la nuit, tu vois, ils partent, ils vont s'en associer, ils vont se coucher le lendemain.

  320. Frédéric Mazzella

    On n'est pas, il y a encore beaucoup d'humains quand même, mais l'IA aide énormément, l'IA produit du code si tu veux, mais qui est quand même relu et checké par les humains. Donc voilà, après ça s'installe petit à

  321. Matthieu Stefani

    petit, oui. Allez, on passe sur Diff, c'est une toute dernière question qui est peut -être pas la plus, mais quand tu gères autant de trajets, autant de choses, toi, qu'aimes les gens, il y a quand même un peu de dirt là -dedans, de merde, il s'est passé des trucs, j'imagine, des accidents, des actes mal intentionnés, peut -être très mauvais, très machin, etc. Comment tu le gères, comment tu le vis, comment tu le préviens

  322. Frédéric Mazzella

    ? Alors, tu le tu le gères immédiatement, avec sérieux et comme tu peux. Tu le préviens justement en mettant des systèmes de création de confiance maximale, avec la possibilité, évidemment, de laisser des avis, de connaître les identités des gens, de connaître les permis de conduire des gens, d'avoir les numéros de téléphone, d'avoir un tracking des trajets. Donc, évidemment, en envoyant clairement les messages. Voilà, la conduite est notée aussi également. Donc, les conducteurs sont... Il y a différentes notes. Il y a une appréciation qui est au niveau de juste comment c'est passé le trajet. Et il y a explicitement une notation du type de conduite. Tu mets un, deux, trois, quoi, en fonction de comment c'est passé ton expérience. Sachant que trois, c'était super smooth, c'était super. Deux, il y a eu deux, trois fois où je me suis posé des questions et un, j'ai eu la perte de ma vie. Et là, évidemment, ça, ça déclenche immédiatement des sanctions qui sont juste des inscriptions. Donc, ça, c'est effectivement très important. Donc, tu mets en place les outils pour scaler la capacité à se faire confiance. C'est vrai, qu'est-ce que j'ai dit ? J'ai encore dit scaler. Tu vois, même moi, je n'y arrive pas. Il va falloir que... Un clem t'a adopté. Mais je te dis, on fait bien parce que sinon, c'est les Québécois qui vont nous l'envoyer le mois prochain. On a eu de l'avance.

  323. Matthieu Stefani

    Je me rappelle qu'ils

  324. Frédéric Mazzella

    marquent arrêt sur les panneaux stop quand même, au Québec. Alors que nous, on marque stop. Donc, oui, voilà, c'est tout un ensemble de choses. Tu évites la fraude, tu évites au maximum les accidents. Après, c'est sûr que sur le volume ne serait-ce que les accidents. Alors, il y a moins d'accidents dans le réseau de covaturage que dans le réseau normal parce qu'en fait, on a tout un tas d'annicateurs qui montrent que les gens sont plus attentifs quand ils sont au covaturage que quand ils sont tout seuls. C'est-à -dire, il n'y a pas de moins de risques. Ils conduisent mieux. Parce qu'ils savent justement qu'ils sont notés au bout. Et ça, ça a un effet sur toute la conduite.

  325. Matthieu Stefani

    Quand t'as 2 millions de trajets par jour, t'as forcément un accident par jour. Ou 10 ou 100, non

  326. Frédéric Mazzella

    ? Non, c'est pas tant que ça.

  327. Matthieu Stefani

    Ok, intéressant. Après, en effet, quand t'as un certain nombre de... T'as forcément, j'imagine, mais là, parfois, la stat est moins importante, tu vas le dire, mais un accident de mortelle, une fois de temps en temps, surtout ces volumes -là,

  328. Frédéric Mazzella

    quoi. Oui, ça arrive. On parle d'une communauté de 100 millions de personnes au niveau mondial. C'est quand même... C'est pas forcément de leur faute. Après,

  329. Frédéric Mazzella

    c'est toute une histoire aussi de code de la route qui s'applique. C'est-à -dire que au niveau responsabilité, c'est... Enfin, tout est déjà codifié parce que j'ai envie de dire, depuis qu'il y a des voitures, il y a eu des accidents. tous les systèmes assuranciels sont en place et tout est déjà codifié. Quand tu montes dans une voiture, c'est le code de la route qui s'applique, quoi.

  330. Matthieu Stefani

    Une des menaces que vous avez, c'est la voiture autonome quelque part, quand même.

  331. Frédéric Mazzella

    Alors, c'est un changement. Ce serait un changement, ce sera un changement. La question, c'est que nous, aujourd'hui, notre métier, c'est de mettre en relation des gens qui font les mêmes trajets au même moment. Aujourd'hui, on met en relation un conducteur et des passagers. Demain, s'il faut mettre en relation que des passagers avec une voiture autonome, quelque part, le métier de matching entre des gens, il garde une composante commune. Ce qui va se poser comme question, c'est qui possède la voiture. C'est-à -dire, si c'est une voiture autonome, elle appartient à une flotte, est-ce que ça veut dire qu'à un moment, il faudrait, il faudra que BlaBlaCar achète des milliers ou des dizaines de milliers de voitures autonomes pour les mettre dans le réseau. Et à ce moment -là, matcher ensuite des passagers qui veulent faire le même trajet au même moment.

  332. Matthieu Stefani

    C'est très intéressant. On n'y est pas encore. On ne sait pas où le parking est à 96 % du temps.

  333. Frédéric Mazzella

    Non. Donc avec une meilleure utilisation. Est-ce que c'est ça, un modèle ? Après, se pose la question. Alors nous, on est organisateur des mises en relation. On n'est pas... On ne possède pas, on n'est pas propriétaire des véhicules. On a vu ni des voitures, ni des bus et encore moins des trains.

  334. Matthieu Stefani

    Tu vas te faire racheter par Tesla, en fait.

  335. Frédéric Mazzella

    J'en sais rien. Je ne sais pas ce qui vient de se passer. Combien de temps tu passes par semaine sur BlaBlaCar ? Oh, c'est pas tant que ça. Moi, c'est quelques heures par semaine. Tu vas au bureau quand même un peu ? Non. Enfin, j'y vais une fois par mois.

  336. Matthieu Stefani

    Aujourd'hui, tu t'occupes de Dift ?

  337. Frédéric Mazzella

    Aujourd'hui, je m'occupe de Dift.

  338. Matthieu Stefani

    Qui est ton job full -time ?

  339. Frédéric Mazzella

    Oui. Après, j'ai plusieurs de full -time.

  340. Matthieu Stefani

    Tu fais encore de la musique ?

  341. Frédéric Mazzella

    Oui, je fais encore un peu de musique. Je ne considère pas ça comme un job. Je refais de la musique d'ailleurs parce que pendant des années, j'étais vraiment beaucoup trop sous l'eau pour imaginer faire de la musique. Et là, récemment, je me suis racheté un piano.

  342. Matthieu Stefani

    Et c'est un énorme plaisir. Quelle marque ? On achète quoi comme piano ? On est frais de base et là ?

  343. Frédéric Mazzella

    J'ai acheté un piano, tu sais, qui est à la fois avec un super toucher. Parce que j'ai quand même cette exigence -là. Et qui, en même temps, peut permettre de ne pas embêter les voisins si tu fais trop de bruit. Tu n'as pas acheté un immense piano à queue ? Si, justement. Il n'est pas immense. C'est un petit piano à queue. Un demi, c'est ça qu'on dit. Un quart. C'est un quart de queue. Non, c'est un quart de queue, mais par contre, c'est un vrai piano, mais qui est débrayable. Donc, tu as un vrai toucher, mais tu as aussi tout le côté possibilité de faire moins de bruit et, en plus, même de faire rentrer tout ça dans l'ordinateur, si tu veux. Tu me demandais la marque, donc je vais le dire, c'est un Yamaha C1. Donc un C1, c'est un tout petit. C'est le plus petit de la gamme Yamaha. Marque incroyable. Yamaha, ça mérite un épisode de

  344. Matthieu Stefani

    Fleuron. Yamaha, mais tellement incroyable. Et puis, ils n'ont pas fait... Les mecs, ils font quand même des motos et des pianos.

  345. Frédéric Mazzella

    Et puis, du coup, ils ont le savoir -faire pour faire à la fois des pianos et toute l'électronique embarquée sur le piano. Parce que là, maintenant, c'est complètement fou. C'est un piano qui se débraye. Quand tu joues dessus, ça ne tape plus les cordes. Mais il y a un système qui s'appelle transacoustique qu'ils ont développé. Je suis en train de faire de la pub pour Yamaha. Et donc, c'est transacoustique 2 sur mon piano. Ça permet non seulement de synthétiser les sons, mais surtout de les envoyer sur la table du piano et d'occasionner la vibration des cordes. Ce qui fait que même quand tu es à côté du piano, si je branche le côté électronique et que je joue en électronique, c'est-à -dire sans taper les cordes, c'est très difficile pour les gens de savoir si je suis en train de jouer sur les cordes ou si je suis en train de jouer en numérique. Et l'avantage, c'est qu'une fois que tu es passé en numérique, tu peux baisser le son. Il y a un

  346. Frédéric Mazzella

    retour de force. Justement, si on parle de ça, pendant des années, les constructeurs de piano se sont arrachés les cheveux à essayer de remodéliser le toucher piano qui est lié, tu sais, avec le système de marteau. Il explique d'ailleurs pourquoi les pianos à queue, les pianos droits n'ont pas les mêmes touchés parce que les marteaux ne sont pas dans la même position tout simplement. Sur un piano à queue, les marteaux sont à l'horizontale et sur les pianos droits, les marteaux sont à la verticale. Donc déjà, la physique n'est pas la même. C'est une histoire de cosinus et de sinus pour ceux qui veulent rentrer dedans. Mais en gros, la force appliquée sur une baguette à l'horizontale, quand tu dois la lever, ce n'est pas du tout la même que sur cette même baguette qui est quasi à l'horizontale. En fait, tu dois beaucoup moins forcer parce que si tu regardes... Je m'embarque là -dedans,

  347. Matthieu Stefani

    on ne va pas parler de diff, je te le dis tout de suite. Ah, parce que tu vois, il y a un peu de sondeur. Normalement, il te reste 25 minutes. Bon,

  348. Frédéric Mazzella

    et donc, ils ont essayé à faire du... Ils ont essayé avec de la mousse, avec des ressorts, avec du caoutchouc, avec tout ça, pendant des années, à essayer de reproduire des touchés de piano jusqu'à ce qu'évidemment, tout le monde se rende compte que ça ne marchait pas pour reproduire un mouvement physique à base de marteau. Donc maintenant, ils mettent des marteaux dedans. Ils ont remis de la technologie. On est revenu aux marteaux. Et là, maintenant, sur les nouveaux claviers, tu as des touchés qui commencent, qui ressemblent pas mal à vraiment à des vrais des touchés de piano parce que tu as effectivement des marteaux dedans. Alors passons à diff. Tu vois, c'est des sujets passion. Passion, passion, je sais, je

  349. Matthieu Stefani

    sais. Tu fais encore de la... De la trottinette ? Non, et diff, alors moi, pour moi, diff était vraiment... Alors déjà, ça a eu un autre nom aussi. Tu as changé, tu as bien changé tes marques, toi, une fois de temps en temps.

  350. Frédéric Mazzella

    Quand tu trouves un meilleur nom, tu changes. Covatureage .fr, on ne pouvait pas écheler à l'international avec ça parce que covatureage, ça ne marchait pas.

  351. Matthieu Stefani

    En revanche, diff, je me suis dit diff, donc gift, mais don, c'est une compression de don et de gift. Et le don en anglais, c'est donation. Donation as a gift.

  352. Frédéric Mazzella

    C'est même très, c'est très, très international.

  353. Matthieu Stefani

    Ça, c'est vraiment la base telle que je l'ai compris. C'est que, en gros, ça se fait aussi entre particuliers, mais je suis une entreprise. On arrive à l'approche de Noël. Je vais faire un cadeau à mes clients plutôt que de leur offrir un produit à la con qui ne vont pas utiliser, avec potentiellement le nombre d'entreprises en plus dessus.

  354. Frédéric Mazzella

    Et potentiellement, le cadeau à la con va me revenir. Ce

  355. Frédéric Mazzella

    qui peut être livré.

  356. Matthieu Stefani

    Et en plus, je vais leur offrir un gift. Et donc, je vais leur donner 50 euros, 100 euros, 500 euros, je suis très généreux, qui pourront peut -être même pas refuser, même si c'est trop. Alors, je sais pas si t'as eu ce cas de figure, tu sais, il y a de plus d'entreprises où... Mais là, c'est pour le donner à quelqu'un d'autre. Donc, de

  357. Frédéric Mazzella

    toute manière, ça ne rentre pas dans les considérations, justement, de cadeaux type Loa Sapin II et compagnie. Puisque c'est de l'argent qui va aux associations. Donc, en fait, tu reçois la possibilité d'aller soutenir un projet qui te tient à cœur. Donc ça, ça se refuse absolument pas. Tu vas recevoir 50 euros ou 100 euros pour aller retirer du plastique des océans, sauver une espèce de envoi de disparition, aider les plus démunis dans leur quotidien ou dans leur réinsertion, ramener du bonheur dans les hôpitaux pour enfants. Enfin bon, tu choisis ta cause et le nombre de volets de cause sur lesquels on peut agir, il est évidemment gigantesque. Et ça, ça permet évidemment d'envoyer de l'oxygène, de l'énergie, de l'argent à toutes ces équipes qui font un travail formidable sur le terrain pour essayer d'améliorer le monde et les effets du monde dans lequel on vit.

  358. Matthieu Stefani

    Moi, je trouve ça super. Puis alors, on voit quand même aussi un mouvement de fond, comme tu l'as ressenti avant tout le monde sur le coavaturage. Mais c'est que de plus en plus, je vois des anniversaires ou des, tu vois, 40 ans, 50 ans où des gens disent, moi, je veux pas de cadeaux, j'aimerais que vous donniez à telle association ou telle chose. Donc, en effet, là, t'as un peu facilité ça.

  359. Frédéric Mazzella

    Exactement. Tu peux te créer ta cagnotte solidaire pour l'association de ton choix et tu dis à ton entourage pour mon anniversaire, donnez sur cette cagnotte, ça va directement à l'association. Donc, ça, c'est aussi possible. Donc, on a ces deux activités là, ces activités pour les entreprises et des activités pour les particuliers avec toujours une seule visée qui est d'envoyer le maximum de moyens dans les associations.

  360. Matthieu Stefani

    Ok. Tu peux faire aussi, j'imagine, un truc sur je sais pas, il y en a beaucoup, c'est plus les anglo -saxons, mais sur les courses à pied, les marathons, les trucs, tu en as, quelqu'un

  361. Frédéric Mazzella

    ? Alors, c'est cette année, on se lance et justement, on va faire les 10 km de l'UNICEF, le 10 mai là, on va justement permettre de collecter à cette occasion là, de cette course là. C'est pas la seule course, on va faire des dizaines de courses cette année, mais justement, dans cet esprit, pouvoir lever de l'argent au moment où on court, faire des courses solidaires, faire que chacun puisse aller collecter pour la cause qui lui tient à cœur.

  362. Matthieu Stefani

    Et ça, donc, quelle est la genèse de ce projet et quelle est aujourd'hui, il y a toujours un, finalement, quand tu vois ces business là, tu te dis attends, mais qu'est-ce qu'ils ont à gagner, qu'est-ce qu'il a gagné, Mazelat, tu vois, à faire tout ça, c'est toujours la question que tu poses. Ah ouais, bah alors,

  363. Frédéric Mazzella

    bon, faut repartir de, d'ailleurs, c'est une question que tu m'as pas exactement posée, mais je vais y répondre quand même. Elle est probablement très bonne. Non, mais c'est qu'est-ce qui te motive ? Oui, oui. Pourquoi tu fais tout ce que tu fais ? Tu vois, c'est quand même la question.

  364. Matthieu Stefani

    C'est bien, si tu sais y répondre, c'est bien déjà.

  365. Frédéric Mazzella

    Bah, moi, je t'ai dit, je t'ai dit, j'aime les gens. Je te l'ai dit.

  366. Matthieu Stefani

    Sauf, non, non, non, non, j'arrête, c'est pas vrai en plus.

  367. Frédéric Mazzella

    Et donc, non, avec ça, il y a la notion de l'envie d'être utile. Moi, ce qui me fait lever le matin, c'est de me dire, bon, je vais faire quelque chose qui peut être utile autour de moi et qui va être utile aux gens qui m'entourent, à la société qui m'entoure. Donc, c'est ça, ma motivation. Et donc, je cherche des projets qui ont cette ambition -là, cette mission, cette vocation, tu l'appelles comme tu veux, mais pour lesquelles, quand je travaille, j'ai un sentiment d'être utile. Et Tift m'apporte exactement ça. Je me dis, à chaque fois que je passe des heures sur le projet, je fais avancer un petit peu pour aider le monde qui m'entoure. Donc, c'est ça, la motivation première. Après, je suis pragmatique et donc, il faut que le projet soit équilibré financièrement. Ça, c'est autre chose. C'est pas une recherche de profits, c'est une recherche d'équilibre financier pour pouvoir justement écheler. Parce que tu peux pas grandir. Je te vois sourire, t'es en train de taper un truc, peut -être que tu prépares ta prochaine question, j'ai peur.

  368. Matthieu Stefani

    Non, non, j'ai juste oublié qu'on enregistrait ça pour nos amis aussi, l'événement du podcaston aussi. Et donc, on arrive dans ce truc de Tift. Et donc, voilà, je me le notais. Tout

  369. Frédéric Mazzella

    à fait. On en parlait du podcaston aussi. Mais en fait, l'idée, elle est de créer, d'utiliser ce que je sais faire des plateformes tech pour aller encore être utile. Et là, ce qu'on crée avec Tift, c'est une plateforme triface. C'est compliqué. Tu vois, BlaBlaCar, c'est une plateforme biface, des conducteurs, des passagers. Tift, c'est une plateforme triface parce que tu as des entreprises, des particuliers et des associations. C'est assez complexe. C'est aussi pour ça que ce genre de plateforme n'existait pas jusqu'à maintenant parce que ça demande d'utiliser quand même toute la connaissance de la création de ce type de plateforme qu'on a aujourd'hui, qu'on n'avait pas forcément avant. Et ça a pour but de, véritablement, dans le domaine social ou environnemental, apporter des solutions, aider tous ces projets -là et toutes ces équipes formidables là parce qu'il y a quand même, heureusement, plein de gens, justement, qui sont motivés dans le monde dans lequel on vit, pas à part gagner de l'argent. D'ailleurs, quand on parle d'entrepreneuriat aujourd 'hui,

  370. Frédéric Mazzella

    je trouve qu'il y a eu une sorte de déviance d'entrepreneuriat vers enrichissement. Moi, c'est pas pour ça que je fais de l'entrepreneuriat. Je fais de l'entrepreneuriat parce que c'est de l'épanouissement personnel, c'est de l'épanouissement sociétal, c'est la construction de systèmes et d'une société que j'espère être meilleure. Moi, c'est vraiment ça qui est mon moteur, tous les gens.

  371. Matthieu Stefani

    Il y a des entrepreneurs qui ont le moteur de l'argent aussi. Quelques -uns qui sont venus ici ou qui aussi d'autres vont le clamer partout sur les réseaux sociaux et vont t'expliquer que c'est la seule motivation.

  372. Frédéric Mazzella

    Exactement. Moi, c'est pas ça qui me fait lever le matin. Et donc, voilà, Dift s'équilibre de différentes manières. Quand c'est sur les cagnottes solidaires, il y a une contribution volontaire que chacun peut laisser quand tu vas laisser 50 euros ou 100 euros sur la cagnotte de Mathieu qui collecte pour, je sais pas, une association, l'Envol, le Jane Goodall ou l'association que t'auras choisie. Et bien, la personne qui va laisser 50 ou 100 euros peut choisir de laisser 2, 3, 5, 10 euros à la plateforme pour que justement on fasse notre travail à la fois de sélection et de suivi des associations parce qu'il y a une grosse sélection. Ils le font ? Oui, ils le font.

  373. Matthieu Stefani

    Et c'est quoi ? C'est quelques

  374. Frédéric Mazzella

    pourcents. C'est entre 2 et 5 pourcents.

  375. Matthieu Stefani

    2 et 5 pourcents qui laissent à la plateforme ? Non. Et il

  376. Frédéric Mazzella

    y a plus d'une personne sur deux qui laisse. On est quasiment à deux personnes sur trois quand même. Parce que les gens se rendent bien compte que si tu as un service, il peut pas te donner gratuitement. En plus, nous on a des frais bancaires déjà, ne serait-ce que ça derrière.

  377. Matthieu Stefani

    Et si je laisse pas, c'est toi qui paye le frais bancaire ? Ah oui, bien sûr. C'est pas prélevé quand même du côté du...

  378. Frédéric Mazzella

    Non. Alors ça dépend de l'accord qu'on peut avoir avec l'association. Mais parce que les associations, elles elles sont très très heureuses de travailler avec nous. D'ailleurs, on a de plus en plus d'associations qui viennent vers nous pour organiser justement des collectes solidaires. Pourquoi ? Parce que ça leur amène non seulement des sous, parce que c'est quand même des collectes, donc ça leur amène des moyens, mais ça leur amène aussi des nouveaux donateurs. Donc c'est doublement gagnant pour les associations parce que c'est très difficile pour une association d'aller recruter des nouveaux donateurs. Mais avec notre système de canyon de solidaires, on peut aller faire en sorte que les associations elles -mêmes mobilisent leurs donateurs actuels ou leurs bénévoles actuels pour que eux aillent se créer des cagnottes, soit au moment de leur anniversaire, soit au moment d'autres périodes. On a lancé au mois de décembre le mois de la générosité qui s'appelait Diff'tember, qui va revenir cette année. Et donc à cette occasion -là, tu peux en tant qu'association lancer une collecte auprès de ton cercle 1 de donateurs. Et chaque donateur qui crée sa cagnotte solidaire va lui-même pouvoir aller sensibiliser le cercle 2 et donc ramener son entourage, ce qui fait que ça ramène des nouveaux donateurs aux associations. 80 % des donateurs sur les cagnottes solidaires sont des nouveaux donateurs, ce que les associations adorent. Et là

  379. Matthieu Stefani

    -dessus, tu gères tous les reçus fiscaux, parce que quand tu as des associations, tu as des reçus pour les donateurs particuliers et pour les entreprises. Oui, parce qu'on a un fonds de notation,

  380. Frédéric Mazzella

    justement. On a un fonds de notation au milieu qui permet d'aller émettre les reçus fiscaux pour les associations qui sont soutenues, ce qui fait que ça simplifie beaucoup la logistique et pour les asso et pour tous les particuliers qu'ils donnent, qui retrouvent à un endroit, si tu veux, Dift, c'est un peu ton compte Générosité, c'est un peu aussi une plateforme de Générosité, c'est un peu le Strava du don, si tu veux, Dift. Ça te permet de faire en sorte que tu retrouves tout au même endroit et tu vas retrouver notamment, évidemment, tes reçus fiscaux quand tu as donné à différentes associations, tu retrouves tout, une sorte de scorecard aussi de tout ce que tu as pu soutenir dans l'année, soit parce qu'on t'a offert des Difts, soit parce que toi-même tu as offert des Difts à d'autres personnes, soit parce que tu as bénéficié avec une marque de la possibilité de distribuer des Difts. Alors on a des grands partenaires entreprises, alors ça peut être des partenaires type dans le travel, je pense à Accor, tu vois, qui sur lequel on a un programme de fidélité, enfin on est dans le programme de fidélité Hall, Accor Live Limites, et tu peux transformer tes points de fidélité en don à des associations, ce qui est extrêmement utilisé à plein d'occasions, aussi à l'occasion des catastrophes naturelles. C'est un peu

  381. Matthieu Stefani

    cynique, tu peux avoir quand même un reçu fiscal là -dessus où ça marche pas non ?

  382. Frédéric Mazzella

    Alors si, tout à fait, c'est à dire que comme c'est de l'argent qui t'était alloué toi, c'était un avantage client que tu avais, quand tu transformes tes points, tu peux récupérer un reçu fiscal dessus.

  383. Matthieu Stefani

    C'est pas cynique, tu redonnes cet argent en plus. Tu peux le redonner, tu peux le faire plusieurs fois. Et juste pour comprendre tout ça, tu disais que tu n'aimais pas réinventer des choses qui existaient déjà, des choses comme LO ASSO et tout ça, c'est un peu pareil ou pas du tout ?

  384. Frédéric Mazzella

    LO ASSO, à ma connaissance, ne fait pas de cagnotte solidaire, ne fait pas non plus de DIVT. Nous, on travaille beaucoup avec les entreprises comme je te disais, donc les entreprises en fin d'année qui allouent un certain budget, ça peut être 5 000, 10 000, 50 000 euros, et qui disent à leurs clients ou à leurs collaborateurs, c'est vous qui allez décider de l'allocation de ce budget -là. Du coup, ça crée aussi une relation différente entre l'entreprise et ses parties prenantes. Et c'est un mode de fonctionnement qui passe par nos plateformes et qui n'est pas fait par LO ASSO, typiquement.

  385. Matthieu Stefani

    Et ça, typiquement, c'est hyper saisonnier. À chaque fois que je pense à toi, c'est toujours depuis 2 -3 ans au mois de décembre, ou novembre ou décembre. Du coup, c'est aussi pour ça que maintenant, tu fais les cagnottes, tu développes toutes ces choses -là parce que sinon, tu ferais 90 % de tout. Oui, alors sur

  386. Frédéric Mazzella

    les programmes de fidélité, c'est un peu toute l'année. Malheureusement, il y a aussi, je parlais des catastrophes naturelles ou quoi, ça tombe à peu près n'importe quand dans l'année. Tu vois, Valence ou Mayotte, ce n'est pas tombé à Noël. Donc, c'est des moments durant lesquels les marques peuvent indiquer à leurs clients si vous souhaitez faire quelque chose pour ce qui se passe actuellement à tel endroit. N'hésitez pas à transformer vos points de fidélité en domaines des associations. Ça ira sur le terrain et ça sera une aide concrète. Donc, ça, c'est une manière de faire et qui fonctionne justement toute l'année. Dans des problèmes de fidélité, on a aussi Cultura ou Engie. Bon, ça, c'est pareil. C'est des programmes de fidélité qui marchent toute l'année. Et puis, voilà, on a aussi des grands partenaires comme BNP qui dans ses produits de partage permet à ses clients d'aller aiguiller une partie de l'argent vers des projets qu'ils choisissent. Donc ça aussi, c'est des centaines de milliers d'euros, des millions parfois, qui vont vers les associations. Et en trois ans d'existence, on a aiguillé 20 millions d'euros vers 300 associations et on a 400 marques partenaires.

  387. Matthieu Stefani

    Et ça appartient à Kidift, c'est une société privée

  388. Frédéric Mazzella

    ? Oui, mais c'est une structure hybride. C'est une société à mission qui appartient à ses fondateurs et aussi en partie à des fonds d'investissement qui ont resté avec nous. À côté de ça, t'as un fonds de dotation qui lui transacte justement les dons, qui fait le travail, si tu veux, à la fois de sélection des associations, de transfert technique vers les comptes en manque des

  389. Matthieu Stefani

    associations. Et un fonds d'investissement ou toi, quand tu crées ça, il y a quand même un objectif un jour de le revendre ?

  390. Frédéric Mazzella

    Oui, alors la logique, c'est que de toute manière, quand tu fais grandir quelque chose, quand tu passes à l'échelle, vu que là, de toute façon, on est parti sur des valorisations qui ne sont pas nécessairement à l'échelle de ce qu'on adresse comme problématique, forcément, même si in fine, tu prends 0 ,1 % du global de ce que tu transactes, ça reste quelque chose qui peut avoir gagné beaucoup en valeur. Il faut voir les échelles dont on parle. En France, le don, en France, c'est 9 milliards par an. Mais si tu regardes dans le monde, c'est beaucoup plus que ça. Et si tu regardes certains pays, tu regardes aux États-Unis, c'est plus de 500 milliards par an qui sont donnés. Et en plus, le concept qu'on est en train de créer n'existe pas. Enfin, à ma connaissance, en tout cas pas comme on le fait aux États-Unis. Donc, tu as aussi des perspectives de croissance du service à l'international qui sont assez fortes, qui font qu'en termes de volume transacté, tu pars nécessairement de toute manière sur une plateforme qui devrait avoir une forme de rentabilité, même en étant très, très, très peu bénéficiaire. Ça suffit pour faire quelque chose de grand.

  391. Matthieu Stefani

    Parce que les fonds en particulier, s'ils rentrent là -dedans, c'est quand même une volonté de ressortir dans 6 -7 ans.

  392. Frédéric Mazzella

    Oui, ce soit probablement pas dans 6 -7 ans, mais il y a une volonté de création de valeur. C'est-à -dire que tu passes de 1 à 5 à 10. Mais en parallèle, il y a aussi les investisseurs avec lesquels justement, nous, on a pu contractualiser, avancer, sont aussi des gens qui sont conscients qu'en ayant la possibilité d'allouer de l'argent à des projets qui améliorent le monde, quelque part, ils font des choses bien aussi. Tu vois, il n'y a pas que le côté quand même purement financier en tout cas chez les investisseurs qui nous ont suivis. Il y a le côté on a les moyens de construire ça et ça c'est bien pour le monde en fait.

  393. Matthieu Stefani

    Qu'est-ce qui, tu disais tout à l'heure, tu as mis 6 -7 ans de overnight sur la Blacca, en tout cas pour passer... Qu'est-ce que l'expérience t'a permis de faire pour aller plus vite ?

  394. Frédéric Mazzella

    C'est une question très intéressante, très profonde ça. Déjà, ça oblige à se reposer, se repositionner surtout par rapport à ce que t'as envie de faire. C'est-à -dire que je me suis dit, et d'ailleurs l'idée de Diff, elle est venue par une sorte de choc, d'électrochoc, mais en même temps qui est juste la conclusion quelque chose de continu, mais une fois j'étais chez BlaBlaCar et je vois passer devant nos locaux la défilée de la Marche du Climat avec des jeunes qui partaient d'Opera et qui allaient à la République et ils avaient des panneaux sur lesquels était écrit « Quand je serai grand, je voudrais être vivant ». Et bon, je trouvais ça poignant, enfin secouant. Tu vois, des jeunes de 20 ans qui se posent la question de « Est-ce que je serai vision plus tard ? » Si ça te fait pas te poser des questions, il y a un problème. Parce que tu sais que l'espoir c'est quand même la vie, donc il faut avoir cet espoir -là pour avoir envie d'avancer. Et moi je me suis dit, en tant qu'entrepreneur, qu'est-ce que je peux faire ? Comment je peux répondre éventuellement à ce genre d'appel ? Et donc j'ai mis un petit peu sur la table tout ce que je savais faire et tout ce dont je disposais, qui n'est pas du tout la même chose que ce dont je disposais quand j'ai démarré BlaBlaCar. Quand j'ai démarré BlaBlaCar, j'avais pas d'expérience évidemment, j'avais pas de réseau, j'avais pas de notoriété, j'avais pas d'argent et pas d'accès, pas d'accès facile en tout cas à la possibilité de lever de l'argent. Là aujourd'hui c'est des choses dont je dispose et je me suis dit qu'est-ce avec ça maintenant sur la table ? Qu'est-ce que je peux faire ? Qu'est-ce que je peux construire ? Comment je peux aller construire quelque chose de bien qui soit utile et qui leverage, alors tiens on va trouver un autre mot pour leverage, comment tu dis leverage ? Qui fait un effet de levier. Léviète, non ça marche pas. Bref, on va trouver le mot français, mais après probablement, mais donc qui fait un effet de levier sur tous ces atouts dont je dispose aujourd'hui et dont je ne disposais pas avant. Mais en même temps j'ai 20 ans de plus que quand j'ai créé BlaBlaCar. Tu ne le crées pas de la même manière, je sais

  395. Matthieu Stefani

    que... Tu sais manager aussi, c'est super important ça.

  396. Frédéric Mazzella

    Oui, et donc j'ai voulu m'entourer de gens très jeunes aussi parce que le sujet qu'on aborde, et notamment paradoxalement mais le sujet de tout ce qui va être projet sociaux et environnementaux, la jeune génération, ils en sont conscients. Alors après, comme tout le monde, comme toutes les générations, il peut y avoir des paradoxes de comportement, mais quand même cette notion là, cette prise de conscience là, elle est très forte chez la jeune génération. Je me suis dit, je vais m'associer avec des jeunes parce qu'au moins j'aurai pas besoin de leur expliquer pourquoi on fait ce projet. Parce que c'est sûr qu'ils ont compris, plus que tu vois possiblement la génération d'au -dessus moi, qui se dit parfois, ça va jusqu'à le climatoseptisme et compagnie. Donc la génération d'après, je pense que là ils ont beaucoup plus compris les problématiques qu'on avait dans notre société qui devaient être résolues, et donc je me suis associé avec des gens qui avaient 20 ans de moins que moi,

  397. Matthieu Stefani

    et donc ça crée... Il y a des choses qui reviennent, je trouve, mais le climatoseptisme, il a tendance un peu à disparaître parce que tu sais c'est un peu A plus B, juste regarde ce qui se passe en ce moment, la chaleur, les pluies, les machins, les trucs, la neige en montagne, et puis bon, à un moment ça peut être loi des séries, mais la statistique commence à un peu calmer tout le monde là -dessus, mais t'as raison sur d'autres

  398. Frédéric Mazzella

    sujets. Bon, la problématique aussi avec le climatoseptisme, c'est l'incapacité à reconnaître une responsabilité. C'est plus ça, c'est faire l'autruche. Je pense que c'est pas tellement... Oui, j'ai pas compris que la température monte, ça y est, les thermomètres, ça fait quand même quelques décennies qu'on les a inventés, on a compris, on a vu quoi. Donc oui. Donc tout le

  399. Matthieu Stefani

    parti pris que tu me dis, c'est que tu t'es vraiment associé à des plus jeunes pour te dire déjà, le moteur pour eux, il est là quoi.

  400. Frédéric Mazzella

    Déjà le moteur, et maintenant... Et ça veut

  401. Matthieu Stefani

    dire quoi plus jeune, quel âge, quelle expérience ?

  402. Frédéric Mazzella

    Quand j'ai commencé, entre 23 et 26 ans quoi. T'es associé

  403. Frédéric Mazzella

    ? Oui, mes associés, oui. Mes deux associés aujourd'hui, Georges et Clara, Georges de 29 ans et Clara 26 -27 quoi, quelque chose comme ça. Ça fait un peu plus de trois ans qu'on a lancé le projet. Voilà, donc j'ai vraiment voulu ça et ça veut dire que du coup aussi, j'ai un rôle qui est différent dans la structuration de l'équipe et l'instructuration du projet de ce que j'ai pu avoir avec BlaBlaCar, où je m'étais lancé plutôt avec des co -fondateurs de la même génération que moi. J'ai envie de dire, tout comme moi, pas équipé, c'était tout ce tout neuf. Là, moi ce que j'apporte, c'est effectivement une forme d'expérience et de construction de vision, de résilience aussi, de capacité d'accès au Capito, de capacité d'ouverture de porte. En fait, je peux aller toquer à n'importe quelle porte et j'arrive à ouvrir les portes parce que les gens se disent bon, tiens, ce gars là, il a déjà fait BlaBlaCar, peut -être que ce qu'il a à proposer, c'est intéressant aussi. Donc ça nous aide à ouvrir des portes pour Diff, à être considéré, tout simplement à rentrer sur la carte. Ça nous aide à avoir des nouveaux partenaires. Et puis en construction produit aussi, j'ai vu des choses qui marchent, des choses qui marchent pas. Donc, j'arrive à aiguiller, influencer vers des choses qui peuvent marcher. Je sais aussi la résilience qu'il faut. Tu vois, on parlait des différentes briques d'action de Diff pour les entreprises et pour les particuliers. Bon, ça se traduit comment ? Là, j'ai fait le bilan ce week -end un petit peu par curiosité intellectuelle, mais du nombre de modèles qu'on a déjà essayé avec Diff, on en est à neuf. On a déjà essayé neuf modèles.

  404. Matthieu Stefani

    Tu les essaies plus vite qu'avant, c'est ça qui est intéressant. Tu pivotes dans une terre.

  405. Frédéric Mazzella

    Super vite. On a déjà testé neuf manières de faire avec des choses qui marchent très bien, des choses qui marchent moins bien, des choses qui marchent pas du tout. Et donc, c'est surtout ne pas rester enferré sur un modèle économique. Je te disais avec BlaBlaCar, on en a fait six en cinq ans. Là, avec Diff, on a déjà fait neuf en trois ans. Et effectivement, on essaye. On regarde si ça marche, comment ça répond. On est extrêmement pragmatique. En gardant l'objectif, en gardant la mission, qui est de... Elle a deux pili de notre mission, puisqu'on est une société à mission, comme je le disais chez Diff. Le premier pilier, c'est d'aller envoyer un maximum de moyens dans des projets qui aident le monde, de manière générale, sociaux et environnementaux. Alors, c'est pas nécessairement que des projets associatifs, mais aujourd'hui, c'est que des projets associatifs. Mais à terme, j'espère pouvoir aller aussi soutenir des projets qui ne sont pas nécessairement associatifs, parce que quelle que soit la forme du projet, s'il est bénéfique pour l'humanité, on aura envie de l'aider. Et deuxièmement, impliquer un maximum de personnes, c'est le deuxième pilier, impliquer un maximum de personnes dans la sensibilisation, la compréhension de ces projets -là. Donc, c'est pour ça que Diff se situe à l'intersection de ces choses -là. Envoyer beaucoup d'argent vers des projets et en même temps, faire connaître, sensibiliser au maximum. Et quoi de mieux que de faire connaître par un cadeau ? Je te fais découvrir une association parce que tu as 50 euros à aller allouer à un projet qui tient à cœur. Là, tu vas découvrir une équipe formidable et ça se trouve que tu deviendras même bénévole pour cette association -là. En tout cas, tu vas la suivre et ça se trouve dans trois mois ou six mois, tu leur redonneras 50 ou 100 euros parce que tu trouves que ce qu'ils font, c'est formidable et que ça te rend heureux toi-même d'aller contribuer à ton environnement. Mais donc, en poursuivant cette mission -là, on essaye plein de manières. Si tu veux, on a une montagne, on essaye de voir par où on peut monter en essayant plein de modèles, en impliquant les entreprises de telle manière, de telle autre manière, en appliquant les particuliers de telle manière, de telle autre manière.

  406. Matthieu Stefani

    Comment tu vois l'avenir de Dift ? Qu'est-ce que tu vas reproduire ? Est-ce que tu planifies déjà des lancements de pays ? Non, on ne planifie pas déjà

  407. Frédéric Mazzella

    des lancements de pays. Par contre, le projet lui-même, dans toutes ses caractéristiques, est taillé pour être international. Tout. C'est-à -dire que le modèle lui-même, il n'a aucune raison d'être Franco -French. Il est aujourd'hui, si tu veux, français par construction. Il est novateur aussi. Comme je te disais, on n'a pas trouvé tellement d'exemples à l'étranger qui font ce qu'on fait. Après, on fait beaucoup de choses, donc il y a certaines choses sur lesquelles tu peux avoir des équipes qui font un peu la même chose, mais au global, en tout cas, avec le panel global d'outils qu'on développe pour tous nos partenaires, on est assez unique. Et donc, il mérite d'être partout, ce projet -là, parce que c'est encore une volonté de changement systémique. C'est une plateforme. C'est la magie du digital qui te permet d'être partout, qui te permet justement d'aller offrir le service partout sur la planète. Donc, il n'y a aucune raison que ça reste en France. Et puis, en plus, même le nom lui-même, il est taillé pour l'international. C'est diff .com, enfin, ou diff .org, les deux fonctionnent. On essaie de... Toute la volonté derrière ça, c'est de moderniser la générosité, faire en sorte que la générosité devienne non seulement normal, mais aussi contemporaine, mais aussi qu'elle fasse partie de ton équilibre de vie. Si tu... Quand tu commences à donner, à aider des projets autour de toi, tu te rends compte que toi-même, ça t'aide quelque part dans ta compréhension, dans ton inclusion dans le monde. Et même si tu donnes un euro ou dix euros, c'est juste une notion d'avoir des projets qui sont humains, que tu peux aider et accompagner.

  408. Matthieu Stefani

    C'est un terme qu'on a utilisé pas mal, mais by design, elle doit être modernisée, la générosité, parce que moi, je remarque que en fait, que ce soit un sans -abri à la sortie d'une boutique ou un serveur potentiellement dans un resto, de plus en plus t'as jamais de liquide dans mes poches, tu vois. La question, c'est comment tu règles ça. Alors après, c'est encore une autre forme de générosité, mais c'est vrai qu'il y a un... Le digital doit aider, forcément, à aider tout ça.

  409. Frédéric Mazzella

    Oui, à faciliter. Et puis même, il y a les effets communautaires, de réseau. En fait, si tu veux, on va souvent me poser la question pourquoi Blame la carte, ça a marché. Alors, si tu veux, ma première réaction, c'était de dire je sais pas, j'ai appuyé sur tous les boutons. Tu vois.

  410. Matthieu Stefani

    C'est ma technique, Fred, faut pas me la piquer.

  411. Frédéric Mazzella

    J'ai fait tout ce que j'ai pu pour que ça marche. Tout ce qui pouvait potentiellement aider, tu sais, ça rejoint le... le saying, mais comment on dit ? La citation ? Oui, c'est une citation. Je sais plus qui l'a dite, c'est un américain, mais qui dit je sais que la moitié de mes dépenses marketing ne sert à rien, mais je sais pas quelle moitié. Et donc, tu fais des choses. Des fois, ça marche. Et il y a un ROI, comme on dit. Des fois, ça marche pas. Tu sais pas trop. Mais en gros, tu as fait tout ce que tu as pu pour que ça fonctionne. Bon, BlaBlaCar, il y a ça. Appuyer sur tous les boutons pour voir ce qui allait marcher. Mais il y a aussi et surtout une volonté qui a réussi de rendre le couturage cool. Tu sais, quand j'ai démarré, quand je te disais que je lisais la compassion dans les yeux de mes interlocuteurs qui me disaient que j'étais devenu fou parce que je créais un site web pour des beatniks qui veulent faire de l'autostop, tu me dis on part de loin. C'est-à -dire qu'il y a un déficit d'images pour le moins. Et donc, on a modernisé l'approche du covaturage en montrant tous les avantages que ça avait, en utilisant les codes aussi de la société moderne dans laquelle on vit pour le rendre attractif et faire en sorte qu'utiliser BlaBlaCar, ça devienne cool. Je pourrais

  412. Matthieu Stefani

    te dire qu'au moment de Captain Cause, ce petit regard, pas condescendant, mais un peu interrogatif, j'aurais pu l'avoir en regardant. Et je trouve que l'évolution est là où t'es fort, c'est que ces derniers 18 mois, la transformation de Dift, la compréhension de l'entreprise, de ses dons, ces choses comme ça, elles opèrent bien. Mais c'est vrai qu'à un moment, je me suis dit wouah, ouais, d'accord.

  413. Frédéric Mazzella

    Je le prends pas personnellement. Si je te le dis, c'est que

  414. Matthieu Stefani

    c'est justement un compliment et au contraire, plutôt toute l'admiration que j'ai pour toi, c'est que t'es reparti dans un truc très innovant et qu'on se dit là en t'écoutant, ouais, ça va marcher.

  415. Frédéric Mazzella

    Et voilà, toute la logique elle est de rendre la générosité cool aujourd'hui avec Dift. C'est ce qu'on fait. On est en train de le faire. Tu as vu aussi tout ce qu'on a fait au mois de décembre avec le Dift Life Challenge. On a mis une vingtaine d'entrepreneurs sur scène à pédaler pour des associations. C'était une ambiance de dingue. Tu as participé d'ailleurs. Tu pouvais pas être là ce jour -là, mais tu avais participé par téléphone. Et donc, on a collecté de l'argent par équipe, en pédalant et en faisant un show. Enfin, il y avait une ambiance de dingue. C'était à station F. Il y avait 300 personnes dans la salle avec une ambiance incroyable. Et puis, les coureurs sur scène ont s'est relayé chacun en passant plusieurs fois avec beaucoup d'entrepreneurs de taille Chris à Jean -Pierre Nadir, en passant par Roxanne Varza, même Charlie Perrot qui avait pédalé, Claire Breton.

  416. Matthieu Stefani

    Que des invités de Génération Do It Yourself, tu veux dire ? Que ? La seule que t'as

  417. Frédéric Mazzella

    cité ? Tous. Il faut dire que...

  418. Matthieu Stefani

    Et après, intéressant, qui passait des coups de fil pour demander des dons. Oui, et même

  419. Frédéric Mazzella

    après, on a fait plein de choses rigolotes. Tu pouvais avoir des... Comment ça s'appelle ? Des défis où tu devais pédaler en mangeant des nachos pimentés. Tu pouvais pédaler en devant réparer une roue de vélo. Et puis à un moment, quand on a atteint un palier de collecte, parce que c'était quand même de collecter de l'argent pour les associations, évidemment, on était tous là à pédaler pour ça. Et bien, quand on a passé le palier de collecte de 50 000 euros, on a appelé Johnny Longo.

  420. Frédéric Mazzella

    Parce que moi, c'était un peu un rêve de gamin. On a eu Johnny Longo au téléphone qui nous a encouragé d'aller pédaler un peu plus. C'est quand même incroyable. Donc oui, effectivement, on modernise tout ça, avec Difftember aussi. On avait 50 d'ambassadeurs à Difftember qui montraient quelque part à quel point ils peuvent être sensibles à des causes. C'est-à -dire que ça leur fait parler de sujets dont ils ne parlent pas habituellement. Ils vont dire, ben moi, je vais soutenir l'accès à la tech pour les femmes, et notamment ou pour les réfugiés, ou je vais aller soutenir les plus démunis de telle ou telle manière. Moi, j'ai une cagnotte aussi, évidemment, une cagnotte solidaire. Et j'ai pédalé pour ma petite planète qui fait de l'éducation à l'environnement pour les jeunes générations, pour être sûr qu'elles aient bien compris la problématique et quelles oeuvres dans la bonne direction.

  421. Matthieu Stefani

    Tu peux avoir une cagnotte un peu evergreen qui est toujours ouverte ? Oui, ma

  422. Frédéric Mazzella

    cagnotte, elle est ouverte. C'est difft .com slash cagnotte slash fred. Voilà, ma cagnotte pour ma petite planète qui ouvre une cagnotte.

  423. Frédéric Mazzella

    Bah oui, tu devrais avoir une cagnotte pour une génération d'oïd sur cef. Bien sûr, on

  424. Matthieu Stefani

    va le faire. Moi, je voudrais que soit, il faut que je voie, mais si je l'annonce là, je vais être obligé après, mais... Ah ça y est, c'est trop tard ! En fait, j'aimerais bien, moi, promouvoir un truc qui est dans notre mission, à nous, mais qui est l'entrepreneuriat, mais potentiellement dans des endroits où il est tellement inconnu, tu vois, dans les quartiers ou dans les choses comme ça, et comment on peut...

  425. Frédéric Mazzella

    Ouais, t'as Conexio qui fait ça, et Jean -Pierre Nadir qui soutient Conexio. Bon, t'as différentes... On a nos amis des déterminés aussi avec ça. En fait, tu as... Bon, on a un catalogue avec des centaines d'associations, toutes sélectionnées, qu'on suit énormément. Alors évidemment, on a des centaines d'associations qui nous demandent chaque semaine de rentrer sur le catalogue parce que c'est hyper intéressant, puis ça devient hype en plus, maintenant, justement, avec tout ce qu'on fait, et qu'on se rend compte que oui, la générosité, c'est une pépite de, comment dire, de bien -être quand tu la pratiques et que tu aides autour de toi, et donc ça devient beaucoup plus hype, mais tu peux aller choisir ton association dans le domaine que tu veux, on a tout.

  426. Matthieu Stefani

    Je vais devoir te laisser parce que tu veux te mettre en retard. Je n'ai pas de pendule, donc je ne sais toujours pas où on en est. T'as une demi -heure pour aller là où tu veux aller, donc ça va aller, mais ça commence à... Généralement, moi, je demande un truc à mes invités, mais je ne vais pas te demander une remise sur Div parce que ça n'a aucun sens, mais alors qu'est-ce qu'on demande à ceux qui nous écoutent, qu'est-ce qu'ils peuvent faire, donc créer leur cagnotte, ça c'est quelque chose qui... Oui, ça c'est facile, c'est gratuit.

  427. Frédéric Mazzella

    Créer sa cagnotte soit pour son anniversaire, donc sur Div, il suffit d'aller sur divt .com, D -I -V -T, c'est hyper simple, soit pour son anniversaire, soit pour Noël, c'est indiqué, en fait, c'est indiqué signalé à son entourage qu'on est OK pour recevoir ce genre de cadeaux là, parce qu'en fait, quand on va offrir un cadeau, la difficulté, c'est de se dire, est-ce que ça va lui faire plaisir ? Normalement, quand t'es normalement constitué, tu offres des cadeaux dans le but de faire plaisir à la personne, tu te fais pas plaisir à toi, tu fais plaisir à la personne, et donc tu te poses immédiatement la question, qu'est-ce qui lui fait plaisir ? Donc pour que des dons aillent effectivement vers des associations qui nous tiennent à cœur à nous, il faut le dire à notre entourage, ce qui nous intéresse, et dire, bah voilà, j'ai créé ma cagnotte, c'est divt .com slash cagnotte slash Mathieu, et faut les prendre vite, d'ailleurs, c'est du RL parce que du coup, tu vois, Mathieu, t'es pas le seul, même s'il y en a qui ont un T, d'autres deux... J'ai des Y normalement, il faut vraiment qu

  428. Matthieu Stefani

    'il me veut du mal, tu vois, qui veut me... Qui veut te prendre ta marque. Mais bon,

  429. Frédéric Mazzella

    tu prends ton handle, à terme on va faire des handles aussi, ou tu auras ton handle sur Divt. Mais voilà, tu peux aller te créer ta cagnotte et surtout le dire à ton entourage que tu as cette cagnotte là, et que pour à un moment où ils ont envie de t'offrir un cadeau, c'est pas la peine de se prendre la tête, il suffit d'aller soutenir le projet qui te tient à cœur, ça peut aussi se faire pour des pots de départ, pour un mariage, pour toutes les occasions. Justement, et c'est comme tu l'évoquais, c'est de plus en plus courant parce qu'il y a cette prise de conscience que on est dans une société où on a quand même accès à quasiment tout. Pour la plupart d'entre nous, on n'a pas forcément besoin de plus, mais on a plus besoin d'un monde meilleur. Donc

  430. Matthieu Stefani

    ça, c'est un moyen de le faire. On va faire ça, on va dire à ceux qui nous écoutent plutôt que de vous, cette fois -ci, profitez de la générosité de mon invité et de mon braquage sur un code promo qu'on pourra peut -être demander à BlaBlaCar, ça c'est possible pour une course gratuite. Tu vois, avec le code DOIT, mais ça c'est une autre chose. Eh bien, on fait ce code, on va se faire cette cagnotte et puis on va trouver une asso et puis si vous vous avez trouvé que Fred était intéressant, très intéressant, blabla ou blablabla, eh bien... Je suis inscrit en

  431. Frédéric Mazzella

    tant que blabla, mais on m'a déjà dit que j'étais plutôt blablabla, j'étais bien tombé. Eh bien,

  432. Matthieu Stefani

    en fonction du niveau, vous pouvez donner un euro ou 100 euros. C'est pour les causes, ça va, c'est pas pour Fred ni pour moi. C'est ça l'idée. Très bien, on va faire ça. Et puis, tu as besoin d'autres choses ? Tu cherches des collaborateurs, tu cherches des entreprises qui vont faire des divs

  433. Frédéric Mazzella

    ? En fait, je cherche juste à faire en sorte que chacun, elle, quelque part suive ses envies et ses instincts sans nécessairement, tu vois, s'autofraîner par rapport aux réactions des autres. Typiquement, c'est très difficile quand tu crées quelque chose de nouveau, quand tu crées un nouveau projet, d'avoir du retour des gens qui t'entourent, qui te feraient penser que t'étais en train de te tromper. Alors, avec le temps, je suis passé par dessus ça. Tu vas me parler de musique aussi, à un moment, la musique m'a énormément aidé à ça. C'est-à -dire que la musique, tu as le droit de la ressentir comme tu veux. Et si ton interprétation, peut -être, ne plaît pas à quelqu'un d'autre, ça le regarde lui. Moi, c'est comme ça que je ressens la musique, donc c'est comme ça que je vais le jouer. De la même manière, quand tu crées ton projet...

  434. Matthieu Stefani

    C'est une leçon énorme. Oui, ça t'affranchit du regard des autres. L'autre a le droit, en plus de pas aimer ce que tu fais. Il faut juste le savoir, c'est ok.

  435. Frédéric Mazzella

    C'est ok. Mais il faut pas que ça nous empêche d'avancer quand même vers ce qu'on ressent au fond de soi et qu'on a envie de pousser. Donc, c'est ça le plus important. Donc oui, dans la chose la plus la plus importante, c'est si des gens veulent me faire plaisir, c'est d'être eux -mêmes. Voilà. Donc ça, ça me fait plaisir quand les gens sont eux -mêmes.

  436. Matthieu Stefani

    Tous les autres sont pris.

  437. Frédéric Mazzella

    Oui, c'est ça. C'est qui ça dit ça ? C'est Winston ? Non,

  438. Matthieu Stefani

    c'est Oscar Wilde. Be yourself, everyone else is taken. Deux questions avant de te laisser.

  439. Frédéric Mazzella

    J'aurais pu te donner des citations d'Einstein qui m'accompagnent tout le temps. Vas -y, vas -y. Tu sais qu'Einstein, il dit le signe de la folie, c'est d'essayer plusieurs fois la même chose en espérant un résultat différent. Celle -là, elle est utile.

  440. Matthieu Stefani

    Elle est utile parce que les gens comprennent pas. Tu vois, récemment, j'étais j'ai eu la chance d'être invité à parler à Salamé dans Quelle Époque. Et en fait, des gens me disaient échec, échec, t'es complètement con. Enfin, pas tous. Il y en a plein qui sont très contents, mais il y a plein de gens qui me disent juste réfléchis, je vous dis pas de vous taper la tête contre un mur. L'échec, c'est itération. Tu fais un échec, tu recommences et tu recommences autre chose. Si tu refais la même chose, c'est que tu es fou. C'est ça. Donc ça, ça aide beaucoup. Ça, c'était Einstein. OK. Une

  441. Frédéric Mazzella

    autre ? Non, alors la citation pour le coup qui est pour moi au -dessus de toutes les autres, c'est une citation de Galilée, par le coup. Qui dit Je n'ai jamais rencontré d'hommes si ignorant qu'ils n'avaient rien à m'apprendre. Et là, il y a tout là -dedans. C'est-à -dire que bon, tu aimes les gens. Tu rencontres les gens, tu discutes avec eux. Et il y a le côté que tout le monde a son expérience, tout le monde a sa vie et tout le monde a appris des choses et j'ai à apprendre de tout le monde. Il y a d'autres citations qui disent que chaque personne est un livre ouvert. Donc tu peux et tu dois apprendre toutes les personnes que tu rencontres. Et donc c'est une forme de, à la fois l'humilité, savoir qu'on ne sait pas grand chose. De toute façon, on est un grain de poussière dans l'univers. C'est aussi la physique qui te la prend assez vite. Quand tu commences à regarder un peu plus loin, tu fais on est quoi nous là -dedans ? On n'est pas grand -chose. En fait, on est un tout petit truc. Donc déjà, ça aide beaucoup à une forme d'humilité. Non seulement on est un tout petit truc, mais en plus, on comprend pas grand -chose. Voilà. Et par contre, aidons -nous, entraîdons -nous. Donc à chaque fois que tu rencontres quelqu'un, il a sûrement appris des choses que tu ne connais pas et qui va pouvoir te transférer et t'aider à grandir. Il y a trois manières d'avancer dans la vie. Il y a de ne pas avancer, de ne pas progresser. Il y a d'avancer avec tes propres erreurs, tes propres échecs. Et puis il y a d'avancer en apprenant des erreurs des autres. C'est un peu la vitesse 2. D'ailleurs, chez Blabla 15, ce qu'on avait fait, c'est qu'on a mis des valeurs qui représentent ça. Tu sais, on a une valeur qui dit fail, learn, succeed. Donc tu échoues, tu apprends, tu réussis. Donc c'est le chemin vers la réussite qui passe par l'apprentissage au milieu. Puis on a une autre valeur. Donc ça, c'est la première manière d'expérience pour évoluer. Et puis après, tu as share more, learn more. Donc plus tu partages, plus tu apprends, qui est la vitesse 2 de l'apprentissage et de la croissance justement de chacun d'eux.

  442. Matthieu Stefani

    D'où l'intérêt des livres d'histoire, des podcasts, des podcasts, évidemment. La

  443. Frédéric Mazzella

    génération du tir, c'est ce

  444. Matthieu Stefani

    que tu fais. Et donc attends, tu m'as dit, Galilée, c'était... Je n'ai

  445. Frédéric Mazzella

    jamais rencontré d'homme si ignorant qu'il n'avait rien à m'apprendre.

  446. Matthieu Stefani

    Et donc ce que j'allais dire, c'est que pour ceux qui ne connaissent pas la Galilée, c'était l'ancien directeur marketing de BlaBlaCar. Parce que, avec une citation comme ça, comment refuser d'emmener des gens dans ta voiture? Tu vois, c'est quand même tu vois l'idée. Je vois. Je pense que tu devrais lui repiquer. Il

  447. Frédéric Mazzella

    faut que je le remercie, il faut que je l'écrive. Ah zut, ça va être

  448. Matthieu Stefani

    compliqué. Tu lui as donné une prime. Avant de te laisser, Fred, est-ce que tu as un livre, puisqu'on en parlait à l'instant, un livre, si tu avais l'occasion de le recommander, de le donner à tout le monde, un livre par -dessus

  449. Frédéric Mazzella

    tout. C'est compliqué ça. C'est très très dur. Je me souviens qu'il y a un livre qui m'a beaucoup marqué quand j'étais jeune. Il faudrait que je le relise d'ailleurs. C'était L'Enfant de Jules Valès. Je me souviens que ça m'avait pas mal transformé, perturbé ce bouquin

  450. Matthieu Stefani

    -là. L'Enfant de Jules Valès que je ne connaissais pas. C'est une

  451. Frédéric Mazzella

    trilogie parce qu'il y a aussi l'écolier, le bachelier. Il y a différents volumes.

  452. Matthieu Stefani

    Si tu avais l'occasion de rencontrer Fred Mazella, avance à Henri IV par exemple, qu'est-ce que tu lui dis ?

  453. Frédéric Mazzella

    J'ai eu la chance, comme je te disais, qu'on me le dise assez vite, à mon entrain normal supple, qu'on me fasse comprendre que la chose intéressante c'était d'aller se poser les questions, et pas seulement d'y répondre. Donc quelque part j'ai eu de la chance qu'on me le dise. Je pense que j'irai le dire ça, alors je gagnerai peut -être deux ans. Mais je dirais équilibre bien ton émotion et ta rationalité. Ne ignore pas tes émotions et tes intuitions. Elles existent au même titre que tes démonstrations et toute la rationalité qu'on peut mettre autour. Elles existent, il faut les prendre en compte et il faut leur faire confiance. Parce que sinon, on s'autolimite. On en parlait tout à l'heure. Si tu ne suis pas à ce que tu penses qu'il faut faire, parce que tu as des petites remarques ou des petits regards qui te font penser que ce que tu fais n'a aucune chance de marcher ou est ridicule. C'est une histoire de confiance en soi. On parle souvent de la confiance en soi, mais c'est un petit peu ça aussi. C'est avoir confiance dans ses intuitions, ses ressentis, ses envies. Et c'est pas facile parce que surtout quand elles sont un petit peu nouvelles, tout ce qui est nouveau dérange parce que ça va contre les habitudes ou les attentes des autres. Donc c'est une forme de surprise. Et si on y prend trop, si on y apporte trop d'attention, on va se bloquer. Comment résumer ça dans quelques mots ? Je réécouterai ce passage -là et j'essaierai de trouver une formule choc pour pouvoir condenser tout ça en quelques mots.

  454. Matthieu Stefani

    Ce qui me fait ce que je trouve intéressant dans ce que tu dis, c'est que tu es à la fois très scientifique et que tu as mélangé un peu d'art là -dedans. En effet, le monde scientifique, les émotions, les sentiments, le ressenti, les intuitions, ce n'est pas quelque chose qu'on valide toujours. Alors que généralement, ça me fait penser à cette institution qu'on m'a ressortie ce matin. The eyes, Chico, the eyes, they never lie, c'est dans Scarface. Et en fait, les yeux et les choses, il y a des gens, tu regardes quelqu'un, tu sais quoi, dans les yeux et puis en fait, c'est juste un ressenti.

  455. Frédéric Mazzella

    C'est vrai que moi, ce qui m'a aidé, c'est ce côté artistique avec la musique où en fait, c'était un espace comme on en parlait, qui, bien qu'il soit très technique, qui autorise, qui permet, qui encourage l'expression de l'émotion et l'expression des ressentis. Alors que dans le domaine de la science, on ne te pousse pas exactement à ça. Toujours, c'est plus difficile. Là, la musique, c'est physique. Donc en fait, on te pousse vers ça et ça m'a beaucoup aidé à le prendre en compte et à comprendre que c'était important et que ça pouvait même être une boussole. Parce qu'en plus, quand tu ne vois pas la suite, que tu n'as pas assez de données pour savoir comment les choses vont se passer, tu fais comment si tu ne suis pas ton ressenti?

  456. Frédéric Mazzella

    Tu avances pas. Donc la seule boussole qu'il te reste quand il te manque des informations, c'est ton ressenti. On a de la chance. Je ne sais pas comment le corps humain est exactement fait, mais il nous envoie des signaux et vous les écoutez.

  457. Matthieu Stefani

    Merci, Fred Mazella. C'était très cool. On remercie le podcast d'avoir été l'étincelle de cet épisode. Moi, je voudrais te dire aussi une chose importante. Je te le dis qu'à la fin, j'aurais pu le dire au tout début, mais c'est qu'à chaque fois que je t'ai vu et croisé, je trouve que tu as une bonne âme. T'es quelqu'un de généreux et de sympathique. Tu es gentil, mais je me le suis dit à chaque fois. Et puis, quand tu penses un truc, tu le dis, tu le partages. Et donc, on a de la chance d'avoir des entrepreneurs comme toi et puis aussi généreux dans ce que tu nous as donné aujourd'hui. Donc merci pour ton temps et puis file parce que là, vraiment, je suis en retard. On va s'en sortir.

  458. Matthieu Stefani

    Bon, la cagnotte, c'est div .com slash cagnotte slash GDIY. Ça y est. Ça va être ça. Très bien. Allez, bisous. Salut. Salut.